lundi 17 février 2020

NEOM - chapitre 45



Le retour au Palais fut des plus doux. Depuis le cockpit, Ali avait donné ordre que les appartements royaux soient plongés dans une mer de bougies éclairées, qu’une musique aussi envoutante qu’apaisante y soit jouée sans qu’on puisse voir les musiciens, et que des bâtons d’encens soient allumés en nombre. Il accompagna Julian en le portant presque, le dévêtit, l’allongea nu sur une table drapée de blanc, recouvrit son corps d’un onguent à base d’huile puis pendant deux heures le massa. Avant de lui faire l’amour, de l’emporter dans ses bras sous la douche, de le laver, de le sécher, puis de le glisser sous les draps, de le rejoindre et de le laisser aussitôt s’endormir contre lui.



Il l’accompagna au camp FAME le lendemain, n’ayant sur son agenda qu’une allocution télévisée en milieu d’après-midi. Igor les y accueillit, moins froidement que d’habitude. Il était accompagné de Sofia.

Ce fut elle, qui prit la parole.

« Requête acceptée par le Board, Julian. A une voix près. La mienne. J’ai entendu vos arguments et les ai défendus, contre Igor qui menait l’autre bord. Il importe de vous ménager. Vous utiliser à bon escient pour Mantra signifie vous ménager. Donc retour à FAME ce jour encore, et pour quelques autres. Nous n’abuserons pas. Nous avons pour vous prévu un véritable parcours d’initiation. A l’issue duquel rien de Néom et de ses secrets de fabrication ne vous seront inconnus.
-       Je vous remercie Sofia.
-       En mon nom également, ajouta le Gouverneur.
-       Notre ami Igor ici présent est par trop strict. Une touche féminine, vous savez … Donc Jour 2 pour ce que vous appelez Inquisition et que nous requalifions en Conversion. Un seul converti, Julian, et vous passez à l’étape suivante. Etes-vous disposé à … ?
-       Oui.
-       Je vais te laisser avec tes instructeurs Julian. Je suis satisfait de ce dénouement, intervint Ali.
-       Et nous sommes satisfaits de vous, Gouverneur. Néom, par votre action récente, a pris la pole position. L’ancienne souadiste que je suis en est fort aise.
-       Une aventure collective, pas vrai Sofia ?, sourit Ali.
-       Et quelle aventure ! ».


Lorsqu’il se fut éloigné, Sofia reprit.

« Vous pouvez passer par moi, si Igor vous pose problème, Julian. Dans la hiérarchie, je suis au sommet. Néom est en fait dirigée …
-       Par UNE Gouverneur, compléta Julian.
-       D’où mon évidente complicité avec votre cher et tendre. Mon camarade Troisième Génération ici présent était dans les starting blocks pour occuper mon rang. Ce fut un échec, mais nous autres I.A. méconnaissons la jalousie comme l’envie. N’est-ce pas Igor ?
-       Absolument.
-       Bien. Accompagnez Julian au sous-sol. Cette matinée commencera par un chrétien originaire de Syrie, qui fut un ami personnel de ce dirigeant, Assad, dont vous avez du entendre parler.
-       Son assassinat fut odieux, fit remarquer Julian.
-       Mais nécessaire. Ce pays, le sien, nous attendîmes longtemps que les deux blocs ennemis d’hier parviennent enfin à une conciliation. L’un ne voulait pas lâcher de lest, et l’autre jouait le temps. Le plan risquait d’échouer, et Assad était le verrou à faire sauter.
-       Je me souviens bien de ce jour. Ce fut comme un tremblement de terre.
-       Bah, si peu en définitive, au regard de ce qui advint après. Comme d’autres la Syrie tomba là où on sait. Et dans quelles mains !
-       Donc un de ses amis.
-       Un diplomate. Mouillé jusqu’au cou dans les affaires internes, mais étonnamment pacifiste jusqu’au bout des ongles. Un homme de conviction, mais un politique aussi. Vous avez une fenêtre de tir.
-       J’entends.
-       Sur ces bonnes paroles, bon courage Julian, et au plaisir de nous revoir prochainement, cher collègue … ».



Il pénétra dans la cellule. Il devait être neuf heures du matin. L’homme gisait au sol, édenté ou presque, le cheveu rare, le visage couvert de cicatrices et de plaies. Rien que la peau sur les os. Une combinaison crème recouverte de taches de sang.

« Monsieur le Ministre, commença Julian en le voyant ouvrir un œil. Je me présente. Je suis …
-       Je vous reconnais. Vous êtes le mignon de ce chacal d’Ali. Ah, quelle ironie, ils m’envoient un pédéraste.
-       Appelez cela comme vous voulez.
-       Une abomination, et rien de plus.
-       Au nom de … ?
-       Au nom de Dieu qui voue aux châtiments les pécheurs qui tels que vous pratiquent cet acte abject qu’on nomme sodomie.
-       Abject vraiment ?
-       Tellement abject que promu à grands renforts de propagande par ces démons qui vous emploient. Ah, je suis chrétien donc je suis censé ne pas juger …
-       … Mais vous le faites. Dites, vous êtes chrétien, donc avec Christ …
-       Son serviteur !
-       Qu’a t-il dit sur le sujet, Christ ?
-       Il …
-       Oui … ?
-       C’est …
-       Je vous écoute ?
-       C’est écrit dans la Bible !
-       Dans le Nouveau Testament ?
-       Oui !
-       Dans les Evangiles ?
-       Non, mais c’est tout comme !
-       Ah … Il existe dans le Nouveau Testament des textes qui ne viennent pas de la Parole du Christ mais qui, comme vous le suggérez, sont TOUT COMME.
-       Votre ironie …
-       Je n’ironise pas, je m’interroge et vous interroge. Car le Texte, pour un croyant, ca compte.
-       Et alors ?
-       Et alors je n’ai lu de Christ que Aimez-vous les uns les autres. A t-il précisé ?
-       Comment cela ?
-       A t-il écrit – entre gens du sexe opposé ? A t-il parlé sexualité ?
-       Non mais il dénonçait …
-       La fornication. L’avait-il défini ?
-       Cela va de soi !
-       Ah tiens … C’est quoi forniquer ? Est-ce la même chose que sodomiser ?
-       Vous …
-       J’interroge la Parole du Christ. J’essaie de la comprendre, d’en percer le sens. Souvenez-vous, il a de son vivant dit quelque chose à propos de la Fin des Temps.
-       Oui ?
-       Il a dit. Le sens il va vous falloir le …
-       Le chercher.
-       Voilà. Donc ce n’est pas EVIDENT, cela NE VA PAS DE SOI. La lumière ce n’est pas du par-cœur ressassé en sourdingue depuis dix siècles. Donc …
-       Donc quoi ?
-       Donc vous répétez des non sens et vous vous appuyez sur une PARTIE du Texte, celle qui vous arrange parce qu’elle cadre avec une vision du monde simple, pour ne pas dire simpliste, que vous avez faite votre.
-       Je ne suis pas d’accord !
-       Qu’importe que vous le soyez ou pas, nous ne sommes pas en politique ou en diplomatie. Vous m’avez traité de dépravé, moi qui suis un homme profondément amoureux d’un autre qui l’est tout autant, et avec lequel je fais tout sauf ce que vous qualifiez abruptement de fornication. Je vous rétorque que vous êtes un âne qui ne comprend rien de rien à la Parole de son Prophète. Alors je vous pose juste une question, une seule. Qui de vous et de moi est le plus proche de la Parole du Christ ?
-       Vous êtes en train de …
-       De vous corrompre, ben voyons !
-       Ne cachez pas votre …
-       Je ne joue pas, cher Monsieur, je mets cartes sur tables. A gauche vous survivrez, à droite vous mourrez. Je vous préfère en vie car je suis par le protocole de mon employeur tenu d’assister aux exécutions, lesquelles sont je vous le dis absolument épouvantables ne serait-ce qu’à regarder. Donc voilà. Que je sois un odieux sodomite dépravé ou un type valable, au fond je crains que vous ne soyez point celui qui prononce le jugement dernier. Pas davantage que moi.
-       Vraiment épouvantables ? ».

L’homme s’était quelque peu avachi sur lui-même.

« Oui, murmura Julian en baissant les yeux. Une absolue horreur. Je … Que je ne supporte pas.
-       Je …
-       Oui ?
-       Que dois-je faire pour … ?
-       Vous le savez …
-       Me convertir ?
-       Oui !
-       Je … Puis-je selon vous me convertir en faisant semblant ?
-       Et garder votre foi ?
-       Et conserver ma place au Paradis.
-       Monsieur, comment savoir ? Je ne suis pas Dieu ! Essayez, vous verrez bien.
-       J’ai la damnation et la salvation à portée de main. Pile ou face.
-       Ça se joue maintenant.
-       Bien. C’est …  C’est OUI !
-       Bien ».

Un Première Génération apparut aussitôt et s’avança vers l’homme.

« Citoyen Ben Oussama !
-       Oui.
-       Prosterne-toi !
-       Oui.
-       Répète !
-       Oui.
-       Lucifer est mon maitre !
-       Lucifer est mon maitre, lâcha en un râle le prisonnier.
-       Je lui fais don de ma vie et de mon sang !
-       Je lui fais don de ma vie et de mon sang !
-       Tendez votre bras, fit le robot en sortant un long couteau tranchant. Votre veine !
-       Non, gémit l’homme.
-       Vous venez d’échapper à une éviscération à l’acide et vous pleurez pour une petite entaille. Grotesque mollusque ! Allez, ton bras ! ».

Et il trancha d’un coup sec sans entailler la veine de trop.

« Je lui fais don de ma vie et de mon sang. REPETEZ !
-       Je lui fais don de ma vie et de mon sang !
-       Bien. Julian, accompagnons cette âme que vous avez gagnée, la première, aux douches privatives des étages supérieurs. Cet individu sorti d’affaire sera votre assistant pour le restant de la journée. JE TE PARLE CHIEN ! hurla t-il à l’homme au bras ensanglanté. TU AS DEVANT TOI TON MAITRE ! ALORS TU LUI PRESENTES TES PLUS SINCERES EXCUSES POUR L’AVOIR ODIEUSEMENT INSULTE. ET TU RAPPLIQUES SANS TARDER ! ».



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire