lundi 10 avril 2017

Le crépuscule des Enfants Rois


Nos sociétés occidentalo libertaires ont, dans le droit fil des évènements de 68, mis en selle un nouveau profil dont les clones ne cessent dans nos villes et nos villages de pousser comme des champignons et d’imposer leurs braillements et leurs caprices. Ces bambins à qui tout est permis font fondre des parents dépassés par les évènements et incapables de faire preuve d’autorité, quand la charmante tête blonde outrepasse toutes les limites au point de rendre à tout un wagon impossible un peu de silence. Quiconque intervient-il est alors accusé de mille procès, comme celui de ne pas aimer les enfants. Et il faut parfois s’y mettre à plusieurs pour que le parent défaillant, en l’occurrence lui-même surpris en infantilisation manifeste, accepte de fait la leçon et s’exécute sous la force du nombre.

Cet abandon parental consistant à immoler son sens de l’autorité devant le Saint Bambin fait des ravages au sein d’une société aveuglement fascinée par la jeunesse et a la quête elle-même de sa jeunesse perdue. Des nymphes à peine sexuées marchant comme des robots sont mises en épingle pour incarner la « norme ». Jeunes femmes et jeunes hommes poupées sont ainsi exposées comme des morceaux de viande appétissants sur les autobus. Même les gays (certains du moins), jamais à la traine quand il s’agit d’en demander toujours plus, exigent leur marmaille. Tout le monde veut son Ken et sa Barbie, tout le monde veut redevenir Ken et Barbie, c’est posé en horizon sociétal. Le jeune est par définition l’alpha et l’oméga, il est par définition parfait, charmant, mignon, craquant, c’est le modèle a suivre et les générations suivantes se doivent non seulement tout lui céder mais en plus lui ressembler, adopter ses codes, écouter sa musique, se mêler à ses communautés et ricaner comme des adolescents avec lui.

Quand l’adulte démissionne, le seul qui y perd c’est le jeune. Bien entendu ce parc d’attraction proposé comme El Dorado fonctionne quelque temps, et le petiot peut faire illusion quelques années en faisant raquer papa maman et tous leurs nombreux ersatz en occupant le centre de la scène.

Seulement voilà : cet oisillon inexpérimenté maintenu dans une position d’absolue ignorance de ce qu’est la vie et de ce que sont les limites et les dangers qui rodent a intériorisé une inaptitude à se fondre dans une réalité qui l’attend comme un chat attend que la souris sorte du trou.

Immaturité et irresponsabilité ne sont pas chez eux des comportements dus à leur vouloir mais bel et bien à porter au débit de parents démissionnaires ou absents. Manque de bol, quand ça tangue pour Bébé, les parents sont loin.

Elever un enfant c’est certes lui apporter le minimum de sécurité et répondre à ses besoins fondamentaux tout en lui offrant de l’amour. C’est aussi lui apprendre en situation les limites à ne pas dépasser si l’on veut ensuite qu’il soit en capacité par lui-même de traverser les tempêtes. Or que peuvent faire dans le cœur des cyclones ces charmantes têtes blondes surprotégées sinon faire l’autruche et pleurer sur leur sort ? Leur amour propres et leur sens de la repartie ne leur sont d’aucun secours, ils auront été entretenus dans l’illusion d’une force qu’ils n’auront jamais, ayant été depuis toujours surprotégés, construite intérieurement.

Dire non à un enfant, lui apprendre, plus que la politesse, le respect, de ses ainés et de l’expérience notamment. Lui enseigner à un jeune âge que sa croissance en tant qu’adulte ne peut se faire que grâce à l’apport d’êtres bienveillants qu’il lui importera de savoir trouver dans les foules croisées. Transmettre le témoin à l’enfant, lui fournir les armes et les défenses, le préparer à une vie ou tout un chacun ne grandit et ne mature jamais autant que quand arrive le temps des épreuves et des difficultés. Le faire patiemment sans lui faire peur, et lui apprendre à ne pas avoir peur d’avoir justement peur, parce que la peur nourrit la souffrance au moment où elle est là.

Voilà ce que qu’à mon sens c’est que transmettre, voilà comment on prépare un enfant à devenir un homme. Les enfants rois de nos jours se voient dorénavant affronter un avenir incertain, inquiétant même, ou les guerres économiques et éventuellement militaires les mettent les uns avec les autres en compétition. Cette chair à canons impréparée et fragile me fait immédiatement penser à ces armées de jeunes décervelés envoyées se faire dévorer par des monstres tentaculaires qui les réduisait en bouillie dans le drolissime et cruel Starship Troopers.

Dans ces combats-là, seuls les moins péremptoires s’en sortiront indemnes. Ceux-là, les petits trésors a moman qui sauront s’affranchir intuitivement de cet amour réel mais incomplet. Ceux qui auront la clairvoyance de comprendre que leurs copains ne peuvent rien faire pour eux, qu'ils sont comme des figurants perdus dans la nasse. Ceux qui, sentant qu’au-dedans, à l’ endroit même de leurs fondations, quelque chose d’essentiel manque cruellement, auront cette clairvoyance d’entrevoir, contre toute l’éducation qu’ils auront jusque là reçue, que pour devenir eux-mêmes il leur faudra courageusement reconstruire brique après brique la maison.


A ceux-là, les plus vaillants, je souhaite « bon courage » avec affection et leur dis à partir de ma propre expérience : c’est formidable, ce que tu fais, ça risque d’être long et pas facile, mais ça en vaut vraiment la peine. Parce qu’au bout tu auras tout simplement construit par toi-même ta propre liberté, qui n’appartiendra qu’à toi-même et qui sera ton œuvre.


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