mercredi 19 février 2020

NEOM - chapitre 47



Les Première Génération les laissèrent tous deux seuls avec les cent enfants. Lesquels, pour la plupart, semblaient découvrir les jouets et tacher de se divertir, tout en avalant les sucreries qu’on leur avait proposées. Quelques uns, très rares, restaient isolés et loin des autres, volontairement recroquevillés sur eux-mêmes.

Julian remarqua un petit garçon âgé d’à peine cinq ans et s’approcha à pas lents de lui, en faisant signe à son acolyte de le laisser seul.

« Bonjour petit bonhomme ».

Levant les yeux l’enfant le regarda et demeura silencieux. Il fronça les yeux puis reprit une pose de boudeur.

« Je m’appelle Julian, et j’ai eu autrefois ton âge. Quel âge as-tu ? ».

Un silence lui répondit.

« Je dirais quatre ans et demie.
-       Nan.
-       Ah.
-       Pluche !
-       Plus que ça ?
-       Voui.
-       Cinq ans alors ».

L’enfant acquiesça en frottant ses mains l’une contre l’autre.

« Tu … Tu tappelles comment
-       Pourquoi tu viens me parler ?
-       Parce que tu es seul !
-       J’aime ca, moi.
-       Bien ! J’étais pareil à ton âge.
-       Bah alors !
-       Bah alors quand une grande personne gentille venait me parler en fait j’aimais bien.
-       Bah pas moi ! Et pi t’es pas gentil !
-       Ben si !
-       T’es avec eux !
-       Avec … ?
-       Ceux qui ont pris papa et maman !
-       Ils les ont amenés où mon grand ?
-       Ils … ».

L’enfant le mesura du regard.

« Je sais qu’ils les ont tués. Y sont allés dans la mauvaise file. Ça je sais, j’ai vu. Maman elle m’a dit à tout à l’heure ou à demain. Mais j’ai bien vu, qu’elle voulait pleurer, en fait.
-       Ah ! Et donc tu es tout seul ?
-       Tes amis y zont …
-       Je les aime pas du tout tu sais !
-       Tu es pas dans les files et tu parles avec eux !
-       Parce que je peux faire quelque chose de bien. Je les trompe tu vois.
-       Ah vi ?
-       Oui. Ils me croient leur ami. Mais tu vois, en fait j’ai pris ça ! Tu vois ! »

Julian lui montra les colliers A, B et C.

« C’est quoi ?
-       Bah … Des fêtes pour enfants, et puis pour d’autres un bon pour aller voir leurs parents.
-       Ca, plus pour moi !
-       Donc …
-       Tu m’en donnes un pour la fête ?
-       Tiens, fit Julian en lui accrochant au cou le collier B.
-       Merci, fit l’enfant en attrapant le rond indiquant la lettre B et en le regardant. Y’a écrit quoi ?
-       Tu sais pas lire ?
-       Sais pas non.
-       B.
-       B pour quoi ?
-       BETISES, minou ! sourit Julian, ce qui eut pour effet de faire enfin naitre une esquisse de sourire sur les lèvres de l’enfant.
-       On a droit de faire des bêtises à ta fête ?
-       Il FAUT en faire PLEIN.
-       Comme quoi ?
-       Tirer les cheveux des filles !
-       Leur tirer la culotte ?
-       Ça non, c’est pas propre !
-       Hi hi ! Mettre mes doigts dans mon nez … ?
-       Ça oui tu peux !
-       Ou dire des gros mots !!!
-       Tout plein de gros mots !!!
-       T’en connais ?
-       PLEIN ! Tu veux … ?
-       Voui !
-       Mais tu me dis comment tu t’appelles alors !
-       Kevin.
-       Kevin gros patapouf !
-       Tare ta gueule, Kevin pas patapouf.
-       A toi !
-       Toi gros connard !
-       Toi petit avorton avec petit zizi !
-       Hihi. C’est où ta fête ?
-       Tu vois la porte B au fond. Vas-y. Tu passes le rond dans la fente et ca s’ouvre.
-       Ok alors. Bah chalut ! ».



Julian regarda l’enfant s’en aller sans même se retourner, puis son regard se perdit dans le vague.

Sans parents, à cinq ans … Il avait sans doute bien choisi.

Sans doute …

Il se releva et tourna les yeux. Une ravissante petite fille était à ses cotés, en train de frapper une autre.

« Hey mais …
-       Nan !
-       Arrête de …
-       Vas t-en, criait la fillette en frappant.
-       Mais ARRETE ! cria Julian en se saisissant des poignets de la fillette. Laquelle lui adressa un solide coup de pied aux tibias qui le fit se tordre de douleur.
-       T’es … T’es contente ?
-       Pff, fit la gamine, en attrapant la poupée de l’autre pour se l’approprier.
-       Toi tu veux aller au bal !
-       Au quoi ?
-       Ben … Au BAL des plus JOLIES ! ».

L’enfant, soudain, changea totalement d’expression et lui adressa un radieux sourire.

« Oui !
-       Tiens, fit Julian en lui tendant un collier C. Prends ca, va à la porte C au fond, passe le rond dans la fente. Et amuse-toi ! ».

Il l’observa sourire, puis attraper le collier.

« Merci Monsieur ! Minauda-t-elle.
-       Petite peste, pensa-t-il en la regardant s’éloigner, ça te calmera ».

Il eut honte d’avoir ainsi pensé, puis baissa les yeux vers la petite fille que l’autre avait frappée.
« Ça va toi ?
-       Pas bien !
-       Pas bien quoi ?
-       Pas bien ce que t’as fait !
-       Ben …
-       Je sais où elle va. Méritait pas ça pour ça. Dis, donne-moi un B Monsieur.
-       Un … ».

Julian se sentit pris d’un vertige.

L’enfant savait …

« Pourquoi un B ? Pourquoi pas un A ?
-       Parce que c’est mieux.
-       Ah ?
-       Oui. Je vais au ciel. C’est mieux.
-       Ah !
-       Bon tu donnes Monsieur ?
-       Euh … ».

Il plongea son regard dans les yeux clairs de cette petite fille à la peau noire, et eut soudaine honte.

« Voilà », dit-il en lui tendant le collier.

Il n’eut pas la force de la regarder s’en aller.

Puis s’approcha de quatre garçons, âgés de sept à huit ans.

Des bouilles de terreurs. Très turbulents. Et bruyants.

« Ta gueule fit l’un à un autre.
-       J’te nique ta race, bicot.
-       Répète !
-       J’nique ta mère ! ».

Les deux autres ricanaient et semblaient compter les points.

Julian les observa. Quatre beaux gosses, belles petites gueules de futures petites frappes. Des qui …

Il n’osa réfléchir davantage et s’avança vers eux.

« Eh les gars. Qui veut aller à une teuf ?
-       Une quoi ?
-       Une teuf avec du son !
-       Du son comment ?
-       Bah, du rap, des trucs cool.
-       Y’a quoi à ta teuf ? Ya de la meuf ?
-       Ya de la meuf qui se donne, lui répondit Julian.
-       Purée man sans blague ?
-       Ouais !
-       Putain trop cool le keum !
-       Tiens, terreur, un pour toi et un pour chacun de tes potes.
-       Pas l’autre bouffon !, rétorqua t-il en faisant un doigt d’honneur à l’autre, qui cracha au sol.
-       Bah si ! Allez pas de jaloux. Vous êtes des gossebo, tous les quatre. Porte C, là-bas au fond. Filez bande de macaques !
-       Eh merci M’sieur ! », fit l’un en entrainant les autres a sa suite.

Ils déguerpirent aussitôt, et Julian poussa un soupir de soulagement.

« Purée les 5 C c’est fait. Ouf ! ».

Il souffla puis revint voir Ben Oussama.
« Vous … ?
-       Les cinq.
-       J ai vu.
-       ça va ?
-       Oui.
-       Vous avez …
-       Etre juste, j’espère.
-       Vont en baver.
-       Qui sait si d’un merdier pareil …
-       Les quatre derniers ont des profils de futurs bourreaux, Julian.
-       On ne les a créés ainsi ni vous, ni moi.
-       Amen.
-       Bon, vous m’aidez pour la suite ?
-       Oui.
-       Comment sont les enfants ?
-       Sages. Tous sans exception. Vous avez visé juste.
-       Quelle …

Il baissa les yeux et inspira.

« Vraiment. Vivement que tout s’écroule sur nous. Qu’on en finisse.
- Et que ca reparte, surtout ! ».



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