vendredi 30 mars 2018

Chefs d’oeuvre du 7ème art - Soudain l'été dernier

A l'hôpital de Lion's View, le docteur Cukrowicz pratique dans des conditions vétustes la psychiatrie et la neurochirurgie. Le directeur lui annonce que Violet Venable, une riche veuve, lègue un million de dollars à l'établissement, à condition que Cukrowicz accepte de pratiquer une lobotomie sur sa nièce, Catherine. La jeune fille, traumatisée par la mort récente de son cousin Sébastien, a sombré dans la folie. Le jeune médecin s'efforce alors de provoquer chez sa patiente le souvenir de la scène fatale. C'est ainsi qu'il découvre peu à peu une troublante vérité que tous s'entendent, par intérêt, à lui tenir cachée, et dont l'innocente Catherine pourrait bien être la victime...

Adaptation brillantissime d'une pièce magistrale de Tennessee Williams, ce chef d'œuvre signé Joseph Mankiewicz , œuvre au noir au cœur d'un été o combien trouble décortique un monde fait d'illusions, de manigances, d amour vénéneux et de corruption des ames. La mante religieuse jouée par Katharine Hepburn – un rôle aux antipodes de son image – règne d'une main de fer, telle une Catherine de Médicis, sur un monde clos et notamment sur un fils profondément malade de son fait à elle. Afin de maintenir le joug à la fois sur lui et sur l'illusion, telle une maquerelle perverse, elle facilitera ses tendances tout en étouffant celles-ci aux yeux du monde, et jouera de son pouvoir financier pour tenter d'anéantir toute possibilité pour sa nièce, témoin de la scène de crime, de mettre en mots l'indicible.

La psychiatrie, lors, est fort heureusement, contrairement à bien des cas observés en ce bas monde, utilisé à dessein dans un sens bénéfique de dévoilement, c est-a-dire de libération du trauma. Montgomery Cliff, au visage quasi défiguré par l'alcool et les drogues, met en échec le plan maléfique et s'en vient pas-à-pas libérer sa patiente afin de faire émerger le souvenir. Lequel, vers la fin, explosera dans une scène d'une dizaine de minutes absolument sidérante, à tomber par terre tellement dans ce qu’elle montre et dans la manière dont Mankiewicz la met en scène – et en musique ! – elle est traumatisante pour nous spectateurs.

L'on reconnaît à la fois le monde selon Tennessee Williams et le monde selon Mankiewicz. Les ressorts communs aux deux oeuvres de ces deux grands portraitistes quelque peu désabusées du mal occidental et de la perversion des élites sautent aux yeux et ici au cœur. Nulle grandiloquence dans cette théâtralité assumée que le cinéaste traduit en plans fascinants. Propriété immense de la mère, posée en son jardin telle la reine des araignées, visage impassible, œil mi-ouvert mi-clos, voix tantôt caresse tantôt scalpel … Asile aux plafonds hauts au sein duquel se répondent les voix en écho, conscient, inconscient, subconscient. Visage bouleversant toujours au bord de l'abime d'une Elizabeth Taylor absolument sublime.

Et ce soudain, l'été dernier, cette séquence inoubliable qui s'en va chercher aux racines de la barbarie la plus atroce, une scène terrifiante et en cela inoubliable.

La parole libérée permettra de changer de saison, la propriété du mensonge se refermera sur elle-même, et à compter de, la vie, tout du moins une vie, pourra reprendre.


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