mardi 22 juin 2021

Un caillou dans l'escarpin de Marine


Depuis dimanche au soir, suivant l'exemple de celle qui se définit comme l'opposante en chef du petit monarque de l’Élysée, la plupart des hiérarques du label "RN viande bovine made in France", les Alliot, Bardella, Odoul et consorts, s'en sont allés d'une seule voix chouiner sur nos antennes, haranguant et invectivant leurs propres déserteurs, coupables à leurs yeux d'avoir manqué à l'appel à l'heure du combat fatidique.

Au front, les patriotes !, s'époumonèrent les mignons de la boutiquière anti-système-canal-historique, estomaqués tels des rentiers découvrant la brutale diminution de 25% du dividende promis lors de l'assemblée des actionnaires. Faisant mine d'ignorer qu'à force de se contorsionner dans tous les sens pour pouvoir enfiler un costume de respectabilité, ils avaient sans doute fini par se confondre aux yeux de leur propre base avec tous ces politiciens de métier tant décriés qui depuis des décennies se refilent non sans complicité le guidon sans jamais vouloir quitter l'autoroute créatrice des inégalités.

Nos chers médias, ceux-là même qui les détestent tant et tant qu'ils ne peuvent s'empêcher de leur offrir le crachoir chaque semaine aux premières loges du banquet républicain, nous contaient depuis des semaines l'irrésistible érection sondagière du parti de la Blonde. Au point que lorsque dimanche l'horloge sonna vingt heures et que commencèrent à s'afficher les scores, l'on sentit à Hénin Beaumont une froide colère pointer sous le maquillage de la guerrière en CDI depuis 2011 : les gueux du front, pour beaucoup, 73% d'entre eux, excusez du peu, s'étaient faits l'arlésienne. Aussi doués pour l'absentéisme que leurs chers députés à l'assemblée lors du vote du pass-sanitaire, ces électeurs frontistes ! Bande d'ingrats irresponsables, fulminait la peste blonde, imaginant les titres narquois des gazettes du lendemain et les coups de poignards dans son dos renaître. La pauvre n'eut même pas cinq minutes pour se gausser publiquement de la soufflante prise en pleine face par son ennemi juré Dupont-Moretti à demeure.

Las, ceux qui s'y voyaient déjà se prirent face caméra une douche froide, révisant à la baisse leurs prétentions et voyant pour beaucoup fondre la promesse de places au soleil dans la contestation cheap qui rapporte gros sans trop se creuser les méninges. Leur dû - cette rente devant automatiquement décliner de leur appartenance au cercle restreint des flagorneurs de l'héritière - rétrécissait au lavage des urnes telle une vulgaire peau de chagrin. Tout ça par la seule faute de sympathisants qui à peine dé-confinés n'étaient même pas capables de traverser la rue et se mobiliser en masse pour offrir à la dame de Montretout ses trophées …

Drôle de mentalité, que celle de ces VRP grassement payés qui se mettent à enguirlander leur clientèle d'avoir préféré partir à la pêche en famille plutôt que de s'être rués sur leur temps libre retrouvé pour acheter leur camelote les yeux fermés.

" Faudra pas vous plaindre si l'ennemi repasse ! ", chouinaient-ils en chœur. Omettant d'ajouter, en bons mauvais perdants ravalant leur langue de bois, que les élus du scrutin en question n'avaient qu'un pouvoir très restreint sur la politique du navire France, lui-même totalement vassalisé par cette Union Européenne dans laquelle Madame et son staff se sentent dorénavant parfaitement à leur aise ... Autant que dans Schengen, dans l'OTAN, dans la CEDH - bref, au sein de ces merveilleuses institutions supra-nationales destructrices par essence de cette souveraineté censée être l'ADN du supposé seul parti anti-système cocardier.

Voici donc nos populeux pris à leur tour dans les rets de la contestation populaire qui leur tenait lieu de leur fond de commerce, tel un vulgaire parti de gouvernement ignoré voire contesté par une partie de sa base, n'obéissant plus au doigt et à l'œil aux injonctions de leur dédiabolisée cheftaine ... Et la contraignant à un an du scrutin présidentiel à organiser à la va-vite quelques réunions de brainstorming dont elle se serait bien passée, elle qui s'imaginait que compter sur les faiblesses et les divisions mortifères de ses adversaires en se faisant les ongles en compagnie de ses chats suffirait pour faire de 2022 une promenade de santé avec strapontin réservé pour le deuxième tour.

Patatras, la marche triomphale tant vantée par nos instituts de sondage s'interrompt sans prévenir, un caillou inattendu dans l'escarpin de la blonde juste avant l'été … Plus de 3 millions d'électeurs en moins par rapport au scrutin équivalent de 2015 … La perspective glorieuse d'élargir un enracinement local qui reflue à vue d’œil … Des tas de candidats inconnus au bataillon qui avaient pris la place de précédents mieux enracinés mais coupables d'être trop proches de la nièce ou du père, qui voient s'envoler places et prébendes. Et qu'il va falloir remobiliser à coup de nouveaux éléments de langage ...

Et puis un électoral aussi jeune que volatile, sans doute tenté voire séduit par un discours plus radical à la Zemmour, et qu'il va bien falloir à nouveau draguer autrement que par des injonctions martiales, de grandes envolées lyriques pleines de promesses au réalisme douteux martelé à la sauce YAKA-FOKON et des sourires de façade.

La cossarde candidate du peuple se retrouve contrainte à faire ce qu'elle aura quelque peu mis de côté depuis sa mémorable performance de l'entre-deux tours il y a quatre ans : en guise de devoirs scolaires d'été, commencer enfin à travailler à fond ses dossiers autrement qu'en enfilant les séances de media-training.



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