mardi 17 avril 2018

Chefs d’oeuvre du 7ème art - The revenant



Au début du XIXe siècle, Hugh Glass, un trappeur accompagné par son fils, un Indien métis, guide des colons. Le convoi est attaqué par des Indiens et tente de leur échapper par les montagnes. Grièvement blessé par un ours, Glass est confié à John Fitzgerald, qui le déteste, et au jeune et innocent Jim Bridger. Fitzgerald tue le fils de Glass, ment à Bridger et le convainc d'enterrer le trappeur. Mais Glass parvient à s'extirper de sa tombe, bien décidé à retrouver celui qui lui a enlevé son fils. Affaibli par ses blessures, il peut compter sur sa soif de vengeance pour parcourir les 300 kilomètres qui le séparent de son pire ennemi...

1823, bien avant la guerre de Sécession, l'Amérique – ici le Nord-Ouest – se cherche et les conquérants anglo-saxons confrontés à une nature immense, ici magnifiée, ainsi qu’aux peuples indiens qu’ils exterminent et qui se défendent, ne savent guère – l'opposition entre les deux personnages principaux le souligne – sur quel pied danser. Dans la quête effrénée du pouvoir et de l'ambition comme l'un, avec le crime sur la conscience de s'être cru surpuissant, ou lancé dans une épopée existentielle de quête de soi, de communion avec les éléments déchainés et les esprits, comme l'autre.

Dieu, son absence ou sa présence, est au cœur de cet extraordinaire poème violent ou les éléments, tous les éléments, torrents, pluie, ours, cascades, vent déchainé, froid de l'hiver, s'abattent un à un sur les épaules de ce revenant, sorte de ressuscité d'entre les morts, à la lisière de la vie et de la survie, tentant de toutes ses forces au delà-du simple fait de refaire surface, de chercher le point d'équilibre entre ici-bas et tout-en-haut.

Quoiqu’en lutte avec les populations dites indigènes parfois il est clairement en appel, en résonnance avec leur culture, les esprits lui parlent, il se dresse tel un pont entre l'hier et le demain, tache de synthétiser par son corps en souffrance la jonction plus que possible, souhaitable, ce afin de se conformer à l'essence meme des choses, à cette nature déchainée qui demande qu’on l'apprivoise. Alors de toutes ces forces il tachera de résister aux assauts de cette ourse qui le mettra en sang, sortira terre dans la bouche de dessous terre, s'enterrera presque vivant dans le cadavre d'un cheval immense pour ne pas mourir de froid,  dégringolera les récifs d'un torrent furieux, se cassera les os et cicatrisera mille fois.

Le corps de Leonardo di Capprio encaisse mille blessures et renait a chaque fois de ses cendres. Il est ici matière, une matière qui telle la glaise prend sur elle tous les uppercuts de la vie mais se reforme aussitôt, se remet en chemin et en mouvement. Ce chemin de croix qui est le sien détient la clef de ces songes ou esprit il se retrouve en lévitation et visualise au-delà l'au-delà, le non tangible, le sublime, le divin, rêves et songes nocturnes ou  la lumière du chef opérateur créée visuellement des miracles, comme des visions chamanes ancestrales.

Cinéaste de nationalité mexicaine, l'immense Alejandro Gonzalez Inarritu – Babel, 21 grammes, Biutiful … - reprend le flambeau des grands mythes du cinéma américain qu’il pulvérise et recompose à la lueur d'une foi perdue en la Nature. Il rend ainsi splendidement hommage aux peuples amérindiens d'avant la conquête sanglante et met du baume aux cicatrices qu’il expose. Composant une symphonie majestueuse faite de travelings suspendus surplombant la beauté sans nom de l'Amérique – le continent –, il redonne ses lettres de noblesse à ce pays qui l'a accueilli en son sein comme cinéaste sans lui tenir de bride sur le cou. Reliant son histoire à celle de ceux qui l'ont habitée, il redessine une civilisation souterraine et la désigne comme suprêmement majeure. Le gout pour la vengeance est impossible, la mort de l ennemi laisse le héros désole et seul, face a à un horizon ouvert.

Celui des lendemains qui chantent.


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