mercredi 12 juillet 2017

Le Démiurge


Etant mon propre patron depuis 22 ans, j’ai décidé à l’époque de n’avoir aucun humain au-dessus de moi et de tacher de ne dépendre entièrement de personne. On ne dépend ni de clients ni de fournisseurs à son compte, à tout moment on peut en changer ou ils peuvent vous dégager, et on remplace. Idem pour les proches : personne qui te mène longtemps par le du nez, ceux qui s’y sont essayés (il y en eut – sans procès d’intention, bande de petits malappris) se sont un à un pris une porte.

Pas davantage mes parents – lesquels c’est le moins qu’on puisse dire ont échoué à tous les niveaux à me placer là où ils pensaient sur à peu près tous les sujets : métier, sexualité, études, idées politiques, classe sociale j’en passe et des meilleures. J’aurai un a un imposé (et c’est le moins) tous mes choix, jusqu’au refus d’hériter. Ceci étant, si je considère que je ne leur dois rien, y compris cette vie qu’ils ont choisie de me donner mais qu’à l’époque je n’ai point demandée, je leur suis reconnaissant de ce qui fut donné ou prêté, y compris main forte en certains moments. Ce qui signifie que sans rentrer dans leurs vouloirs ou dans leurs vies je serai à leurs côtés quand et si …, et pas à n’importe quel prix.

Il convient d’être indépendant et reconnaissant et de savoir ne pas détruire le premier par le second. Vivre sa vie, on en a une et une seule, signifie prendre le chemin qui est le nôtre et aucunement suivre gentiment la main de papa maman jusqu’au cimetière. L’obéissance, la servitude, le truc du genre « tu dois » ou « tu me dois » : un doigt ! Chacun tient son guidon et il n’y a pas de place de passager dans la voiture d’une existence libre, il n’y a pas de « place du mort ».

Etant né de la génération libertaire (pas fait exprès), je l’applique à la lettre mais à la sauce XXI siecle. Le logiciel d’avant fut bourgeois, j’ai essayé, j’ai fini par dire non. Je me serais encrouté, la constance, les habitudes, le confort, la petite vie réglée, la maison qu’il faut entretenir pour qu’elle ne se déprécie pas, la propriété : pas ma came, trop d’ennui. Je préfère voyager, bouger, créer et rêver.

La cinquantaine c’est le moment clef, le point de bascule. Soit tu t’enfermes soit tu ouvres les fenêtres et tu vis enfin exactement comme tu l’entends. A peine si t’as envie de répondre à tes contradicteurs, pas la peine, convaincre qui et pourquoi, on s’en fiche pas mal, d’avoir raison ou tort, on le sait depuis le temps que chacun a ses raisons et voit midi à sa porte. Les polémiques à la petite semaine autour de la table de la salle à manger avec mémère qui piaille et René qui bougonne : l’enfer, plutôt crever.

Y’en a qu’un – tout la haut – et Lui . Ah Lui ! Lui seulement. Lui Il sait, il joue avec toi et avec toutes ses petites créatures. Certaines l’appellent Dieu, d’autres Lucifer, d’autres Extraterrestres, ou Bouddha ou Mère Nature, ou Allah. En tout cas on est nombreux depuis l’aube des temps à Le mettre tout au-dessus de tout et surtout de nous-mêmes.

Alors la petite marionnette joyeuse que je suis devenue lâche prise et Le laisse faire de moi ce qu’Il veut. Taquin le Créateur, Il me gâte et me teste en permanence. « T’avises pas de croire que tu es le créateur de tes bouquins sacripant, c’est Moi et Moi seul qui par l’inspiration te les souffle ! ». OK Patron je sais merci bien, j’ai plus 20 ans, et vu que t’as décidé de me faire pas trop sot point trop mouton…


« Attention petit con avec ta grande gueule ou je te coupe les vivres », qu’Il ricane en m’observant d’en haut. Je sais merci Tu l’as déjà fait. Bon écoute, je Te respecte chaque jour, Tu peux pas dire, je Te mets même des majuscules à tout bout de champ et je me prosterne face contre Terre. Mais laisse-moi l’temps d’progresser ! C’est pas moi quand même qui ai décidé dans ma suprême sagesse de faire des créatures aussi imparfaites !


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