jeudi 20 février 2020

NEOM - chapitre 48



Ils finirent à exactement dix-huit heures. Les cent enfants avaient tous été affectés, et la grande salle enfin vide. Ils se tenaient tous deux côte-à-côte à tacher de souffler quand, soudain, un écran digital apparut sur un des quatre murs. Et lança le court film.

A, indiqua l’écran noir.

Ils veulent qu’on réalise, articula Julian.

Les enfants un à un passaient par un sas, atterrissaient dans un immense atelier. Un Première Génération les conduisait un à un à leur plan de travail, au-dessus d’un distributeur qui faisait tomber des bouts de linge. Tu gardes, tu jettes, tu répares. Trois trous, à tes pieds. Tu as quatre heures. Après, regarde.

Le robot fait passer à chacun un écran, où l’enfant pouvait reconnaître l’un de ses parents voire les deux si les deux étaient en vie et au camp.

A chaque fois un sourire radieux.

B, indiqua l’écran noir.

Tous ensembles, une ronde, des sucreries qui passent de main en main. Des robots déguisés, qui en Cendrillon, qui en Harry Potter, qui en Blanche Neige. Des comptines qui se succèdent, des petits bouts de chou qui tombent au sol, un à un. Chiqué !, rient les autres en poursuivant la ronde et en frappant dans leurs mains.

C, indiqua l’écran.

Un tunnel, obscur.
Quatre petites frappes à peine âgées de neuf ans, qui marchent à tâtons en se lançant des jurons.
Un qui tombe puis se relève.
Et puis le noir, total.
Un silence de mort.
Un gaz qui soudain …
On entend des cris.
Et puis on n’entend plus rien.
La lumière se rallume, aveuglante, sur quatre, non cinq corps, évanouis.
La fillette est là aussi, inanimée.
Des vieillards apparaissent.
Ils les auscultent. Les font déshabiller.
Je veux celui-là, grimace un vieux.
Non, moi aussi je le veux, rétorque un autre.
Deux millions !, fait le premier.
Trois !
Quatre !
Pff.
Le vieux appelle un Première Génération.
Fait habiller l’enfant inanimé
En petite fille à socquettes et robe blanche.
Le fait maquiller.
Lui fait poser une perruque bouclée aux cheveux d’or.
Ramène-moi ça à la salle au sous-sol !, lâche le vieux.

FIN.

Farouk et Julian se dévisagent. Ne sachant que dire.

Un Première Génération ouvre la salle.
Vient les chercher.
On leur apporte une collation.
Un jus de mangue.
Quelque chose de très sucré.
Prendre des forces, récite la machine.
Buvez !
Tous deux s’exécutent.
Sortent dans la cour.
Le jour s’achève, le ciel s’obscurcit.
Ils tiennent à peine sur leurs jambes.
On peut vous porter, propose un autre robot.
Ça va, répond Julian, sèchement.

Il s’éloigne, fait quelques pas, passe entre les files.
Sent les regards désapprobateurs le dévisager par-dessous.
Feint de ne pas s’en rendre compte.
Il avance sur un fil.
Sent que derrière lui, Farouk s’est arrêté.
Se retourne, le surprend s’asseoir à même le sol.
Continue sa marche solitaire, dépasse les baraquements.
Aperçoit une silhouette.
Qui s’avance en sa direction à contre- courant.

Un visage qui …
Grand-Father.
Grand Father …

Il s’avance à sa rencontre.
Grand-Father, je …, il commence.
Mais l’aïeul pose un doigt sur ses lèvres.
Son visage se replie un instant.
Puis reprend son aspect initial.
Compris !
Je …

Chut !, murmure le robot ami.
Demain ! Demain introduis ceci.
Code.
Mouchard.
Poste de travail.
Demain sans faute.
Inverser le mouvement …
Du dedans.
Mettre du baume …
Lair de rien !
Ça ne se verra pas !
- Qu’il dit ! -
Ça sera imperceptible.
Mais réel.
Du BON dans FAME !
Dedans !

D’accord, murmure Julian en remuant lentement ses lèvres.
D’accord !
Demain !

Demain sans faute, Julian.
Maintenant continue ton avancée.
Un véhicule t’attend.
Tu rentres chez toi à présent.



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