vendredi 13 octobre 2017

50 ans de cinéma SF : Alien de Ridley Scott


Second film du britannique Ridley Scott, ce mythique 8eme passager, Alien, l’étranger – ou l’autre, l’altérité, le monstre de type créature biomécanique, cette chose personnifiant toutes les terreurs depuis l’avènement du cinéma, chose que l’on voit finalement peu, ombre rodant dans les dédales des couloirs de l’immense vaisseau spatial blanc, poulpe sortant du ventre de son hôte humain et se transformant au gré des heures en un gigantesque titan noir à la tête de mort – bref, cet intrus machine qui s’en va de par sa présence seule conduire la seule et unique survivante, la célèbre Ripley, à redevenir animal, à ne compter que sur son instinct, à délimiter son espace de survie en condamnant son espace vital au plus serre. Car la Bête venue de la planète inconnue ou la Compagnie avait envoyé ses cobayes salariés a pris possession, à partir de son éclosion violente, à compter du thorax de John Hurt perfore, de tout l’espace, jusqu’ à se coller, tel le sparadrap du capitaine Haddock, à la capsule ou s’est réfugiée à la fin Sigourney Weaver.

Alien donc – cette Bête quelle est-elle, que signifie ce poulpe qui à peine éclos te saute à la gorge, entre dans tes entrailles, couve quelques heures à étouffer ton cœur puis te déchire de l’intérieur pour ensuite contaminer ton espace de vie et massacrer tout ce qui y vit – sinon l’incarnation du mal, un mal mutant de type machine, comme une excroissance ou un parasite, entre vivant et non vivant, créature extraterrestre ou d’essence humaine (créee par la Compagnie ? ou simplement identifiée par elle ?), car que sait-on dans cette odyssée de la terreur de ce que sait la firme invisible qui a dépêché les sept mercenaires de l’espace (le chiffre sept fait bien évidemment référence à Kurosawa et à Sergio Leone, Alien étant comme une adaptation intergalactique des œuvres de ces deux auteurs) ?
Le deus ex machina renvoie à l’ordinateur tout puissant du 2001 de Kubrick, un ordinateur cette fois silencieux, œil froid du cinéaste qui avec une élégance classique ne perd rien des assauts et des cris de ses passagers, consommateurs un à un consommés par la vorace créature dégoulinante, laquelle s’en va jusqu’ à ne faire qu’une bouchée d’un chat roux. La beauté quasi immobile de ces plans longs ou la camera bouge peu et ou  l’œil, le nôtre, cherche avec Ripley dans les recoins le moindre signe pouvant mettre en évidence la présence malfaisante évoque Fritz Lang et le cinéma allemand expressionniste des années 20, ce cinéma ou l’ombre régnait en maitresse et ou la lumière se faisait rare. Ici la lumière (ces immenses pièces blanches) devient inquiétante, la Bête ne s’y niche point mais reste en embuscade au premier virage, elle se terre dans les conduits d’aération, jusqu’ à rendre l’atmosphère proprement irrespirable.

L’immense talent de Scott provient de sa capacité à nous glacer le sang à partir de trois fois rien, tant il montre peu et suggère par de simples effets de montage, de légers mouvements de caméra, quelques effets sonores avec ces sifflements de soufflerie. Le vaisseau Monde devient comme un ventre maternel infecté, une succession de tuyaux et de boyaux conduisant à un cœur et dont il faut absolument condamner toutes les issues… jusqu’ à se retrouver nez à nez avec le monstre qui te renifle et bave.

Le scénario de Dan O Bannon compte moins que l’art de mettre en scène l’horreur gangrenant l’écran comme la salle ou chaque spectateur ne peut que sursauter en permanence de son fauteuil. L’effet de suffocation est tel que la bête, chacun la fait sienne et craint depuis le confort de l’autre côté de l’écran qu’elle ne lui saute à la gorge. Le processus d’identification joue à plein du fait de l’économie de moyens, de l’absence à l’écran du monstre redouté, de l’ombre sur l’écran comme dans la salle ou le film est projeté. Le mal à proprement parler, c’est à dire l’horreur pure : c’est cela, le huitième passager. Et elle devient du fait de nos propres peurs et de notre propre imagination envahissante.


Sorti triomphalement en 1979 et devenu depuis culte, Alien connaitra 3 suites signées par James Cameron, David Fincher puis Jean-Pierre Jeunet, une franchise dérivée (Alien vs Predator), avant d’être enfin repris en main par son metteur en scène initial à compter de Prometeus – qui sans copier la première série la renouvelle de fond en comble quitte à larguer pas mal des afficionados des premiers films. Il constitue une matrice inégalée du cinéma d’épouvante pur. Mais surtout un support de choix pour exégètes interrogeant la pellicule et se perdant en conjectures sur la signification profonde de l’œuvre. Classique en apparence, celle-ci fit davantage que renouveler un genre, elle créa à compter d’elle au même titre que 2001 l’odyssée de l’espace un véritable seuil dans l’histoire du cinéma. Impossible, après Alien, de continuer à réaliser des films de SF comme avant.


Aucun commentaire:

Publier un commentaire