jeudi 6 avril 2017

Syrie : le bruissement de l'aile d'un papillon



Spectaculaire retournement diplomatique survenu la veille d’une réunion des grands à l’ONU ou après 6 ans de mise à l’index pour ne pas dire plus Bachar El Assad venait, par la voie américaine, d’être réintégré dans le concert harmonieux des nations.

A l’aune d’un miraculeux gazage de sa population par son armée (une histoire qui nous en rappelle une précédente survenue en 2013, et à propos de laquelle, comme pour les armes de destruction massive de Saddam Hussein pas la queue d’une preuve ne fut depuis apportée par ses promoteurs), le revoilà réassigné à sa place de Grand Satan. Et Poutine, qui était devenu à force de victoires militaires et diplomatiques le vainqueur de fait de six années d’égarements occidentaux, reprend aussitôt son bon vieux rôle de Grand Satan à la puissance deux.

C’est le retour des faucons. La victoire de Trump n’aura été qu’un trompe l’œil, une parenthèse de quelques mois. Le matamore éructant vient enfin de recevoir sa fiche de poste et de comprendre le périmètre exact de son terrain de jeu. En quelques quarante-huit heures, après l’échec retentissant de ses premiers coups de menton intérieur (que viva Obamacare !), éjection de son cerveau Steve Bannon et retournement à 360 degrés. Celui dont le départ ne constituait plus une priorité (mantra de la diplomatie US depuis 2011) est redevenu ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : le grand méchant loup d’un conte pour enfants.

On vit donc Nikky Haley, la chère ambassadrice des Etats Unis, venir la larme à l’œil exposer au Conseil de sécurité de l’ONU les photographies odieuses d’enfants gazés et fustiger les refus russe et chinois de se retourner contre le régime de Damas. Quant à la sénatrice Jeanne Shaheen (les femmes dans la politique américaine seraient elles toutes des Lady Macbeth en puissance ?), parachevant l’histoire de Barbe Bleue d’une touche tout en finesse, elle put sans rire déclarer que RT (qu’une autre sénatrice vient de proposer contre la constitution de son pays d’interdire), ce fameux organe de propagande de Poutine ayant pignon sur la toile aux States, était l’équivalent de la presse d’Hitler.

Au pays de Mickey, ça passe comme une lettre à la poste. Dans les consulats américains que sont devenus la France et les autres grands pays européens tout autant. L’info étant livrée avec les croissants directement depuis Washington et un tout petit bureau dans la banlieue de Londres, on fait peu de cas de ce qui s’appelle une enquête. On lit les dépêches contre avalisées par Washington et la City, on juge, on sort sur le perron et on y va. Le gouverneur de France prononça donc avec la plus grande fermeté sa condamnation, qui fut reprise au mot près par le pantin polonais à la tête de l’UE, par la fondée de pouvoirs des Land teutons et par quelques autres.

Quant aux faits (les fameux faits) : c’est que sur le terrain il y a comme qui dirait un doute, qui semble ne guère préoccuper nos va-t’en-guerre habituels. Des observateurs auraient témoigné (remarquez le prudent conditionnel qui est de mise quand une enquête est en cours) que des avions syriens tentant de reprendre la province d’Idlib aux soldats d’Al Nosra (les « rebelles » selon le vocable occidental) avaient bombardé un bâtiment occupé par ces fondamentalistes ou avaient été entreposées des armes sans doute chimiques. Dont on ne connait pas encore exactement la composition. Ce qui aurait donné lieu au massacre réattribué habilement aux syriens et donc au multirécidiviste Assad.

Vrai ? Faux ? Fake news de Sputnik ? Allez savoir, je ne suis pas Bernard Guetta, moi, je ne suis pas enquêteur. Mais celle-ci ne faisant que commencer, l’essentiel n’est pas là mais bel et bien de prendre sur le plan médiatique de vitesse les ennemis d’aujourd’hui et d’avant-hier trois jours après le choc de Saint Petersbourg. Afin de reprendre le jeu des sept cartes des faucons comme avant, sur fond de concert des Nations.

Cette logique désespérante et désespérée de l’Oncle Sam tend à une ultime tentative (qui sera peut être couronnée de succès) de reprendre la main. Les actionnaires de Donald ont tapé du poing sur la table. Vladimir vient de comprendre en quelques secondes que son équivalent étoilé est un fantoche, un Pinocchio d’opérette à qui ont vient de supprimer son compte Twitter. Daesch (aux anges comme Exxon et la City) vient de déclarer hilare sur ses réseaux sociaux que les Etats Unis d’Amérique sont dirigés je cite par « un idiot ». J’aurais envie d’ajouter : un idiot utile pour des intérêts convergents bien compris.

L’ennui (parce que nous ne sommes pas dans une série addictive mais bel et bien dans une réalité dont la logique est proprement effrayante) est que cette reprise en mains sur fond de propagande à la Walt Disney tend à embraser à nouveau un terrain bourré d’explosifs. Avec l’Irak puis la Libye, on a sur les ruines du chaos crée d’immenses terrains de jeu de recrutement et d’entrainement pour l’EI. La chute du régime de Kadhafi a ouvert le verrou de vagues migratoires africaines qu’on estime pour les quelques années à venir a plusieurs dizaines de millions en direction de la dinde de cette farce qui se nomme Europe. Laquelle en plus se retrouve exposée plus que jamais, du fait de son ralliement aveugle à la politique du chaos des faucons, à un accroissement probable des attentats sur son propre sol.

Au-delà du peuple syrien dont on se fout depuis le début et qu’on sacrifie encore davantage, c’est toute la région et au-delà le monde qui, d’un doigt sur le bouton nucléaire, peut dans cette logique s’embraser. L’équilibre extrêmement instable des jeux diplomatiques entre grandes puissances sur les dents repart vers le précipice et met en danger les populations européennes bien davantage que les amis américains.

Les filiales locales de la nébuleuse Daesch détenant des armes chimiques et bactériologiques, ayant les moyens de les transporter et/ou de les fabriquer et de les utiliser ou bon leur semble pourvu qu’on leur en donne le prétexte, on peut sur ces bases sans verser pour autant dans le catastrophisme imaginer que la logique des choses, cette déraison destructrice fomentée par une hyperpuissance aux abois, tend au pire. Tout en espérant que de tel ou tel théâtre quelque évènement survienne pour faire rebasculer le pendule dans l’autre sens .

Il va falloir beaucoup de sang froid pour parvenir à interrompre ce processus mortifère dont l’issue me parait à ce jour incertaine. Beaucoup de sang froid, de clairvoyance, et de foi, dans le sens le plus noble de ce terme.


Car un simple bruissement de l’aile du papillon …


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