samedi 21 avril 2018

Chefs d’oeuvre du 7ème art - Dancer in the dark



Dans une région perdue d'Amérique, Selma, une humble immigrée tchèque, partage sa vie entre son fils, son pénible travail à l'usine et sa passion pour les comédies musicales. Un soir, Bill, son voisin et propriétaire, lui fait part de ses soucis financiers. Pour le consoler, elle se confie à son tour. Bill apprend ainsi que, victime d'une grave maladie héréditaire, elle est en train de devenir aveugle et qu'elle économise sou après sou pour offrir à son fils l'intervention chirurgicale qui le sauvera de la cécité. Leur conversation terminée, Bill fait mine de partir puis, profitant de la mauvaise vue de Selma, l'espionne afin de découvrir l'endroit où elle cache son argent...

Pour la 1ère fois de sa carrière, Lars Von Trier déplace l'action de son film aux Etats Unis. Ce grand pourfendeur des états totalitaires et du conformisme – entre autres – et de la difficulté à s'en libérer – Dogville ou Les idiots – a cette fois pour cible la machine à broyer l'individu made in USA, ici une ouvrière en passe d'être aveugle et prise pour cible par une machine judiciaire inhumaine qui la conduira sur l'échafaud.

Quoique fort sombre – le DARK du titre -, Dancer in the dark demeure néanmoins et avant tout une ode a la musique au travers de la musique de Bjork, sa magnifique interprète, et de la comédie musicale. A partir d'un bout de bois et de trois coups, Selma fait venir le son, le rythme, l'élan et la vie. Artiste révolutionnaire, elle parvient par ce seul talent à faire cesser les cadences dans l'usine et à transformer l'outil de travail en show. Mère célibataire pauvre, elle se saignera aux quatre veines pour tacher de sauver son fils unique du mal qui la ronge aussi.

Cette ouvrière tchèque est comme un caillou dans la machine productiviste car elle s'élève contre le sort qui lui est réservé et remet en cause le système par sa capacité à non se rebeller mais à refuser de courber l'échine et de devenir un pion. Plus les malheurs s acharnent sur elle et plus elle développe les anticorps. Le crime lui sera attribué sans circonstances atténuantes aucune et l'immigrée impétrante envoyée derrière les barreaux, jugée puis pendue.

La scène finale de la pendaison fit scandale car le cinéaste danois choisit de l'étirer au-delà du supportable. Pour que justement nous voyions l'acte dans toute son horreur jusqu’à plus soif, c est-à-dire le véritable visage du pouvoir en Amérique. Le chemin de croix de Selma à ses yeux doit faire jurisprudence, il est emblématique et tout spectateur doté de conscience se doit à lui-même de supporter l'insupportable pour le dénoncer ensuite. 



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