lundi 30 avril 2018

Chefs d’oeuvre du 7ème art - La femme publique




Ethel, jeune femme rêvant de devenir actrice, court en de grandes enjambées sans se retourner. S'en va remettre une enveloppe pleine de billets à son poivrot de père. Retrouve sa mère dépressive dans son HLM. Puis file poser pour des photos érotiques. Avant de rejoindre le casting d'une adaptation au cinéma des Possédés de Dostoïevski. Où Lucas Kessling, metteur en scène d'origine polonaise, l'engage.

Le Paris quelque peu baroque dans lequel Zulawski place sa fiction est comme une copie occidentale des œuvres littéraires du génial romancier russe. Ca se houspille, ca pialle, ca gesticule en tous sens. Chacun cherche à se faire entendre, le plateau du tournage fonctionne comme un grand capharnaüm ou Kessling pousse à bout une débutante ne comprenant rien ni au texte ni à sa mise en scène. Dans ce monde-là la violence prévaut ainsi que la manipulation, c est le prix pour devenir cette femme publique, cette actrice adulée que d'en baver et d'accepter tout d'un metteur en scène démiurge à moitié fou.

Ce que sous une fiction cocasse Zulawski nous montre, c'est la corruption de l'occident, lequel se nourrit des ambitions personnelles. La jeune Ethel, ce sont toutes ces jeunes femmes qui se disent prêtes à tout pour réussir, et qui parfois se brulent les ailes. Elles ne savent rien, ne comprennent rien ni à ce monde ni à l'art. La collision avec Kessling sera bénéfique sur le plan de la réussite pour sa muse, lui mourra et elle verra sa photo faire la une des journaux.

Inattendu succès lors de sa sortie en 1984, cette femme publique, au regard des autres films du cinéaste, se veut plus léger, plus romanesque. Il énonce des propositions on ne peut plus justes et le fait avec les armes du cinéma, entre le thriller romantique et le film foutraque. Son trio vedette – Valérie Kaprisky, qui aura beaucoup de difficultés à se remettre de l'image que donne d'elle le film, Francis Huster, très théâtral, comme un double caricatural de Zulawski, et Lambert Wilson, absolument remarquable et ici révélé – se fera plus que remarquer, un parfum de scandale quelque peu fabriqué entourant le film lors de sa présentation hors compétition au Festival de Cannes. Pour la première et dernière fois de sa carrière, Zulawski parvint à jouer et à se jouer du système tout en rencontrant un succès populaire, sans pour autant loin de là faire l'unanimité.


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