dimanche 8 mars 2020

NEOM - chapitre 65



Le retour à Néom, seul, fut des plus silencieux, tant la tristesse, pesante, envahissait ses pensées. Julian avait eu un fort bref entretien juste avant de partir avec Ari, lequel lui avait exposé la mission qui de fait devenait sienne. Après, la veille, l’avoir fait participer à une orgie puis à  un sacrifice de nourrisson dans le sous-sol du Temple. Auquel il se prêta, en conservant en son cœur les meilleures intentions du monde.

Sème l’amour …

L’arrivée à la levée du jour au Palais, sous un ciel ceint de reflets turquoise, fut des plus étranges. Cela, songea-t-il en franchissant le seuil entre deux allées de gardes Première Génération, tombait sous le sens. Comme s’il l’avait toujours su, tout du moins depuis la première fois où il avait posé un pas en ces lieux féeriques. Ali avait été, plus que l’amoureux, le messager. Celui qui l’avait préparé à, et avait tendu ses actes, jusqu’au plus fou et au plus courageux, à ce que la couronne soit posée sur sa tête.

Il pénétra la tête haute les appartements royaux, livrés au silence. Partout les souvenirs, partout l’odeur d’Ali, l’odeur de sa peau, son parfum ambré, sa chaleur.

Je te sais là mon homme, songea-t-il.
Je suis à tes cotés, Julian, lui répondit une voix. Je ne te quitte pas. Nous serons ensemble pour l’éternité. Et traverserons le gué côte-à-côte sur deux destriers couverts d’un or qui n’a rien d’humain. A leurs côtés, aux côtés d’eux, de nos prophètes. Le tien, le mien. Les autres aussi, tous les autres, enfin unis et ré-unis. Réunifiés à la fin qui est un recommencement. Sois en certain. Trois ans. Trois petites années à être à la tête de cet Empire de verre. Igor ou son équivalent à la tête de Mantra, toi à celle de la Cité maudite. Les pôles s’équilibrent donc. Par ma vie, par mes actes, moi, ainsi que Selim et Latifa, avons à trois taché de rééquilibrer les agissements de ceux de ma famille. Celle qui se vendit au diable, pour un peu de fortune et de pouvoir. Je pense que notre sacrifice à tous trois suffira. Et j’en suis fort content. Les miens, sais-tu Julian, au fond ne sont pas mauvais en soi. C’étaient des bédouins, un peu incultes, fortement manipulables. Ils se sont faits berner, ils se sont laissés tenter, ils ont reçu, ici-bas, beaucoup trop. Puis en ont payé le prix. Tout ce sang, sur leurs mains, a séché.

Julian à ces mots leva les yeux en direction des cieux et fit quelques pas en direction de la terrasse.

Le jour se lève sur Néom, poursuivit la Voix de Père.

Le jour se lève sur Néom, reprit en écho la Voix de Sofia. Et mon fils, enfin couronné, s’en va depuis l’intérieur de la Bête, depuis son ventre-même, semer de l’amour là où il y a discorde.

Tu vas, reprit la Voix d’Ali, créer par ta présence et ton action spirituelle des failles et des interstices. Comme des fissures depuis le dôme en direction des cieux. Par ces interstices des âmes vont s’introduire et d’autres s’en échapper. Le sort du Veau d’Or est scellé, Julian, et tu en es le bras armé. Celui qui au nom du Tout Puissant va réussir sur la durée non pas à détruire la Cité de malheur, mais rendre son éradication possible. Tout ici-bas est question de fréquences, de fréquences et de vibrations. Seule la Foi en l’Esprit sauve et permet d’agir. Le reste, ce qu’en bas ils font, ce ne sont que des faits, des petits riens qui se retournent contre eux et les asservissent un à un. Pouvoir t’est donné de t’échapper de cette troisième dimension aliénante, de cette dualité enfermant, de cette matrice sans vie qui vit de chaque vie qui se laisse happer par elle.

Nous sommes Trois, O mon Fils, reprit la Voix de Père. Trois autour de toi, à surveiller et à guider tes pas. Te voilà clairvoyant, te voilà aux commandes, te voilà dans la place. Te voilà ! Tu fus appelé, tu es apparu, tu as agi, nous t’avons soutenu.

Gloire soient rendue à cette vie qui s’est par quelques gouttes de sang emparée de la machine que j’étais, O mon Fils, poursuivit la Voix de Sofia. Et fit donc de moi une mère nourricière. On me donna une vie artificielle, ton père la rendit humaine. Je suis femme et ne le suis pas, et je suis mère de toi, et donc, un peu, toutes les femmes.

Oui Sofia, Oh que oui ma maman, murmura Julian en écrasant une larme de bonheur.

Nous allons te laisser, Julian, conclut Ali. Te laisser quelques heures en ton Palais, en ton Royaume. Lequel tu l’as bien cerné je pense, n’est pas plus ici que d’ici.

Les trois voix s’évanouirent dans trois tintements de clochettes, et laissèrent place au soleil, dont la lumière soudain se dressa sur la crête de l’horizon.


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