lundi 7 août 2017

LA PORTE DE L’ENFER - 2eme partie - 9 -


« Mademoiselle ! Mademoiselle ! »
Tournant les yeux elle le reconnut aussitôt. D’où sortait il ? L’avait il fait suivre
depuis leur première rencontre ? Ou bien l’avait-il simplement reconnue lors de la
cérémonie ? Elle le toisa, penchant légèrement le menton dans un réflexe
d'arrogance.
« J’étais certain de vous retrouver ici, dit-il pour entamer la conversation.
Mais la jeune femme le regardait avec indifférence.
« Vous n’assistez pas à la mise en bière ? Je crois que c’est un peu plus loin. C’est
surprenant, n’est-ce pas, de voir à quel point ces funérailles manquent
d’émotion… »
Elle reprit négligemment sa marche, l’obligeant à la suivre d’un pas hésitant.
« Au fond il n’y a guère que nous autres, pauvres serviteurs de la vérité, qui rodons
encore autour du cercueil… »
Il s’échinait à combler les silences qu’elle lui abandonnait.
« Il m’a semblé reconnaître quelques notables. Eugène avait beau vivre comme
un ermite, il connaissait du monde … Je me demande quelle indélicatesse les a
incités à se déplacer… Nous avons pourtant fait preuve de discrétion !»
Ils croisèrent une femme accompagnée par deux enfants turbulents. Le petit
garçon tenait sa soeur par les cheveux, la tirant derrière lui.
« J’ose à peine vous demander ce qui explique votre présence … Dans notre
jargon, on appelle ça enfoncer des portes fermées ! »
Elle se retourna vers lui, les yeux emplis d’animosité.
« Ecoutez-moi ! Je ne sais pas ce que vous espérez à me tourner autour, mais
dites-vous bien une chose ! Des comme vous, j’en fréquente des dizaines ! Vous
n’avez aucun droit pour m’interroger ainsi ! »
L’homme découvrit un charmant sourire. Pour sûr la saillie l’avait réjoui. Il
l’observa franchir le seuil de la grille, puis tenter de se frayer un chemin au travers
d’un cortège de manifestants qui bouchaient la rue Ménilmontant.
Elle avait péniblement mis le pied sur le trottoir d’en face, et fonçait tête baissée
dans le premier café. Des badauds s’étaient amassés, et la bousculèrent.
Il la vit se débattre comme un diable, flanquer un coup de pied à un homme à
moitié ivre, puis se réfugier dans l’arrière salle.
Il entra à son tour et la rejoignit. Elle s’était laissée tomber sur une chaise et
essuyait en silence les injures de l’alcoolique. Ses mains tremblaient. Autour, on la
scrutait avec hostilité.
Il se pencha et lui prit la tête dans ses mains.
Elle lâcha un hurlement.
« Ne me touchez pas ! Ne me touchez pas ! »
Il sentit les regards des curieux et, s’interposant, se serra plus encore contre elle
en repoussant la table. D’un bond, elle le griffa au visage.
« Je vous ai dit de ne pas me toucher ! ».
Puis, de tout son poids, elle tomba à terre, l’entraînant dans sa chute.
« Anna ! Anna ! », hurla t il en tâchant en vain de retenir les soubresauts du corps,
qui frappaient l’air avec violence.
Il eut à peine le temps d’extraire de sa poche son matricule qu’il reçut un coup à
la tête et tomba inanimé sur elle de tout son poids.
La troupe des badauds s’approcha lentement, et entrevit la jeune femme,
maintenue à terre sous un corps évanoui.
Sa tête bougeait frénétiquement de droite à gauche et se cognait sur la dalle

froide. De ses lèvres sortait un flux constant de bave.


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