samedi 28 avril 2018

Chefs d’oeuvre du 7ème art - Le Casanova de Fellini



Le monde est un cirque, le monde de ce Casanova d’opérette que Fellini visiblement exècre est une mascarade, ce pantin jouisseur à l’ego démesuré, authentique symbole de la bonne société vénitienne un clown fâcheux tout juste bon à être ridiculisé. Poudré, perruqué, vêtu comme un précieux, le voilà qui enfile les perles, s’en va chasser la gueuse, tire à tous bouts de champs dans tout type de râtelier, détrousse les nonnes, les vierges, les éphèbes, jusqu’à un mannequin de cire, sorte de ballerine tournant sur elle meme dont il tombera amoureux.

Ce pur chef d’œuvre à l’esthétique sublime est tel le chant du cygne d’une fausse gloire désossée par un authentique artiste créateur, lequel en son Cineccita reconstitue un univers fait d’ombres, de carton-pate, d’illusions plus belles que le réel. Ce trompe l’oeil dans lequel il plonge son pathétique personnage est comme un miroir déformant et une scène de théâtre tournante, chaque décor pose le lilliputien dans un cirque trop grand pour lui dans lequel il s’en va se mirer pour mieux jouir en solitaire, piteusement, ridiculement.

Ce chasseur de donzelles est un pitre, un automate du coït, un pédant. Et ses conquêtes successives auxquelles Fellini prête sourires et rires feignent parfois le plaisir qu’il entend leur voler pour leur bien. Casanova est tel un Don Quichotte sans gloire à la recherche de moulins à vent, il baisse à peine son pantalon retenu par trop de ceintures, sort juste le nécessaire qu’il enfourche tel une épée et tel un éjaculateur précoce prend à peine deux minutes de plaisir pour une chasse de deux heures.

Le ridicule dévoilé du personnage est comme un miroir tendu a un monde bourgeois adepte de la jouissance pour seule finalité. Ricaneur, clownesque, Federico Fellini compose une symphonie de couleurs du plus clair vers le plus sombre et laisse son film avancer du petit matin à l’agonie de l’obscurité, ou tel Guignol son pantin s’en va mourir d’un désir inassouvi sur un faux lac de givre.

A la fin, la ballerine automate et sa petite musique signée Nino Rota semblera plus humaine, plus en chair que les derniers restes du vieux jouisseur à la peine, seul, tout seul, définitivement seul face a un destin mort sur lui-même.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire