jeudi 22 mars 2018

Chefs d’oeuvre du 7ème art - Ran



A la fin du XVIe siècle, dans le Japon féodal. Le clan Ichimonji, l'un des plus puissants du pays, est dirigé d'une main de fer par le vieil Hidetora. Sentant la lassitude le gagner, Hidetora décide de laisser le pouvoir à ses trois fils, Taro, Jiro et Saburo. Le partage se fait à l'issue d'une partie de chasse, selon un rituel respecté à la lettre, l'aîné, Taro, ayant désormais le rôle prépondérant. A chacun d'entre eux revient un château. Mais Saburo, le cadet, refuse, craignant que des querelles n'éclatent au sein du clan. Il est aussitôt banni et déshérité par son père. Pourtant, ses craintes se révèlent fondées. Ses deux frères, Taro et Jiro, ont tôt fait d'éloigner Hidetora et se livrent une lutte sans merci pour le pouvoir. Poussé par Kaede, son épouse qui ne songe qu'à venger sa famille autrefois détruite par le vieil homme, Taro renvoie son père du château. Celui-ci trouve refuge chez Saburo...

Adaptation de bruit et de fureur, un peu comme un opéra à la Orlando Furioso, du Roi Lear de William Shakespeare, transposé dans le Japon médiéval du XVIème siècle, Ran est sans doute le dernier chef d'œuvre absolu de l'immense Akira Kurosawa.

Interrogation métaphysique sur le pouvoir et sa transmission – les trois filles du roi Lear sont ici trois fils -, cet immense poème aux images somptueuses interpelle la responsabilité paternelle dans l'oeuvre destructrice de sa progéniture, thème survolé par le dramaturge anglais. Sans transmission réelle le pouvoir pour lui-même créée des oppositions entre les trois fils, lesquels s'en vont se lancer dans une entreprise de destruction, de mort, de combats sanglants, jusqu'à tenter l'assassinat du père.

Face à cet ouragan de flèches et de membres tranchés – la scène de l assaut de la forteresse, d une durée de 20 minutes, est inoubliable - ou s'entassent les cadavres et se déchainent les flammes, rode telle une sorcière maléfique la mere, sorte de Lady Macbeth matinée de théâtre No, dont les apparitions terrifiantes sonnent le glas de toute éthique. L'héritage est donc poison, le vieil homme ayant rendu sa couronne se trouve donc en état d'échec absolu, perdu sur les versants du Mont Fuji, abandonné des siens et de tous, le regard fou.

La folie des hommes est ici contée comme on narre en couleurs vives, jaune, rouge, noir, un drame, on ne compte plus les scènes admirablement retravaillées par un directeur de la photo absolument remarquable. La splendeur visuelle et au-delà symbolique – chaque couleur représente un des trois fils – fascine, ainsi que la sublime musique symphonique.
Ran – chaos littéralement – est une symphonie d'images, de couleurs et de sons, une symphonie majestueuse, étourdissante, hypnotique, construite autour du thème de la désolation et de la mort. Celle d'une famille, d'un peuple, d'un monde, d'une civilisation.

Apres Kagemusha, ce nouveau chef d'œuvre sorti en 1985 marque le génie à la fois narratif et visuel d'un des plus grands maitres qu’ait jamais eu le 7e art.


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