dimanche 4 juillet 2021

Le fascisme vaccinal pas vraiment discret d'une certaine bourgeoisie

 

Vous souvenez-vous de cette apostrophe en guise de paire de claques dispensée par le Général De Gaulle, et reprise dans le C’était de Gaulle d’Alain Peyrefitte ?

« Vos journalistes ont en commun avec la bourgeoisie française d’avoir perdu tout sentiment de fierté nationale. Pour pouvoir continuer à dîner en ville, la bourgeoisie accepterait n’importe quel abaissement de la nation. Déjà en 40 elle était derrière Pétain car il lui permettait de continuer à dîner en ville malgré le désastre national ».

Sans tomber dans les comparaisons excessives entre la période de la seconde guerre mondiale et les temps présents, je n’ai pu faire autrement que songer aux propos du défunt général lorsque je découvris les propos ahurissants de quelques uns de ces grands bourgeois parisiens présents sur nos antennes, appelant à la coercition et à la ségrégation envers ces irresponsables gaulois réfractaires à la vaccination.

La liste est longue – vous la connaissez.

C’étaient bien ceux-là qui hier réclamaient que tombe la foudre sur ces jeunes écervelés surpris à danser lors de fêtes illégales, et que l’on surprenait le soir attablés impunément dans des restaurants clandestins trois étoiles en compagnie de quelques hauts magistrats. Ceux-là aussi qui niaient face caméra l’efficacité d’un traitement que leurs épouses, leurs aïeux et parfois eux-mêmes avaient pris sous le manteau , Ceux-là toujours qui militaient micro en main pour le port obligatoire du masque dans les écoles huit heures par jour pour des mouflets de six ans y compris dans les cours de récréation, mais se le refusaient pour eux-mêmes à l’antenne sous le prétexte ô combien pratique que les plateaux de télévision où il pérorent étaient suffisamment ventilés, et que l’on surprenait l’enfiler à la va-vite en extérieur juste avant que la caméra ne s’enclenche. Ceux-là encore qu’on surprit danser à quelques uns bien après l’heure du couvre-feu dans un bâtiment du ministère de l’éducation nationale, ou encore ceux-ci invités au-delà des jauges imposées au commun des mortels à un dîner soit-disant de travail à l’Elysée en plein couvre-feu.

C’étaient bel et bien ceux-là enfin pour qui confinements, couvre-feux, enfermement dans un minuscule studio, télétravail avec les trois gosses hurlant dans la pièce, fermetures obligatoires de commerce, restrictions de circuler et chute des revenus ne posèrent guère de problèmes existentiels et pour cause, quelques menues adaptations dans une vie paisible, où la complainte se borne à ne plus pouvoir aller à la Comédie Française ou au bar de l’Hôtel Meurice comme d’habitude, à devoir programmer ses déplacements dans la résidence secondaire plutôt que de pouvoir y filer sur un coup de tête, et à raser les murs pour pouvoir pénétrer incognito dans les pince-fesses du Palais Vivienne.

Ceux-là, ces grands bourgeois, ces beaux parleurs, ces dorlotés des beaux quartiers, ces éternels donneurs de leçons, ces flagorneurs proches des puissants, ces plumitifs surpayés de la presse subventionnée aveugles à la condition sociale de leurs propres stagiaires, transformés depuis plus d’un an en Monsieur Jourdain de la santé sont parvenus vaille que vaille à passer entre les gouttes, évitant les amendes et multipliant les passe-droits.

Et les voilà, retrouvant tous leurs passe-temps d’enfants gâtés après une longue année où contrairement à des millions d’autres ils n’auront sacrifié que du superflu, qui se mettent un à un à partir en vrille, exigeant avec un air courroucé que l’on actionne le bouton séparatiste envers ces irresponsables refusant la Sainte Piquouse , qu’on leur pourrisse la vie, qu’on les enferme à demeure, qu’on les frappe au portefeuille, qu’on leur interdise toute vie sociale, qu’on les vire des hôpitaux et des EHPAD, qu’on leur sucre leur carte vitale, qu’on les bannisse de l’espace public et qu’on en fasse des parias, comme au bon temps des western, goudrons et plumes à l’entrée du village.

Mettons-nous dans la peau d’un tout jeune étudiant issu d’une famille modeste, enfermé de force dans les 12 mètres carrés d’un studio dans une grande ville sans luminosité aucune, ayant abandonné faute de pouvoir vivre pleinement sa jeunesse ses études, ne sachant plus à vingt-deux ans tout juste ni où il en est ni quoi faire de sa vie, ayant vu ses maigres revenus fondre au soleil à la fermeture du bar qui l’employait, dont le couple a explosé après trois mois de confinement à vivre l’un sur l’autre avec en arrière-fond les nouvelles anxiogènes incessantes de sa télévision, ayant dû pointer à la soupe populaire des semaines entières, connaissant comme beaucoup des problèmes psychologiques et des bouffées d’angoisse. Ce tout jeune homme qui aura sacrifié sans moufter, plus qu’une année de vie, son équilibre et son bien-être pour préserver la vie de gens bien plus âgés que lui souffrant de comorbidités, et qui ne risquait pas davantage que contracter quelques jours un virus à ses yeux mille fois moins dommageable que les conséquences des mesures qui lui furent imposées serait, dans une logique analogue, parfaitement dans son bon droit d’exiger qu’un Emmanuel Lechypre, l’exemple parfait de ceux pour qui tous ses efforts furent faits, soit conduit de force en clinique et contraint à perdre les trente kilos de gras mettant sa propre vie en danger. Obligation de soin, pépère, les gars comme toi qui s’empiffrent sont des irresponsables qui nous contraignent, nous, à ne plus vivre à notre guise. Tu veux me contraindre à me faire injecter un produit avec zéro bénéfice dont les effets sur le long terme ne sont même pas connus après avoir accepté de mettre ma génération sous clef pour te garder en vie ? Commence donc par te soigner, toi, ton cholestérol, ta surcharge pondérale, ta goinfrerie pathogène et ton insuffisance respiratoire dès la seconde marche d'escalier !

Mais ça, notre bon gros cochon de bourgeois comme le chantait Jacques Brel ne voudra ni ne pourra pas l’entendre. Lui qui parle de santé ne pense qu’à une chose, une seule, exactement comme cette bourgeoisie en 40, retrouver son confort, sa petite vie, ses privilèges, et ne plus avoir peur de son prochain comme de son ombre . Et pour ça il est prêt à tout, à s’asseoir sur le libre-arbitre d’autrui, à redéfinir la liberté à sa guise, à piétiner le principe d’égalité, à couper les droits à la serpe, à violer la propriété privée et à oser clamer avec un toupet sidérant qu’il fait ça pour un bien commun dont au quotidien il se torche sans complexes, Et fort de son bon droit, argumentera que son fascisme vaccinal et sa diarrhée verbale totalitaire ce n’est rien d’autre que de la pédagogie.



3 commentaires:

  1. Définition du bourgeois

    Le bourgeois est très exactement celui qui "est contre" le vol dont il pourrait être personnellement victime, sans pour autant reconnaître comme un mal le vol en général. Et pour cause.

    En plus bref : Le bourgeois est le voleur qui ne veut pas être volé.

    Il y en a beaucoup, des bourgeois. Dans toutes les classes sociales, même chez les pauvres.

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  2. More.

    Le bourgeois, après avoir secrètement retouché lui-même son portrait, le contemple et chante alors avec la Castafiore : "Je ris de me voir si belle en ce miroir !".

    « Soit qu’il l’eut ainsi voulu, soit qu’il fut plus simplement arrivé au terme d’une lente mais incroyable dégradation, sa vie tout entière avait pris appui sur l’orgueil, et il se flattait de lui avoir trouvé là une forte et sûre assise. Étrange erreur d’un homme qui ne savait point encore que l’orgueil n’a rien en propre, n’est que le nom donné à l’âme qui se dévore elle-même. Lorsque cette dégoûtante perversion de l’amour a donné son fruit, elle porte désormais un autre nom, plus riche de sens, substantiel, la haine. G. Bernanos, L’imposture, Plon, Points, p. 199.

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