lundi 30 avril 2018

Chefs d’oeuvre du 7ème art - Trop belle pour toi



Bernard Barthélémy, concessionnaire automobile à Marseille, a tout pour être heureux : deux enfants adorables et une épouse superbe, Florence. Mais l'ennui rôde et les convenances pèsent. Bernard remarque sa nouvelle secrétaire, Colette, qui n'est ni belle ni même jolie, mais qu'il désire. Florence sent le danger et s'arrange pour rencontrer Colette tandis que Bernard la suit jusque dans le petit pavillon où elle entretient son amant, un écrivain débutant. Bernard finit par céder à son irrésistible impulsion. Colette devient sa maîtresse interloquée, inquiète, déjà déçue. Affolée par le chagrin, Florence suggère que ce soit elle la maîtresse, et Colette, l'épouse, conformément aux indications données par leur physique respectif...

Apres Mozart dans Préparez vos mouchoirs, Schubert ! Impromptus no. 3 pour être précis, pour mieux traduire l'émoi, l'émoi amoureux auquel le personnage joue par Gérard Depardieu, objet du triangle amoureux entre son épouse et celle qui va devenir sa maitresse et en cela d'une grande passivité, s'adonne. Cet émoi le saisit, se saisit de lui tandis qu’il observe Josiane Balasko, la secrétaire, assise sur le lit d'une chambre d hôtel. Elle qui a contrairement à son épouse Carole Bouquet un physique banal. Une femme n'a pas besoin d être belle, elle a besoin d'être une femme, dit-il. Et donc, l'homme marié est soudain saisi par ce sentiment envers celle dont peu avant il jugeait le physique assez tarte.

Ces impromptus de Bertrand Blier autour de la figure classique du triangle amoureux, il va les catapulter loin de la convention, l'homme marié à une femme déesse tombant – rôles féminins inverses – amoureux de la femme banale, de la femme dite quotidienne. Au récit linéaire il préfère une variation avec flashs back et flashs forward ou la fantasmagorie de chacun des personnages, celui de Depardieu exclu, apparaît et s'incarne à l'écran. Le faux, le vrai, le fantasme, tout est conjugué en ces impromptues sonates à trois voix ou les sentiments mènent la danse et tiennent la caméra. Celle-ci, frémissante, suit les mouvements du cœur, le trio vedette n'est que murmures et frémissements, la sublime Carole Bouquet tout en retenues frustrées, Depardieu en abandons et Balasko en hésitations et en tendresses.

Parfois le récit s'en va flirter avec le baroque drolatique. Au banquet de noces ou est décidé de dire tout haut ce qu’on n'ose dire tout bas et ou un convive fait à la mariée un stupéfiant aveu quelque peu grossier, celle-ci soudain se leve, et dans le silence se lance dans un discours, un discours mémorable tant l'actrice est au-delà du juste, sur la solitude de la beauté. Un traveling lent semble boire ses paroles, à peine trois vannes à la Blier lancées à la cantonade que l'on plonge dans l émotion et la poésie pure.

Plus que soigné en termes de mise en scène – c'est a compter de Trop belle pour toi que le cinéaste des Valseuses commencera à faire au moins autant attention au filmage qu’aux dialogues qui sont sa marque de fabrique -, ce bijou gorge d'humanité dont l'histoire tient sur deux lignes est de ces films que plusieurs visionnages n'épuisent pas. L'investissement des acteurs, la grâce du filmage, la qualité des dialogues et la beauté des silences … Tellement beau pour nous !


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