jeudi 11 mai 2017

La ferme des animaux


La campagne qui s’est achevée et a donné lieu à des guerres des tranchées n’est en rien “la fin de la guerre”. Celle-ci au contraire se poursuit et même s’accélère : les divisions qu’elle aura exposées et qui auront explosé se poursuivent. En rien le sacre de l’Elu n’aura sifflé la fin des combats : au contraire, il les aura exacerbés.

Parmi les ingrédients et les faits observables, il en est un, plus que tangible, qui m’aura littéralement fasciné : c’est la montée stupéfiante de la dictature de la bienpensance et de la violence qui s’y rattache. Violence qui, dans la perception qui est mienne, dépasse de beaucoup celle des supporters lepénistes, lesquels étant taxés depuis toujours de tout et n’importe quoi, ont au moins l’excuse de la réplique à l'agression permanente et de la défaite éternelle.

Seize pour cent des électeurs de l’Elu ayant choisi son bulletin pour son programme c’est donc bien aux quatre-vingt-quatre autres et à ceux-là, tout du mois à la partie bruyante de ceux-là seulement que je m’adresse. A vos reflexes pavloviens qui ont fait que c’est à l’émotion et sur la base d’un tapis de certitudes et non de réflexions et d’analyses personnelles puisées dans les champs politique, historique, philosophique que vous avez non seulement choisi ce bulletin comme le fait de vous être déplacés (ce qui est votre droit et votre choix) mais en prime pour nombre d’entre vous cédé a la violence d’invectiver, d’exclure, d’impérativer, d’injonctiver, de donner-des-lecons-iver, bref d’user sur autrui d’une violence absolument insupportable (et à mes yeux grotesque), ce qui a pour contre coup fait exploser en réaction les raisins de la colère.

Vous êtes donc à mon sens, d’autant que votre champion est Elu, les premiers responsables de ce champ de ruines. Libres à vous de décréter la suprématie de la Liberté Individuelle (la vôtre si j’ai bien compris, au détriment de celle de tous ceux qui ne pensent et ne vivent pas comme vous) sur toutes les autres échelles de valeurs. Libres à vous d’incarner avec autant de suffisance le Camp du Bien et d’avaler a la gamelle les croyances que d’autres ont planté dans votre cerveau comme on file à manger a un lapin au travers des barreaux de sa cage.

Libres à vous de savoir mieux que tout un chacun, depuis votre salon bourgeois, mieux qu’un libyen ou un syrien ou un russe ou un chinois ce qui est bon pour lui et ce qu’il convient de lui faire bouffer de force. Vous êtes, vous incarnez, vous pensez BIEN, et ce BIEN-là qui vous sert de couverture vous êtes prêts à le crier sur tous les toits avec la même finesse que Céline Dion quand elle massacre des standards de la chanson américaine.

Vous êtes aussi pétris de certitudes que pauvres intellectuellement, pour beaucoup d’entre vous. Vos diatribes sont totalement creuses d’arguments, de faits, de pensée, c’est niveau Cours Préparatoire et Loft Story ni plus ni moins. Et l’impératif est votre seul et unique temps, tous les autres temps et modes, le conditionnel ou le subjonctif par exemple, ne rentrent pas dans votre champ lexical. Vous avez réussi à appauvrir notre langue à force de regarder Friends et de lire Marc Levy. Et vous avez en plus la prétention de vouloir nous apprendre à penser et à lire : misère misère !

Vous me faites penser à ces pintades dans certains magasins de fringues qui emmerdent copieusement les vendeuses et que j’appelle les « pétasses oui mais non ». Cette robe, mon Dieu oui mais… C’est que la couleur… enfin… je sais pas si… La fille qui sait pas ce qu’elle veut et qui fait chier, et qui se fait chier et vient tromper son ennui dans un grand magasin et cherche à combler son vide en enrobant son rien d’un sac a couleurs, mais qui en fait ne s’aimant guère tout en s’admirant hésite, hésite encore et finit par se barrer avec rien dans le cabas. La chieuse qui fait perdre à tout le monde cinq bonnes minutes le matin à la boulangerie parce que croissant ou pain au chocolat, et qui met en plus trois plombes à retrouver son porte-monnaie dans son sac en bordel. Mademoiselle Moi Je Enfant Reine, huit ans d’âge mental, un avis sur tout, une voix de crécelle, grande avaleuse de bouquins à l’eau de rose et consommatrice de séries insipides, et qui émarge dans une boite de communication et passe deux heures à se faire les ongles. Et qui l’ouvre à table a tous bouts de champs avec un déluge de beaux principes.

Cette dictature de pseudos sachants a pris un tour phénoménal, et là ils vont bicher un peu avant de commencer à faire pour un bon paquet d’entre eux les frais de la politique d’étrangleur de leur chouchou du 7 mai. Et là, leurs belles valeurs républicaines ne leur seront d’aucun secours - et là, ces moutons n’auront aucune arme pour se rebeller, encore moins pour faire un bref retour sur expérience et se dire « et si je m’étais fait complètement avoir, et si j’avais tout bonnement agi bêtement ? ».

Ils feront comme toujours, ils zapperont, reproduiront et se consolideront dans le nombre. Dans l’entre soi. Dans leurs tribus.

Au contraire, ils continueront sur le registre émotionnel, « déçu déçu déçu », se chercheront de nouveaux ennemis imaginaires, se victimiseront à mort et continueront sur leur registre habituel d’enfants gâtés pleurnicheurs. C’est pas moi c’est l’autre, d’ailleurs regarde je file des sous chaque mois à Amnesty !

On va les lasser bêler et chouiner, nous on a l’habitude. On va les laisser nous admonester et nous invectiver et même nous injurier (ca ils savent super bien faire, surtout par écrit derrière leur clavier-cerveau portatif externe, ces grands courageux qui en face tremblent…), nous qui avons d’autres options et le droit de les exprimer, ce qu’ils ne supportent pas, ceux-là qui sont les rois des raccourcis et osent signifier à autrui que « si tu ne penses pas comme moi c’est que tu es dans le mauvais camp », ceux qui mettent dans le même panier les abstentionnistes et les FN.

On va les observer à distance geindre sur leur propre sort quand le couperet de la mise à pied, de la chute de leur pouvoir d’achat, du crédit refusé tombera sur leur cou. On ne s’en satisfera pas mais on ne sortira pas non plus les kleenex. On s’éloignera – en fait. Parce qu’avec celles et ceux-là, de leur fait et de leur fait seul, échanger est impossible.


Eux, ce qu’ils veulent, c’est qu’on soit tous pareil et qu’on pense tous pareils. Ce qui signifie qu’on soit tous dilués dans le moins que rien. Qu’on devienne comme eux, c’est-à-dire pas grand-chose. Qu’on ait des certitudes, qu’on arrête de penser, de nous exprimer, qu’on copie la mode, qu’on pense bien. 

Comme à la Ferme des Animaux d’Orwell.


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