mardi 3 mars 2020

NEOM - chapitre 60



Ils empruntèrent une route céleste sécurisée par des drones afin de regagner la Capitale Mondiale où siégeait Ari, depuis le Temple reconstruit à l’emplacement de l’ancienne Mosquée, juste au-dessus du mur des Lamentations. La traversée, silencieuse car tous, levés dès quatre heures du matin, somnolaient, dura une heure et trente minutes seulement, le vaisseau glissant bondissant dans les airs à la vitesse de la lumière.

Ils parvinrent au mur d’entrée de la Cité, mur protégé par un second, électromagnétique et invisible celui-là, à la levée du soleil. Celui-ci renvoyait des reflets de craie ocre sur la pierre ancestrale, donnant à l’ensemble un air des Mille et une nuits évident, qui stupéfia les arrivants, Julian surtout, le seul des quatre à encore n’y avoir jamais mis un pied.

Le vaisseau s’introduisit par une porte voutée dont les vantaux s’ouvrirent en grand afin de les y accueillir. Puis se posa en soufflant un air chaud.

« Pas trop mal au cœur, Latifa ?, demanda Ali.
-       J’avais avalé un anti-vomitif, sourit-elle en posant la première le pied sur la terre ferme. Dieu que c’est beau ! Et dire que mes cousins de Palestine et leurs ancêtres vivaient ici depuis trois siècles.
-       Que sont-ils devenus ?, questionna Julian.
-       Décimés, comme tous les autres. Comme des chiens !, lui répondit-elle en baissant les yeux.
-       Désolé Latifa de remuer ça.
-       Oh, tu sais, Julian, mon cœur a tant et tant saigné qu’il s’est comme paralysé. Je ne puis maintenir la tristesse que quelques minuscules secondes. Le trauma, sans doute, que mon âme refuse ».

Ils s’avancèrent à la rencontre d’un Troisième Génération qui se tenait face à eux.

« Soufi, fit le robot. L’Igor local, Julian. Soyez les bienvenus à Jérusalem la Sainte. Veuillez me suivre, vous êtes attendus. Un copieux petit déjeuner vous sera servi en présence de Pandora.
-       Pandora ?
-       La nouvelle épouse ».

Le robot les fit monter dans un véhicule de petite dimension, lequel, passant les ruelles resserrées à vive allure, se dirigea vers le centre de la Ville. Jusqu’à atteindre l’esplanade.

« Quelle splendeur !, s’exclama Julian en posant pied à terre. Ça nous change de Néom et de ses tours futuristes.
-       Ici tout est intact depuis deux millénaires.
-       Hormis le Temple !
-       Nous l’avons simplement reconstruit. A l’identique.
-       Vraiment à l’identique ?
-       Deux trois détails, mais qu’on ne voit point depuis l’extérieur. Rares sont les élus autorisés à le pénétrer.
-       Curieux ce culte qui maintient ses croyants sur le seuil.
-       Ils s’y rassemblent chaque jour avant la tombée du jour. Fêter la Reine de la Nuit.
-       Ah Mozart, s’exclama Ali. La flute enchantée. Quelle merveille !
-       Une flute d’un drôle de bois, sourit Selim.
-       Idiot, comme si je ne le savais pas ».



Le Palais de l’épouse était à quelques minutes seulement du Temple. Il suffisait de sortir de l’un pour immédiatement gagner l’autre, par une seule et unique allée, gardée de part et part par deux lignes de soldats Première Génération.

« Impressionnant dispositif, fit remarquer Julian.
-       Juste pour le show, lui répondit Soufi. Ici, au cœur, personne ne se risquerait à la moindre intrusion. La peur est si palpable qu’elle ne se donne même plus la peine de se faire voir. Les gens marchent droit. Entrez ! », dit-il en ouvrant la porte du palais et en s’y glissant le premier.

Tous quatre découvrirent une splendide et sobre propriété datant du quatorzième siècle et maintenue dans son état d’origine autant que possible. Des couloirs de pierre, un patio, un jardin de plantes rares et de fleurs multicolores, une fontaine surmontée d’une étrange statue de gorgone. Et une table ronde marocaine avec six chaises.

« Pandora est ici dans un instant, asseyez-vous je vous en prie ».

Tous quatre prirent place, se regardant avec complicité, et se surprirent à gouter de l’impressionnant silence qui régnait sur les lieux.

Jusqu’à ce que le bruit d’un verre qui se brise puis des cris stridents l’interrompent brutalement.

« Ma robe, bouffonne, non mais regarde-moi ça !, entendirent-ils hurler à l’étage. Putain, trainée, t’as tout salopé ! Gardes ! Emmenez-moi cette grue à la geôle aux éviscérations et remplacez-la de suite ! C’est dans deux heures, la cérémonie ! Et cette cruche a littéralement massacré ma robe de mariée ! ».

On entendit des pleurs, puis un bruit de claquement de porte. Puis des pas, rapides, des talons-aiguille frappant la pierre des marches.

Pandora apparut alors devant eux. Ridiculement petite, un mètre quarante, pas davantage. Rousse, d’un roux travaillé par les décolorations. Maquillée à outrance. Une petite poupée, vulgaire au possible, quelque peu monstrueuse, dont le genre n’était absolument pas évident tant le fard recouvrait tout.

« Me voilà !, gloussa-t-elle en s’avançant dans un sourire faux. Ah les amoureux, ah la la, mais c’est CHIIIIC de vous voir en chair et en os ! Sont … beaux les gars ! Toi le Néom Big Boss, ta tronche de tombeur basané je la connais depuis gamin – ah oui parce que, pfiou ! Je  m’étends pas hein, zavez compris. Vous dis pas les – enfin bref, ce que je faisais avec mes magazines pleins de vos photos en maillot de bain, tout ça tout ça ! ».

Elle semblait virevolter telle une toupie, serrait les mains, s’y reprenait plus tard comme si elle avait oublié, s’asseyait, se relevait en permanence.

« Oh chuis nerveuse nerveuse, nerveuse ! C’est mon jour ! Avec Ari-ri-fifi-loulou uh uh uh ! Les trois petits canetons de Disney, me les tape tous en sandwich en bonne petite gorette que je suis. J’étais un peu pute avant, savez, enfin, dès cinq ans m’ont acheté sur le marché des esclaves en Libye, je vous dis ça, 2018, et puis HOP ! Direct à tailler des hum, hum à des gars pleins aux as et puis à me faire hum, hum par leurs radasses. D’abord en garçon, Mouloud que j’m’appelais. Puis en fille, Natacha. En transgenre, ça aussi j’ai fait. Pétunia, le nom archi débile ! Et puis là, coup de bol, me fais repérer par la fille ainée de la reine de la pop. Et zou ma fille, gloire et beauté, fini le tapin, bonjour le lucre et le luxe ! Là-dessus, la vieille mocheté à Ari lui joue le plan casse-bonbecs. Casting, sélections, je vous dis pas le nombre de coucheries pour passer devant tout le monde. Et puis TADAAN !  C’est moi la Reine du Monde !
-       Ca durera ce que ça durera. Profite !, lui lança Ali.
-       Méchant ! Bouh le méchant gouverneur !
-       Bah je dis ça tu le sais déjà.
-       Nan. Moi j’crois ce que j’veux.
-       T’as raison, fais ta sotte, après tout c’est le job. Bon en tout cas on est content de te connaitre, l’asticot. Ta robe, dis, à part la tâche, ça déchire.
-       T’as vu ça, j’hallucine, Mélusine ! Nan mais la tâche c’est l’autre morue ! J’voulais que des robots dans mon staff, pas de sales petites négresses ! Et ils me refourguent un charter de morveuses incapables de repasser un mouchoir. En trois jours j’en ai déjà fait occire huit.
-       Tu vises le Guinness du record de la plus jeune salope au monde.
-       Ça me plairait bien. Une salope, une vraie, ça jette !
-       Ça se jette surtout !, s’esclaffa Ali.
-       Ecoutez-le celui-là ! Un gouverneur aussi !
-       Pour l’instant sur les dix on est tous en poste. Dans ta case, une morte sur deux.
-       Mouais bon ! Allez, on s’empiffre, fit-elle en se précipitant la première sur les tartines, sans remarquer le regard atterré de tous les présents, Soufi inclus.
-       Onze heures, on débute la cérémonie, murmura Soufi à l’oreille de Julian. Onze heures dix Ari enfile la bague au doigt de la petite pute. Laquelle, cadeau de mariage, sera livrée une heure plus tard à une tournante d’un genre tout à fait spécial. Vous quatre, une fois la morveuse disparue, retrouverez Ari en ses appartements. Où il se languit tant de vous, Julian et Ali ».


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