samedi 12 août 2017

Vernon Subutex, le chef d oeuvre de Virginie Despentes


Vernon Subutex, roman fleuve en 3 volumes – sauf erreur – constitue le sommet d’une des plus grandes plumes françaises que nous ayons en stock, et sans doute le portrait le plus juste, le plus sans concession et le plus empathique que j’aie jamais lu sur notre époque. C’est une œuvre à l’ambition élevée et un roman plus qu’abordable, que la caissière de Monoprix qui fait trois heures de train pour aller bosser peut lire le matin ou le soir. C’est une œuvre populaire dans le sens noble, ou l’auteur, humaniste au cœur rempli de compassion, montre à la fois le meilleur et le pire de l’humain, et se tient à distance de tout jugement, déplorant des comportements et respectant les êtres, ses personnages, auxquels par son style empathique elle prête ou rend la beauté. Certains destins dérapent nous dit-elle mais les êtres demeurent bons et fragiles et en proie à la dureté d’une époque toute particulière qui ne va pas dans le bon sens. Perdus et perclus dans une ville pieuvre ou règne violence et égoïsmes et esprit de compétition, ils se débattent avec les moyens du bord, et ce n’est pas leur faute si le sort s’acharne sur leurs épaules, la vie est devenue ce qu’elle est, dure, épouvantablement dure. Ne jugeons pas nos autres, écoutons les et donnons-leur la parole, voyez comme c’est difficile pour eux et pour nous tous, restons solidaires et remettons des ponts entre nos différences quelles qu’elles soient car nous sommes tous humains dans le même bateau.

Le roman part d’un personnage, Vernon, ancien disquaire fichu à la porte de son affaire et à la porte tout court. Et qui va, après un passage hilarant a Pole Emploi, contacter un à un tous les êtres qu’autrefois, 20 ans plus tôt, il fréquentait dans son magasin de disques de rock et de punk.

Ce Vernon est un Christ des temps modernes et Vernon comme une traduction de la Sainte Bible dans une Babylone Paris. Pauvre, sans le sou, accueilli puis chassé ici et là, il va être le fil conducteur de ces destins avec ceux d’autrefois, destins brisés pour la plupart ou toutes les illusions une à une se sont pris le mur de la réalité dans la tronche. Egoïsmes, solitude, trahison des idéaux, tout y passe et ce miroir de d ou on vient ou on arrive est d’une absolue justesse, et triste, o combien.

L’auteur alors donne à chacun des êtres la parole à la première personne et entre dans leur âme. Certains êtres choisis sont de sacres loustics, un violeur, un militant FN, un magouilleur. Jamais elle ne les juge et au contraire montre ce qui explique cela, ces drôles de routes sales, comment ça a dérape etc… La force empathique de l’auteur est telle et son regard perçant si aiguisé qu’elle parvient au miracle de nous les faire tous aimer sans exception.

Puis – dans le 2e volume, lumineux après les ténèbres du premier, comme dans la Bible, exactement comme dans la Genèse -son Jésus-Vernon s’en va rassembler tout ça et recoller les morceaux au Parc des Buttes Chaumont, tout près de là ou habite l’auteur et ou j’habitais moi-même. Un Parc absolument merveilleux, magique … A … Rosa Bonheur. Et la, le Jésus de Virginie crée miracle sur miracle et le roman devient aussi beau que Peter Pan ou Harry Potter.

C’est qu’il y a du Wendy chez cette si belle personne qui se prénomme Virginie. Sa voix et son regard, si doux, qui chuchotent et caressent. Je me souviens cet interview ou elle confiait qu’ ayant quitté tôt l’école elle ne savait pas que pour écrire il lui fallait un bureau, et qu’elle ne fit l’acquisition de celui-ci qu’ après avoir publié plusieurs livres à succès. Cette confidence si parlante m’avait alors retourné le cœur. Celle que je considère avec Houellebecq comme la plus grande– Houllebecq qui lui aussi est un humaniste, désabusé certes mais humaniste ça oui , relisez La carte et le territoire, ce chef d’œuvre- est une pure autodidacte, bien plus douée que tous ces bourgeois qui pullulent dans la littérature choisie par les maisons d’éditions qui a mon sens n est guère que bourgeoise et donc tout sauf universelle.


Aux antipodes du MOI JE germanopratin, notre ange de Belleville écrit pour nous autres, et nous lit notre monde avec douceur. Et amour. Tant d’amour.


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