dimanche 20 mars 2022

Macaron en campagne Netflix

 

On nous le dit, on nous le répète en boucle matin, midi et soir sur toutes nos chaînes, on ressasse la programmation mentale prédictive, notre doux suzerain lévite sur les cimes sondagières et survole tellement au-dessus de ses compétiteurs que cette campagne présidentielle se confond avec une promenade de santé pour l’actuel locataire de Élysée, assuré de rempiler avant même d’avoir posé un pied dans l’arène. Assuré de prolonger le bail cinq ans de plus sans avoir à verser de caution, l’asticot enjambe avec dédain son bilan et se projette à horizon 2030, et depuis des mois multiplie à nos frais déplacements et séminaires, promettant tout et son contraire, distribuant généreusement des nuages d’argent magique sur des segments de clientèle, alternant bains de foule et interminables prises de parole en petits comités, toujours accompagné d’une nuée de caméras lui collant aux basques, jamais avare de selfies et de petits moments volés avec la vulgate, ces compatriotes quelque peu niaiseux qui se mettent à frétiller du popotin sitôt qu’apparaît dans leur champ de vision celui qu’on voit à la télé et qui ne peuvent, les pauvres, qu’accueillir leur étrangleur d’un : « on est avec vous, hein » et autres : « tenez bon, Monsieur le Président ». Un peu comme si le porcelet dans l’étable à l’approche du boucher lui demandait : « pas trop dur, comme métier ? Pensez à vous reposer, quand même ! ».


Pour son second sacre, Emmanuel MacKinsey, suivant les bons conseils de ses consultants en stratégie préférés, a donc décidé de nous la faire minimaliste, une campagne par éclipses en pointillés où l’empereur surchargé consent à faire comme si, genre entre deux sommets sur la guerre en Ukraine Brigitte m’a libéré trois heures pour aller faire candidat à Poissy chez un édile ami, puis renouveler la même opération dix jours plus tard chez Bayrou, une rencontre avec de vrais français comme on les aime où on trie sur le volet un panel représentatif de bons citoyens autorisés à poser des questions pré-rédigées dans un simulacre de démocratie participative à sa petite altesse, laquelle n’est jamais aussi à l’aise ainsi pour dérouler son art du soliloque sans contradicteurs. On s’éclipse sur la pointe des pieds, direction le Palais pour quelques clichés fuitant aussitôt sur les réseaux sociaux en sweet-shirt et mal rasé façon Zelensky pris au saut du lit, commandant d’une guerre des boutons façon influenceur instagram avec un écusson de compagnie de parachutistes en guise de placement de produit. Puis une promenade nocturne sur des quais de Paris étonnamment débarrassés de ses tapins habituels pour une fortuite rencontre grossièrement scénarisée avec un jogger marathonien, parfait cliché sur pattes de la France qui s’ôte les doigts du cul, avec qui Jupiter s’en va taper la discute en mode bon copain, magnifiquement cadré par une caméra placée là par le plus grand des hasards.

Nous sommes bien malgré nous contraints et forcés d’assister impuissants à une comédie des apparences où un acteur professionnel solidement préparé par un cabinet conseil US déroule les épisodes d’une série Netflix sans suspens pendant laquelle il cochera une à une toutes les cases du plan d’action jusqu’au dénouement sans surprise du 24 avril. Censé être le premier des présidents de la Vème réélu haut la main sans avoir connu de période de cohabitation tout en ayant été du premier au dernier jour de son quinquennat le recordman absolu des détestations populaires, Manu peut dès lors tout oser, nous refourguer la retraite à 65 ans qui avait mis des millions de français dans les rues fin 2019, imposer en pleine explosion de la pauvreté aux titulaires du RSA d’aller trimer à 7 euros de l’heure pour mériter leurs 400 balles, nous refaire l’entourloupe de la taxe d’habitation avec la suppression de la redevance, rebaptiser Pôle Emploi France Passage Piétons, agiter le chiffon de premières mesures de privatisation de notre système universitaire et jouer sur nos peurs de voir l’inflation galopante réduire à néant nos bas de laine en se grimant en petit père protecteur du pouvoir d’achat, rien n’y fait : sa potion libérale infecte passe crème comme de la vaseline sur fond de chiffres truqués de reprise économique, et on reprend les yeux fermés pour cinq ans celui qui aura réussi le prodige de mettre son propre peuple dans la rue pendant plus de la moitié de son mandat et qui jamais n’aura reculé d’un iota sur le plan fourni par la maison mère. A croire que les classes moyennes n’en ont pas encore assez bavé sous Macaron 1er : alors on remet le couvert, et on se prépare à cinq années de galère où cette fois Jupiter, débarrassé du goût de plaire, s’en donnera à cœur joie pour finir de détruire ce qui tient encore à peu près debout sur le dos des gaulois réfractaires.






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