mercredi 30 mars 2022

Manu et sa petite commission

 

A deux petites semaines du premier tour d’une élection que l’on nous dit jouée d’avance, l’enquête a fini par tomber. Une enquête due à ce que l’on nomme des journalistes d’investigation, deux en l’occurrence, Jean-Baptiste Rivoire et Gauthier Mesnier, auteurs d’un documentaire diffusé mardi 29 mars sur le site Off Investigation et repris sur leur chaîne YouTube.Un docum-enquête donc, qui se garde bien d’imposer des conclusions aussi hâtives qu’expéditives, mais qui jette sur son sujet, le patrimoine de l’actuel locataire de l’Elysée, de sacrés coups de canif sur la version officielle.

En clair : un brûlot comme on en voit peu.

Rapelons-le à toutes fins utiles, notre Pinocchio de métier s’était fait élire sur une promesse de probité censée trancher avec les mœurs affairistes de cette classe politique qu’il entendait recomposer, après avoir miraculeusement et fort à propos pu bénéficier de la mise au rebus de celui qui alors semblait promis à occuper le poste, ce pauvre Francois Fillon, tombé pour de bien banales affaires de népotisme. Nous eûmes ainsi droit au récit d’un ex banquier d’affaires mû par l’intérêt général au point de sacrifier des émoluments mirobolants réglés sur l’ongle par la Banque Rothschild pour un ô combien plus modeste salaire de chef de cabinet adjoint puis de ministre de l’Economie, Le jeune et fringant Emmanuel nous l’assurait alors les yeux dans les yeux, faire fortune comptait à ses yeux ô combien moins que se mettre au service du bien de son pays et de ses citoyens. Il se sentait alors habité d’une mission, laquelle mission valait tous les sacrifices.

Beau comme le pitch d’une adaptation Netflix hexagonale d’un House of Card ! Manu l’ami des riches saurait se contenter d’une rémunération de haut fonctionnaire et faisait don de sa personne à la France. Quel dévouement !

Sauf que voilà. Les suspicions et les doutes sur le devenir de ses émoluments acquis lors de ses années Rothschild n’ont eu depuis cesse de lui coller aux basques tel le sparadrap du capitaine Haddock. En dépit des affirmations et des haussements de ton du coquelet, le petit peuple de gaulois réfractaires n’y crut jamais. Emberlificoteur Premier ayant toujours su mentir sur tout avec un aplomb sidérant, il n’y avait guère de raison que sur ce registre-là aussi il ne nous ait pas fait prendre sa propre vessie pour nos lanternes, disait la croyance populaire.

Ce vers quoi tend l’enquête d’Off Investigation, allant jusqu’à interroger en off un proche de la banque Rothschild en question, affirmant que la commission de 700 000 euros déclarée par Macron pour l’acquisition par Nestlé d’une filiale de Pfizer ne correspondait en rien aux us et coutumes internes du métier :en clair que celle-ci était très significativement sous estimée et pouvait au doigt mouillé se compter entre 5 et 10 millions d’euros. Soit un chouia davantage convenons-en.

En clair, il se pourrait que le pisseux ne nous ait pas fait une aussi petite commission que cela ...

Pas de preuves, rien que des allégations, me direz-vous justement, émanant d’une huile appartenant à un milieu ô combien opaque, et allant jusqu’à ajouter que dans ce petit milieu fermé de la haute finance parisienne, « tout le monde », entendez quelques uns, « savait ».

Comprenons aussitôt que jamais notre mystérieux indicateur n’acceptera de parler à visage découvert. Ça ne vaut pas grand-chose, j’imagine, devant un tribunal, mais c’est dit, et plutôt clairement. Et compte-tenu de ce dont nous sommes certains, à savoir que la vente portait sur un montant de 12 milliards et que la banque Rothschild était rémunérée à hauteur de 0,5 % à 1 %, faites le calcul vous mêmes, 700 000 euros de commission sur un gain pareil, j’eusse été le petit Mozart autoproclamé de la finance j’aurais aussitôt attaqué en justice mon propre employeur pour radinerie.

Mais où donc est passé le pognon de dingue en question ? A cette interrogation toute simple, le service de presse de l’Elysée répond depuis des mois par un épais silence. En d’autres termes : venez me chercher le retour.

Sauf que voilà, nous apprend dans le même documentaire le même témoin anonyme... Depuis les années 2000, ladite banque d’affaire, au même titre que Lazard et consœurs, avait obtenu de Bercy, en toute légalité donc, que ses associés gérants puissent bénéficier de la double nationalité franco britannique de la « maison » et ainsi se contenter de ne déclarer dans l’hexagone que 20 % à la louche des énormes commissions perçues par ses associés gérants. Le solde étant versé ailleurs que dans nos poches, celles-là mêmes qu’ils nous font. En l’occurrence, nous dit le témoin de la maison Rothschild, dans des trusts établis dans des paradis fiscaux, trusts qui ne sont même pas au nom des concernés. Autant dire ni vus ni cul nus ...

Si d’aventure ces hypothèses, que dis-je, ces suppositions somme toutes plutôt bien renseignées quoique difficilement prouvables s’avéraient justes, ce ne seraient donc point 3 millions mais bien davantage, a minima le triple, qu’aurait accumulés en deux ou trois petites années notre bien aimé petit poudré, avant que de rejoindre les hautes fonctions de l’État. A 32 ans, son âge en 2012 au moment où il entra pour la première fois en tant que conseiller à l’Elysée, notre Président des Riches aurait donc été – au conditionnel, notez bien ! - blindé de chez blindé. Selon cette logique, celui qui déclarait sous les ricanements un patrimoine de 550 000 euros cette année aurait planqué le gros du magot à l’étranger depuis dix ans. Un pognon de dingue en effet, qui depuis eût pu j’imagine bien fructifier … Cahuzac à côté ferait presque office de débutant avec ses comptes en Suisse !

Mais restons circonspects : rien n’est prouvé.

La seule question qui vaille, face à ces soupçons, est la suivante : pourquoi ce matin, lorsque je me suis levé, cette enquête n’a t-elle fait l’objet que de quelques rarissimes papiers et non la Une de ces gazettes qui nous ont tenu deux jours non stop sur la prothèse auditive de Zemmour ? Normalement on devrait s’étriper sur tous les plateaux de débat à l’heure actuelle, on devrait avoir les supporters de Macaron hurler sur tous les tons à la diffamation et à la manipulation, et ses opposants lui tailler des croupières et tenter d’en profiter à fond. Or rien ou presque : une pleine page dans l’Huma, un papier dans marianne.net plutôt critique et on a à peu près fait le tour. Et ô surprise, silence radio chez le Président Candidat et ses équipes, suffisamment débordés sur le front Mac Kinsey ...

Ça étonne quelqu’un ?

J’émets une hypothèse, toute simple, toute bête : on en reparlera, de ces millions, mais plus tard, après, une fois remis en selle Jupiter. Cette mystérieuse fortune occulte dont on entendait pourtant parler depuis 2016 et qui ressort discrètement à deux semaines du premier tour après cinq ans de black out total, viendra un temps où le taiseux acculé daignera descendre dans l’arène pour enfin condescendre à s’expliquer, comme Giscard bien avant lui sur les diamants de Bokassa. Ce qui est la moindre des choses.



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