jeudi 20 avril 2017

Communaute Gay : des droits et des devoirs


C’est super, que deux femmes et deux hommes puissent dans la France d’aujourd’hui décider de s’unir devant un officier municipal comme les font un homme et une femme, entoures de leurs familles et de leurs amis. Ce « droit » qui posa question du fait de l’ouverture et de l’enrichissement a d’autres de ce sacrement a la base religieux est dorénavant acquis. Et il sera difficile à remettre en cause, en dépit de toutes les tentations réactionnaires qui s’expriment bruyamment, comme envers l’IVG.

Je fus de toutes les manifestations, et pus me réjouir en octobre 2013 d’assister à l’union d’un très beau couple d’amis. Ce fut une soirée magique que je ne suis pas prêt d’oublier.

Il y eut donc de réelles avancées sociétales ces dix ou quinze dernières années. Le PACS, le mariage dit « gay » (je préfère le mot « homosexuel », qui ouvre sur nos amies lesbiennes qui sont plus discrètes que leurs congénères masculins dans l’ensemble, et que ce droit concerne tout autant). Contre toutes ces voix rétrogrades, la France de 2017 est sur la question homosexuelle incroyablement plus ouverte que celle de 1984, année ou je fis mes premiers pas dans ce qu’alors on appelait le « milieu homosexuel ».

Au contraire de l’hyper visibilité actuelle, celui-ci était alors confine à quelques rues, du cote de la rue Saint Anne, dans le quartier des Halles, et puis ce café bar à l’angle des rues Vieille du temple et Saint Croix de la Bretonnerie, qui fut le point de depart du Marais Gay. On entrait alors dans des lieux dont les portes étaient fermées, sans visibilité aucune de l’extérieur sur l’intérieur et inversement. On y vivait à l’époque caché et confiné, et dans ma mémoire on y était à l’intérieur extrêmement bien. Ces lieux étaient ouverts, à l’autre dans toute la différence, comme en témoignaient les sublimes The Danse du Palace de la rue Montmartre, ou gravitaient tous les âgés, sexualités, races et strates sociales.

Il y avait dans cette marge un véritable esprit d’avant-garde qui attirait à l’époque des gens extrêmement connus, qui venaient à nos côtes se distraire et partager un bout de dancefloor. Grace Jones, Lio, Elli Medeiros, Vanessa Paradis, tant d’autres avec lesquels j’eus très jeune la joie de danser, comme avec des copains.

Il est un fait que trente ans plus tard cette ouverture dans la fermeture s’est quelque peu transformée. En bien pour certaines raisons et sur certains points, mais pas qu’en bien. Certaines fêtes spécifiques (la Fête de la musique rue des Archives par exemple, la Gay Pride…) restent fidèles à cet esprit d’antan, l’ouverture à d’autres, aux hétéros, aux étudiants… Ces petites mamies qui dansent en souriant sur les trottoirs au passage des chars de la Gay Pride, ces jeunes enfants accompagnés de leurs parents … Mais (je me demande) ne seraient-ce pas EUX qui se seraient ouverts et non pas nous ?

Car en parallèle à cette visibilité, j’ai pu assister en même temps à d’incroyables fermetures d’une partie significative de ce « milieu » sur lui-même. Dans son rapport à l’autre, à la sexualité consommée, à la segmentation en son sein de tribus excluantes… Les applis de rencontres ont pris le pouvoir, et les gens ont eu de plus en plus de mal à se rencontrer naturellement, simplement à se séduire « dans la rue », dans le métro ou dans un bar. Dans les bars, jusque sur les pistes de danse, les portables sont allumés sur Scruff, alors que le mec est à deux mètres personne ne bouge. Les « segments » de marketing sont apparus avec leurs vocables et étiquettes, bear, daddy, chub, tout un langage Walt Disney avec au bout une logique de surconsommation, de clans et d’exclusion. Les soirées ont vu apparaitre la surconsommation de drogues et avec elle des comportements à risques décuplés, l’addiction et la désocialisation progressive de certains, à des âges avancés, et les précipitant lentement vers des seuils de dangers avec perte de travail, dépressions et suicides notamment.

Un clergé s’est mis en place, et avec lui comme dans tout clergé une doxa, un appareil médiatique, toujours prompt à dégainer dès que pointe l’homophobie (réelle et en progression dans sa partie visible comme le montrent les faits divers) mais étrangement silencieuse sur tout ce qui ne la concerne pas (ces causes voisines qui participent au même mouvement de libération des êtres) comme sur ce fléau de la « communauté » qui se nomme SLAM et qui fait un nombre exponentiel de victimes chaque année.

Ce dernier point me semble de très loin le plus grave. Ce silence assourdissant des détenteurs de la parole officielle (qui connaissent pourtant bien le fond des choses) sur ce drame contemporain qui décime ici et là de plus en plus. Il est vrai que l’exposition de ce fléau donnerait sur la communauté un coup de projecteur peu reluisant et fournirait sans doute des armes à ses pires ennemis. Mais quoi : ce n’est pas se faire juge que de dire haut et fort qu’il s’agit de vies humaines, que suicides et crises cardiaques se multiplient, que les « scènes de crimes » retrouvées par les flics après ces parties qui dérapent dans le sordide sont absolument atroces (j’ai pu accéder a un dossier, et puis donc témoigner que cela vous glacerait le sang, on se croirait dans le film SEVEN)

On ne peut à mon sens obtenir de droits sans se fixer à soi-même des devoirs, et c’est le prix à payer pour ces belles avancées libertaires. Ces drames liés au SLAM  ont à voir avec une liberté qui se met en danger et met l’autre en danger de mort. Cela a beau ne concerner qu’une minorité, le phénomène ne tend pas à diminuer. Il serait temps que, comme nous des années 80 et 90 avons su agir de notre mieux en solidarité et en soutien envers nos camarades atteints du SIDA, ceux qui aujourd’hui sont au milieu du gué et au fait de ces pratiques agissent à leur tour, sans chercher à détourner le regard de ce qui dérange et qui fait mal.
De l’avant-garde à l’arrière train : la formule est cruelle je sais, mais ce n’est qu’une formule et elle ne tuera, elle, personne. Le silence et l’inaction, si.


Pour conclure : il ne s’agit ici pas de juger les êtres qui ont leurs histoires et leurs failles, mais d’agir sur certains comportements. D’être là, en aide, efficacement et courageusement. De (leur) dire les choses avec force et aussi avec tact. De dire et redire ceci : nous sommes adultes, nous avons des droits et aussi des devoirs, collectivement nous avons lutté et conquis de haute lutte le droit à l’indifférence, alors montrons-nous collectivement à la hauteur de ce qui fut brillamment remporté. C’est simplement le début d’un cycle, et nous pouvons progresser.


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