lundi 1 mai 2017

Le joli mois de Mai ...


Ils ont 15, 16, 17 ans. Ils sont lycéens, et pas forcément qu’à Henri IV. C’est jour férié, troisième jour sans école d’affilée. Et plutôt que d’aller écouter du son chez les uns et les autres, les voilà qui une nouvelle fois, en ce jour de fête du travail, se rassemblent en nombre pour dénoncer ce monde qu’eux, les adultes, ceux qui sont en âge de voter, leur promettent. Et dont ils ne veulent pas.

Une société qui n’écoute pas sa jeunesse est une société qui se meurt. Non contents de les traiter d’anarchistes sans leur avoir jamais donné la parole, ceux qui dans les journaux et les grands medias ont pour métier de la confisquer ont décidé de les insulter. D’abord par un mot, « anarchistes », censé faire peur au populo. 
Ensuite par une leçon : que font ces jeunes freluquets à se mêler de politique plutôt que de vaquer à de saines occupations comme nous leur conseillons à longueur d’année si bien, consommer par exemple, acheter les livres et les disques que nous soutenons, se précipiter dans les salles obscures pour voir les quelques films que nous avons choisi pour eux ?

On leur envoya donc la police (la police de Messieurs Hollande et Macron, celle-là qui aime tant Marine), armée, bottée, surexcitée, et ses gilets pare- balles et ses pare chocs a la Goldorak. Et celle-ci en meute chargea et lança ses lacrymo. La Dame-de-Montretout-mais-en-dit-franchement-trop, à peine arrivée à Villepinte, tweeta à la « chienlit » et fit clairement comprendre qu’avec elle ça « irait au pas ».

Pauvre France …

Ce monde-là, ce choix-là, cette honte-là, ce double masque abject, deux faces d’une même pièce de monnaie, cet ultra capitalisme ami des banques et faiseur de pauvres, et ce mouvement populiste à tendance xénophobe et excluant, créature du précèdent, nos jeunes n’en veulent pas. Ni de l’un ni de l’autre.

Ils ont 15, 16, 17 ans, un âge qu’on eut nous avant, bien avant eux, à une époque ou au contraire de restreindre on étendait les libertés, un monde ou existait un horizon, un cap, un rêve, une utopie, quelque chose qui donne envie de s’éveiller et d’aller étudier, quelque chose qui donne envie, qui file la pêche, qui foute la gaule au lieu de la détruire.

Las… Ce spectacle que nous leur offrons avec les clefs d’un monde pourri : quelle évidence, quelle joie qu’ils le rejettent. Et quelle leçon ce devrait être pour tous.
Mais tout à nos peurs et nos égoïsmes nous leur dénions jusqu’à ce droit de l’exprimer de quelque manière que ce soit parce que ça fait du bruit dans les rues et que c’est pas bien de tagger une agence de la Société Générale. Ça se fait pas de venir faire du raffut en bas de chez les braves gens.

Foutaise ! Comme si le spectacle de nos extrêmes divisions, cette façon de nous insulter et de nous mépriser en public, ces politiciens qui se lancent des noms d’oiseaux à la figure comme des clowns, qui font les saintes nitouches et qu’on prend ensuite à leur propre piège par emplois fictifs interposés… Ces fronts syndicaux désunis, ces paroles confisquées, ces émissions vulgaires ou ca lynche tous les samedi soirs sur la 2, ces débats truqués, comme si tout cela, ce piteux spectacle donné en exemple par des adultes vieux comme leurs parents et grands-parents constituaient un modèle …

Ah qu’il commence bien ce joli mois de mai ou quel que soit le nom qui sortira du chapeau dimanche ce seront cinq ans d’état de disgrâce et de guerres civiles assurés, sur fond de menaces grandissantes d’attentats. Tandis que les rues de Paris s’emplissent de lacrymos et que les troupes de CRS chargent des gosses, Daesch appelle à une reprise accélérée de saloperies avec Paris et Berlin pour cibles préférées. Et, au loin, deux matamores éructant, tous deux catastrophes capillaires identiquement atteints sérieusement au casque, jouent des muscles par paquebots et tirs de missiles nucléaires interposés, l’un lançant la « mère des bombes » en Afghanistan et l’autre faisant diffuser une vidéo retraçant la destruction du Capitole par une ogive coréenne, devant des chinois et des russes sidérés.

J’espère – o combien – que ces petits combats domestiques se suffiront à eux-mêmes et que chacun rangera ses fusils en carton avant que d’aller cueillir le muguet.


Ah qu’il est joli le joli mois de Mai …





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