mardi 14 mars 2017

Le conformiste

Le conformiste a des rêves mais ne se donne point les moyens de les réaliser. Effraye comme attiré par la différence, par ce qui sort du lot, par les artistes, il finit toujours  par trancher au profit de la multitude et des sentiers mille fois battus.

Tôt il aura choisi, plutôt que de se frayer une route singulière, de s’intégrer, sans soupçonner dans les choix conventionnels d’études et de métiers qu’il fera, combien il fera plus que s’y ennuyer. Mais tout plutôt que prendre des risques et s’interroger en profondeur sur ce qu’il désire. Quand viendra le temps de comprendre que ce moyen choisi pour gagner sa vie a eu pour conséquence le sentiment profond de la perdre, il se rassurera aussitôt en tournant sa tête à droite comme à gauche. 

"Voyez comme nous sommes nombreux" se défendra-t-il, trouvant dans le nombre l’excuse et le paravent sans pouvoir a lui-même s’avouer qu’en ce nombre il ne se retrouve plus. Car il est tel le Joseph K de Kafka, perdu dans un labyrinthe intérieur et indesireux, profondément indesireux d’en trouver la sortie, de peur de la lumière qui le rendrait sans doute heureux.

Car la lumière pense-t-il l’aveuglerait en le révélant a lui-même, en exposant ces retranchements, ces blessures, ces impasses, ces manquements effectues a un âge ou tout pourtant est vraiment possible. Etait-il alors si vieux pour avoir pris cette route qui l’a conduit ici, pourquoi alors avait-il pris cette pose, ce masque ò combien raisonnable ? Que n’avait-il cédé à ces folies qui alors s’offraient a lui ? Il y en eut pourtant, il les avait goutées, elles l’avaient un temps attire, avant que de l’effrayer. Et il s’était retranche dans une alcôve rassurante, et avait sagement suivi le chemin tracé, jusqu’à ce jour ou …


Etait-il encore temps ? Etait-ce seulement possible ? La somme des renoncements avait été telle qu’il s’était lui-même convaincu que non. Faire demi-tour n’était plus possible, les rails étaient traces, il fallait avancer, avancer droit avec les autres, dans ce même et unique sens où l’on ne perçoit guère que la morne habitude, et où on ne ressent presque plus rien... Qu'un coeur qui bat.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire