vendredi 20 avril 2018

Chefs d’oeuvre du 7ème art - Drôle d'endroit pour une rencontre



Un couple dans une voiture, sur une autoroute. La femme, France, croit avoir vu une femme se précipiter entre les voitures. Elle veut en convaincre Vincent, son compagnon, mais ne parvient qu'à le faire sortir de ses gonds. Ainsi, sur une aire de repos, Vincent jette France hors de la voiture et s'en va. Bientôt, France rencontre Charles, un homme occupé à démonter le moteur de son véhicule. Elle s'approche de lui, alors qu'il veut rester seul. Elle insiste, il l'insulte. Elle s'en fiche, elle reste. Une dépanneuse vient chercher la voiture de Charles. Direction : un relais autoroutier. France suit Charles. Celui-ci, peu à peu, se sent attiré par cette femme...

Deneuve Depardieu, le couple du mythique Dernier métro à contre-emploi dans le premier long métrage de François Dupeyron. Elle surtout. Larguée. A l'ouest. Mythomane. En vison et baskets dans une station essence d'autoroute. Attendant désespérément le retour de ce mari qui s'est débarrassée d'elle comme d'un chien encombrant. Vie stoppée, entre camions et automobilistes, en mode pause.

Lui, le Gérard, sur un arrêt, il démonte son moteur. En panne lui aussi. Plus envie de rouler, simplement comprendre le mécanisme. Cette femme plus que borderline l'attire, il ne parvient à s'en éloigner, elle tente de le chasser, il tente de la faire revenir à la raison, formule à voix haute ce qu’elle ne veut ni ne peut entendre, elle se débat, le fuit, puis lui revient.

Drôle d'endroit pour une non rencontre en somme. Ces stations essences sont comme des haltes dans la vie moderne, des parenthèses, des endroits ou par définition il ne se passe rien. L'homme occidental est fourbu, il s'y arrête et y reprend des forces. Le scenario de Drôle d'endroit raconte cette pause, cette non histoire, ce rien, cet entre-deux avec ces deux-là à qui il confie des rôles ordinaires, des rôles quotidiens.

Elle, Deneuve, hérite d'un personnage à la Geena Rowlands. Une femme sous influence, il y a de ca. Deneuve, dans ce rôle tout à fait inhabituel pour elle, fait davantage que surprendre, elle que d'aucuns pensent froide se lâche, elle n'est que nerfs et griffes dehors. Immature, parfois hystérique, en tout cas au bord de la dépression, elle révèle ici une étonnante fragilité que Téchiné seul dans sa filmographie est parvenu à laisser poindre, mais pas à ce point.

Quant à Depardieu, il est comme un piton, un repère stable, une épaule et une main secourable. Bien qu’à l'arrêt il incarne la solidité, la fiabilité. Il est l'ami sur qui on peut compter, celui qui ne mâche pas ses mots, celui qui n'hésite pas à se mettre entre parenthèses pour aider l'autre.

Lorsque le film s'achevé, un gout d inachevé, et un parfum de plénitude en contrepoids. S'est-il passe quelque chose, que fut donc cette histoire … Drôle d'endroit pour un film, étranges personnages … 


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