samedi 20 mai 2017

Libertad


Vous êtes au nord et nous au sud, allez entrer en été et nous en hiver, êtes en week-end et nous avons adopté une vie ou cette notion n’existe plus. Libérés de nos habitudes et de nos chaines nous connaissons chaque semaine sept jours comme vous, mais que nous occupons à faire ce que nous aimons et ce pour quoi nous sommes sur terre.

Gagner notre vie est fait et ne me demande guère plus de trois heures chaque semaine tout au plus. Mon activité indépendante ainsi que le très faible cout de la vie ici le permet, et à côté de ces quelques rentrées qui là où nous vivions autrefois me placeraient sous le seuil de pauvreté, il y a le chômage de Néo, 480 euros a peu près, ce qui ici permet de vivre a deux 15 jours sans se priver de rien.

Le temps dit de travail et celui dit de distraction me concernant se sont confondus. Travailler c’est à dire écrire et publier chaque jour, et veiller comme on couvre un feu aux résultats quantitatifs et qualitatifs est en soi une activité qui me plait, me distrait tout en me centrant sur le meilleur de moi et me traduit tout entier. Quand tu fais entièrement ce que tu aimes tu n’as de fait point besoin de te distraire, de sortir le soir danser ou boire, de le faire de manière systématique comme pour mettre une barrière entre le temps alloué à gagner sa vie et celui occupé à la vivre. Tu vis ta vie tout le temps, et aussi intensément que légèrement.

J’avais déjà tâté ca il y a six ans a la Réunion – une vie tout occupée à soi et à faire ce qu’on aime et à le faire bien avec en bonus les bravos de ceux avec lesquels tu collabores. Ce n’est pas facile à construire, encore moins à conserver sur la durée, là cela fait dix mois consécutifs que je vis cela, auparavant sur l’ile j’ai tenu neuf mois, en apesanteur, parfaitement sur mon axe. Je pense avoir acquis dorénavant la force intérieure pour ne pas connaitre la chute, c’est à dire la disparition progressive de ce petit miracle. Ayant connu les chutes et les lentes remontées à plusieurs reprises, et m étant affronté à mes peurs les plus enfouies et les avoir finalement repoussées permet de forger au-dedans une réelle résistance aux difficultés, de les vivre comme de l’extérieur, voire de les anticiper et de baisser la tête.

Je vis au jour le jour tout en conservant un horizon au loin, avec un projet assez fou que je mets en place brique par brique, et dont j’observe l’exécution et les résultats, lesquels sont plus importants et plus rapides que ce que j’avais imaginé d’après les chiffres et les retours. Ne serait-ce que ces tribunes sur Agoravox, qui est quand même le média alternatif francophone le plus connu au monde. En 5 mois me voilà le contributeur le plus régulier -  une chaque jour, j’ai vérifié je suis le seul, avec des notations excellentes a tous les coups ou presque, avec des avis dans l’ensemble louangeurs, et surtout des HIT qui depuis quelque temps me mettent en 1ere ou 2eme place, soit de la journée soit de la semaine.

Le premier de la classe, comme au collège. Disons-le, je me suis toujours programmé pour ça, la première place, c’est le genre de défi que j’aime me donner, ça marchait adolescent, ça a marché pendant toute ma scolarité et trente-cinq ans après ça marche toujours. Etre second, non. Et rester surtout en marge et libre et à distance du truc.

L’objectif n’est plus le même, ce n’est plus l’ego ou la confiance en soi ou la reconnaissance que je vise, ça je l’ai acquise, je veux dire construite intérieurement avec l’expérience. Mais bien la réalisation de soi et au travers de ca toucher les gens, le plus de gens possible, en étant aussi vrai et aussi percutant et aussi éclectique que possible, quitte à parfois choquer ou déplaire ou susciter des railleries, ce qui m’indiffère ou m’amuse. Les avis de tel ou tel ça ne m’intéresse guère, c’est tout à fait secondaire, ce qui compte c’est ce que je fais et que ça marche. Je ne cherche en rien à cumuler des like ou à être élu meilleur camarade. 

Avoir des détracteurs, des ennemis ou des trolls me va et me sert, ce sont des très bons agents électoraux, je vois bien que certains sont addict dans leurs rejets, ils n’aiment pas, vraiment pas mais ne peuvent s’empêcher de lire et de commenter.

Tout ça me va. Néo me dit que je fais trop ceci ou cela, que ça peut agacer certains, et je lui réponds que cela fait partie du plan, cet agacement de certains – c’est juste des avis, et dans ce champ là seul le mien à mes yeux compte. Apres tout je m’autoproduis comme toujours, quand tu es sur la scène il y a toujours dans la salle des gens que telle chose irrite ou qui à un moment critiquent, ça fait partie d’un jeu dont je connais bien les règles. Avec cette grande distance être sur la scène est donc une place ou je me sens à l’aise.

C’est top la cinquantaine je trouve. On ne perd plus de temps, on se connait bien, on écoute davantage son intuition que sa raison, on sait mettre certaines émotions à distance, on parle moins et moins fort, on apprécie bien mieux la solitude et on devient capable de rester assis sur un bac à humer l’air le sourire aux lèvres une heure durant, sans rien faire. On goute l’instant, on en pense ni à hier ni à demain, on n’a ni regrets ni remords, et quand c’est nécessaire on  dit les choses sans mâcher ses mots, posément. Aucune virulence ne te touche, on a quitté le monde de la compétition et tous ces reflexes pavloviens de souris dans une cage. On vit pour son bon plaisir tout en pensant à autrui, on ne juge pas les êtres mais on repère les comportements toxiques, on fait la différence entre l’un et l’autre, et de fait on s’éloigne des uns une bonne fois pour toutes. Et on reste fidèle à la meilleure partie de certains êtres chers, à qui on souhaite à distance le meilleur avec ou sans nous.


Ce soir comme chaque soir dans le jardin, avec Néo, quelques bières, on échange et on rit, c’est parfois sérieux parfois léger mais toujours complice. On danse sur quelques tubes et puis chacun s’en va dans sa chambre, avec Shadow pour lui et Chaplin pour moi, nos deux jolis matous boules de poil boites à ronrons. Et on s’endort comme des enfants, paisiblement.


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