mercredi 18 avril 2018

Chefs d’oeuvre du 7ème art - Network



Parce que sa cote de popularité est en baisse, Howard Beale, présentateur vedette de la chaîne UBS, est brutalement licencié. Dans son avant-dernière émission, il annonce son intention de se suicider en direct. Sentant qu'il n'a plus rien à perdre, il dénonce ses employeurs et reconnaît avoir menti aux téléspectateurs tout au long de sa carrière. Il affirme aussi qu'il déteste la société, fondée sur le vice et la corruption. Ses propos bouleversent l'Amérique tout entière. Sa cote remonte en flèche. Diana Christenson, responsable ambitieuse des feuilletons produits par la chaîne, comprend immédiatement quel profit elle peut tirer de cette situation imprévue...

Un an auparavant, Sidney Lumet avait déjà fustigé les méthodes abjectes d'une télévision prête à tout pour du sensationnel à petits couts. Avec Network, un de ses chefs d'œuvre, il enfonce le clou et nous fait pénétrer dans les coulisses de la machine à produire de la vulgarité pour du cash et de la publicité.

Machine humanoïde transformant ses acteurs en robots, la télévision à l'ere industrielle a pour obsession l'audimat, sorte de thermomètre branché 24 heures sur 24 n'enregistrant qu’une et une seule chose, cette obsession de l'homme moderne dénoncée par René Guenon, la QUANTITE. L'indice de satisfaction passe au second plan, ce qui compte c est l'audience, sous entendu meilleure qu’hier et que celle de la chaine concurrente, nous devons être les premiers et pour cela c est-à-dire une succession d éphémère nous sommes prêts a tout, y compris a jouer avec la mort d'un des nôtres, lequel rentre a nouveau de part cet évènement d'antenne dans la logique prédatrice.

Incarnée par la sculpturale Faye Dunaway, plus froide que jamais – une star cette femme ! – le Network soit Dame TV broie les êtres, elle est un tuyau, un bête tuyau faisant se déverser des tonnes de programmes pour cerveaux disponibles, elle remplit du vide avec du vide, capte le cerveau humain, pénètre les maisons et les esprits et prend possession de tout. Pour elle l'intime est fait pour être surexposé et utilisé et manipulé à des fins strictement commerciales et de domination.

Bien avant l'ère de la telle réalité faisant de ses spectateurs des acteurs non payés, ce film prémonitoire qui date de 1976 donne le la et la direction évidente d'un média qui a pris le pouvoir sur toute une civilisation. La chronophage machine, le tout petit écran que pour regarder on doit baisser les yeux – au contraire du grand écran comme le disait Jean-Luc Godard – est un aspirateur à attention voire à éthique. Car le téléspectateur avide de VOIR le suicide du présentateur vedette est tel le citoyen romain allant se distraire au cirque d'esclaves dévorés par les lions. Adoubant les jeux que lui proposent les puissants qui le dominent il devient acteur consentant de la chaine qui le retient embourbé, un acteur on ne peut plus d'accord avec son sort de petit être asservi, tel un personnage de 1984 et du Meilleur des Mondes.

La télévision, ce merveilleux outil de contrôle mental, combien elle intéresse, elle qui est la négation même de la création, nos puissants. Lesquels, pour mieux nous contrôler, ont besoin de notre consentement afin de nous abrutir. Lumet en excellent cinéaste engagé dans son époque la dissèque et montre les acteurs qui la composent, des pantins cyniques, arrogants, froids et calculateurs. D'une injonction ils parviennent à leurs fins sur un troupeau de moutons, lesquels tels des automates se mettent a la fenêtre et crient ce qu’on leur a demandé de crier …

Il n'y a plus guère alors d'humanité que déconnectée.


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