mardi 18 février 2020

NEOM - chapitre 46




Ben Oussama le rejoignit devant le bloc des enfants, vêtu o combien plus dignement, propre, coiffé et parfumé au savon. Il marchait la tête baissée, craignant tout ce qu’il approchait, en direction de celui qu’on lui avait désigné comme étant son maitre. Lequel se tenait aux côtés d’un Troisième Génération à l’allure inquiétante.

« Premier converti depuis un mois. Félicitations, Ben Oussama, tu as fait le bon choix.
-       J’ai la vie sauve, murmura le rescapé.
-       Tu l’as. Et tu nous la dois.
-       Jusqu’où ?
-       Ton travail, rien d’autre. Ce soir tu quitteras le camp pour Néom, un appartement t’y attend. Tu te seras fait implémenter avant la micro-puce, sésame aux bonheurs de ce monde. Un virement de bienvenue ainsi qu’un copieux repas, voilà ce que tu auras à la fin de ta journée de travail !
-       Bien !
-       A présent, je vous expose la mission que nous vous confions. Julian, vous supervisez ce jour notre ami, lequel aujourd’hui est en observation seulement. Demain il sera opérationnel et prendra donc votre place, tandis que nous vous assignerons à une nouvelle tache.
-       Bien.
-       Ici BLOC C. C pour CHILDREN. Les ENFANTS. Le CŒUR du dispositif humain, donc le cœur de FAME. Trois catégories. Les En mesure de travailler, classe A. Les A écarter, classe B. Les Cadeaux, classe C.
-       Quelle est la signification de …? osa Julian.
-       A, ils sont après formation intégrés aux ateliers de production, où ils pourront le soir retrouver leurs géniteurs. Une heure, pas question de les faire partager le même dortoir, les petits monstres pleurent parfois et réveillent le cheptel.
-       B ?
-       B c’est hélas ce qu’on appelle des bouches inutiles.
-       Donc … ?
-       Oh, tout cela se fait dans une ambiance bon-enfant. On organise pour eux une fête avec des sucreries et des jeux. Certaines sucreries … Vous m’avez compris. Le décès est radical et sans douleur.
-       Mais … Mais les enfants voient donc d’autres …
-       Mourir ? On a prévu le coup. On dit qu’on joue à celui qui fait le mort. Du coup, tout se passe à merveille. Sofia, qui a conçu le programme, a un cœur fort sensible pour un I.A., elle tenait à ce que la peur soit absolument proscrite de leurs derniers instants, et que ceux-ci s’apparentent à un temps de respiration joyeuse. Vous le verrez de vos propres yeux, l’ambiance est super, ca rit, ca joue, c’est mignon comme tout. On les a choyés ceux-là !
-       Et les C ?
-       Ça c’est une autre affaire ! En gros 5% des effectifs.
-       Et … ?
-       Ils sont transférés ailleurs.
-       Où … ?
-       Chez des gens qui ont de l’appétit, Julian.
-       Un appétit de chair tendre …
-       Au choix on les met sur le marché, à la location ou à l’achat, avec ou sans souteneur, vu que comme produit sexuel ils peuvent se revendre au marché occasion. Ou bien on les livre pour des prestations uniques où à répétitions limitées.
-       En clair de la chair à pédophiles …
-       Voire à pedocriminels, il y a de tout en ce bas-monde. On fait de certains des violeurs de gosses plus jeunes. Certains sont livrés en nombre pour des chasses-à-courre chez certains riches, ici ou sur une des dix planètes. Et puis on finit par la chair à sacrifices, Moloch, tout ce trafic juteux, voyez. Bref, autant ne pas y être, dans ces 5% !
-       Notre rôle ?
-       Clef de répartition. On vous fournit à vous deux un lot de 100, on en veut 50 dans les A, 45 en B et …
-       Ca va j’ai compris. Critères de C ?
-       A votre avis ?
-       Je … Comment voulez-vous que … ?
-       Placez-vous dans la peau de ces tordus, Julian, et imaginez derrière chaque bambin si comme bombe sexuelle à déflorer, ca le fait ou pas.
-       De mieux en mieux.
-       C’est le job. Compris Ben Machin ?
-       Oui, balbutia l’homme en baissant les yeux.
-       En piste alors. Vous avez quatre heures ».



Tous deux pénètrent dans le bâtiment. On avait fait s’asseoir les enfants sur des coussins au sol, avec des jouets, des poupées, des ours en peluche, des petites voitures de poche en métal et des Lego. Des Première Génération passaient régulièrement leur offrir des sodas et des bonbons, et orientaient ceux qui sentaient venir l’heure de la petite ou de la grosse commission vers les toilettes au fond. Le grand hall était étrangement décoré comme une immense maison de poupée, et des murs s’extrayait une musique aussi répétitive qu’abêtissante.

« Tenez, voici les 100 cartons Julian. Avec un cordon. Vous leur mettez un à un au cou après votre choix, et on viendra les chercher pour la répartition. Votre rôle est tout simple, vous mettez les colliers, c’est tout, vous ne faites que ca.
-       Je conduis le train qui emmène les prisonniers au camp de la mort.
-       Vous enfilez des colliers ! Le conducteur du train il conduisait un train.
-       Celui qui creusait les trous creusait les trous. Celui qui jetait les corps …
-       Oui, oui !, fit le Première Génération en affichant un sourire béat. C’est exactement cela ! Je vous laisse ».



Julian jeta un regard désespéré vers son assistant.
« Ca va être … Oh, Monsieur, je …
-       Vous … pleurez ?, s’étonna l’ancien prisonnier.
-       Je … Oui.
-       Mon Dieu ! Mon Dieu mais … Mais vous n’êtes pas un …
-       Pas un des leurs, non. Pas plus que vous.
-       Quel âne j’étais !
-       Juste un peu égaré, mais ma foi il fallait voir les circonstances !
-       Ils vous obligent ?
-       Pas plus qu’ils ne vous ont obligé à vous convertir. C’est un choix. Un choix de …
-       Oui.
-       De Dieu, je suppose …
-       Très certainement.
-       Monsieur …
-       Farouk.
-       Farouk, connaissez-vous une prière ?
-       Je puis vous réciter une Sourate, oui.
-       En français ?
-       Oui en français.
-       S’il vous plait ! Après on ira. On a fait ce choix, il faut y aller. Le cœur lourd mais le cœur plein … d’amour.
-       Je … Oui c’est cela. C’est – attendez, que ma mémoire me … Ca commence par … Ah oui je me souviens ! Mon Seigneur, si Tu avais voulu, Tu les aurais détruis avant, et moi avec. Vas-Tu nous détruire pour ce que des sots d'entre nous ont fait ? Ce n'est là qu'une épreuve de Toi, par laquelle Tu égares qui Tu veux, et guides qui Tu veux. Tu es notre Maître. Pardonne-nous et fais-nous miséricorde, car Tu es le Meilleur des pardonneurs.
-       Que cest beau !
-       Ça sappelle le Coran.
-       Cest magnifique !
-       Magnifique cest le mot. Allah est grand, mon garçon.
-       Je vois.
-       Il est miséricordieux.
-       Oui.
-       Il nous dit, ce nest qu’une épreuve que je tenvoie et dont tu peux te sortir si je veux. Donc …
-       Il suffit de suivre …
-       Voilà !
-       Agir sans décider.
-       Avec le cœur pur.
-       Oui.
-       Inch Allah !
-       Inch Allah ! ».



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