jeudi 19 avril 2018

Chefs d’oeuvre du 7ème art - Elephant man



L'Angleterre ouvrière et populaire de la fin du XIXe siècle. Une foule fascinée se presse devant les tréteaux d'un montreur de foire, l'ignoble Bytes, qui exhibe pour trois sous un monstre difforme, un homme-éléphant. Le docteur Treves, un jeune médecin ému par une si grande détresse, pousse le malheureux à se faire examiner à l'hôpital. En dépit des sarcasmes de son patron, Carr Gomm, qui se soucie peu de soigner un incurable, Treves est touché par l'humanité et la sensibilité qu'il découvre à son patient peu commun. John Merrick, puisque tel est son nom, restera donc à l'hôpital. Tandis que le menu peuple et, plus discrètement, la haute aristocratie, défilent au chevet de l'homme-éléphant, Bytes, furieux d'avoir perdu son gagne-pain, l'enlève et l'emmène sur le continent...

Révolution industrielle, Angleterre. Un FREAKS exposé comme un monstre de foire par un monstre foireux. Une créature nous dit-on, fruit de dégénérescences qui ont peut être à voir avec le monde industriel, avec la médecine. En tout cas un être humain que les humains maltraitent et exploitent. Et qu’un scientifique à l'ame noble va parvenir non à sauver mais à remettre sur les rails d'une vie a minima paisible en l'accueillant chez lui. La haute aristocratie c est-à-dire le haut du panier tentera de l'apprivoiser et s'y intéressera.

Le monstre c'est parfois l'homme lui-même et non le FREAKS nous dit Lynch dans ce sublime et bouleversant film humaniste. Auquel on peut reprocher une chose. Les méchants ce sont les pauvres et les bons les riches. Ce qui ne coïncide guère tant avec la réalité qu’avec le message d'Eraserhead son précédent film. Et avec le message de tous ses films suivants.

Néanmoins restons focalisés sur l'essentiel, à savoir le message d'amour et de tolérance, sorte de sésame dans le cinéma dit installé que Lynch avec ce second film intègre. L'Homme Eléphant – John Hurt, méconnaissable – est un corps certes monstrueusement déformé mais une ame raffinée et belle, éprise de sensibilité et de douceur, qui s'intéresse aux arts, aux livres, à la peinture, aime la beauté d'un intérieur, et se cherche une position pour s'assoupir. Sa trop lourde tête d'éléphant ne lui permet point de s'endormir à l'horizontale, alors son hôte et son hôtesse lui concoctent un petit système pour qu’il puisse comme tout un chacun se reposer.

Notre monde est impitoyable pour la différence mais fort heureusement existent de nobles ames prêtes à tout pour mettre l'humanité au point le plus élevé. Le destin – tragique, forcément – de cet Elephant Man pourra bénéficier du pire mais aussi et surtout du meilleur.

Mélodrame renversant – je ne suis pas un animal, je suis un être humain, ce cri de John Merrick on n'est pas prêts de l'oublier -, ce sublime film en un noir et blanc somptueux est avec le FREAKS de Tod Browning le plus beau manifeste cinématographique jamais réalisé sur la différence.


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