jeudi 19 avril 2018

Chefs d’oeuvre du 7ème art - Mirage de la vie



Lora Meredith est une comédienne sans travail qui, depuis la mort de son mari, vit seule avec sa fille Susie. Un beau jour de 1947, elle fait la connaissance d'une jeune femme noire, Annie. Maman elle aussi d'une petite fille, Sarah Jane, Annie peine également à subvenir à ses besoins. Lora décide de les accueillir. Mais la petite, métisse, nie ses origines et crée du souci à Annie. De son côté, Lora tente de faire reconnaître son talent d'actrice et est prête à tout pour y arriver, quitte à négliger l'éducation de Susie. Les années passent. Lora semble lasse d'incarner les personnages qu’on lui attribue et tente de se rapprocher de sa fille Susie. De son côté, Sarah Jane mène une carrière de danseuse de cabaret, ce qui désespère Annie...

Sans amour tu vis une imitation de la vie, susurre la chanson du générique de ce chef d'œuvre, ultime film du grand Douglas Sirk, dont le titre original, Imitation of life, traduit bien mieux le sujet traité que son titre français. Car il s'agit bien de cela, non pas d'un mirage mais d'une imitation.

L'Amérique des années 50 et ses quatre personnages féminins, celles qui sont dans l'apparat et celles qui sont dans le vrai, celle qui compose, celle qui domine, celle qui triche avec sa couleur de peau … Cette Sarah Jane, fille d'une femme de couleur, amie d'enfance de la fille du personnage incarné par Lana Turner – actrice jusqu’au bout des ongles, actrice hollywoodienne par excellence …

Le spécialiste allemand du mélodrame compose une symphonie de couleurs presque criardes afin de poser l'artifice comme alpha et oméga d'un univers ou règne le factice et ou sous les sourires perce un racisme à peine voilé. Les USA dans les années 50, au contraire de cette amitié entre une femme blanche aisée et son amie noire qui est tout de même sa bonne, ce n'est pas un pays ou les races sont mises sur un pied d'égalité, et le film va frontalement s'attaquer à ce sujet hyper sensible via une lutte souterraine entre des personnages féminins et leur reflet.

Reflet oui – la scène ou la mère de Sarah Jane s'en vient revoir dans sa loge sa fille qui l'a abandonnée et reniée parce qu’elle veut cacher ses propres origines – cette scène déchirante ou ne pouvant affronter le regard et la parole maternelle la fille va se confronter à un reflet, le sien, dans le miroir de sa loge, ou en arrière plan le reflet de sa mère tient dans un petit angle – la mère qui occupe un si petit espace dans un miroir, un espace qui semble encore trop grand pour la renégate car le miroir MONTRE la filiation et donc la couleur de peau. L'amour est refusé, nié, et de fait l'imitation est triomphante, la fille connaît certes son petit succès mais percent les larmes, et le MAMA que Sarah-Jane, en larmes, balbutiera lorsque sur la pointe des pieds, sa mère, lui obéissant, sortira de la loge – ce MAMA résonne des années après la découverte de ce film bouleversant.

L'enterrement – déchirant, sublime, à tirer des larmes de crocodile à n'importe qui – qui clôt le film, avec ce chant gospel, ces chevaux, ce carrosse, cette foule, et elle, Sarah-Jane hurlant sa douleur d'avoir perdu sa mère et de s'être au passage perdue pour vivre une imitation de la vie – quelle plus belle scène de mélodrame a jamais été tournée au cinéma.

Je n'en vois pas !


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