dimanche 16 février 2020

NEOM - chapitre 44



Un Première Génération vint le délivrer à dix-neuf heures, après quatre interrogatoires, tous couronnés par un échec. A chaque fois il avait essayé, à chaque fois, et combien cela lui fut troublant, une conviction et une foi inébranlables, prêtes à affronter en connaissance de cause une mort atroce, lui furent opposées. Tous quatre, trois hommes et une femme, lui répondaient amour, amour encore, amour toujours. Parlaient compassion, opposaient à ses mises en abime la lueur de l’Etre, l’Etre Intérieur, le Prophète, l’Eclaireur, que deux appelèrent Jésus et les deux autres Mohamed. Tu es ici chez eux mon enfant lui avait dit la femme, Rachida qu’elle s’appelait, tu as foulé le sol de tes pieds, le sol qui fut et demeure le sien. Prosterne-toi à ton tour, et meurs pour lui comme je vais le faire. Ceci est la salvation, la seule. Tout autre chemin est une fausse route.

Julian sortit enfin du blockhaus, de cette usine à la Métropolis ou les esclaves étaient encore attachés à leur labeur. Il surprit au dehors que la nuit était tombée. Des files d’individus hagards, moins nombreux qu’au petit matin, mais le processus de sélection semblait ne pas connaitre d’arrêt.

Il s’avança entre eux. Et de loin reconnut la silhouette d’Ali, le regardant se rapprocher de lui.

Il conversait avec Igor.
« Tu es venu !
-       Je te raccompagne.
-       Merci Ali.
-       Nous avons à parler devant Julian, Igor.
-       Dites ce que vous avez à dire et je répondrai.
-       Je ne veux pas ou plutôt, plus de ça. Je veux dire – ralentissez !
-       Vous n’avez point prise sur Mantra, Gouverneur.
-       Je le sais. Je sais quelle est ma place. Un pantin dont Ari se  sert.
-       Ari est des nôtres.
-       Ari est humain, quoi que vous disiez.
-       En êtes-vous bien certain ? ».

Julian écarquilla les yeux à ces mots.

« Les politiques, reprit Igor, sont des exécutants des firmes. Ici à Néom, Mantra est la première.
-       Vous ne m’apprenez rien !
-       Donc … ?
-       En quoi le fait de le pousser aux plus extrêmes limites ?
-       Julian contrairement à vous, a avec nous des caractéristiques communes surprenantes.
-       Vous n’en ferez pas un robot de Troisième Génération pour autant !
-       Un Deuxième serait déjà un préalable, Gouverneur.
-       Vous n’oserez pas !
-       Je ne suis en rien le décideur et vous le savez. Mais vous, humains, êtes sous notre autorité.
-       Sous votre autorité oui. Sous votre contrôle absolu – certes non. Vous êtes limités, vous avez été conçus ainsi. Vous demeurez sous le dôme. Tout ce qui est au-delà …
-       Nos maitres contrôlent une galaxie entière.
-       Dix planètes, rien d’autre, et encore, jusqu’à la troisième dimension. Avouez qu’il reste de la marge.
-       Je ne sais pas de quoi vous parlez !
-       Vous n’êtes pas programmé pour le comprendre, encore moins pour l’écorner. Je valide votre pouvoir sur cette terre, je suis homme de pouvoir et d’apparat, je ne puis nier la réalité, celle qui fait de moi un prince d’opérette utile pour le moment. Mais voilà, Igor. Vos maitres se croient supérieurs à tout, et c’est la leur faille. Il y a un bug dans la matrice, un bug énorme. Combien as-tu réalisé d’interrogatoires Julian ?
-       Quatre.
-       Combien de conversions ?
-       Aucune !
-       Voilà. Ne cherchez pas plus loin Igor, la preuve que ce pouvoir auquel vous obéissez a de sacrées limites.
-       Les mécréants sont morts.
-       Leurs enveloppes seulement !
-       J’ai du assister à l’éviscération de mon ancien professeur de français, Ali.
-       Quelle pitié ! s’emporta le Gouverneur. Et tout cela pour quoi. En quoi sa présence était-elle nécessaire ?
-       Cela fait partie du protocole !
-       Foutez-vous le bien profond votre protocole de merde ! Fort bien, Mister Mécano, maintenant toi et ceux qui au travers de toi contrôlent le mécanisme, écoutez-moi bien. ça c’est NIET. Vous lui faites faire ce que vous voulez, mais vous le sortez de la pièce AVANT. Pour le reste, je vous laisse en effet, maitre chez vous.
-       Faute de quoi …?  Qu’avez-vous donc à mettre sur la balance ? Votre démission ? Nous avons deux successeurs dans les placards. Alors, Gouverneur ?
-       Je ne suis pas assez stupide pour démissionner. J’ai une partition, un rôle, une fonction, je l’exécute. De toute façon, au bout, je connais ma fin. J’ai trois ans et quelques encore, à être à la fois aux cotés de Julian et au poste que j’occupe. Je n’entends en rien faire acte de désobéissance.
-       Bien. Gouverneur, c’était bien tenté, et cela est fort touchant, cette sollicitude à l’égard de votre protégé. Vous voyez où cela vous conduit. A rien. Et si nous demandions l’avis de l’intéressé ? grimaça Igor en se tournant légèrement vers Julian.
-       Ai-je le choix ?, demanda ce dernier.
-       On m’indique que OUI », lui répondit Igor

Julian posa sa main dans celle d Ali, leva vers lui un regard plein de reconnaissance puis articula.

« Faire ce que vous me demandez de faire, d’accord. Mais assister une troisième fois à la mort d un être que j’aime, NON. Ali a raison, vous créez les conditions d’un trauma. Me conduisant sur cette voie, vous qui ignorez tout des émotions humaines, vous détruisez bêtement à petits feux votre instrument.
-       Cela se tient, fit remarquer Igor en fusillant du regard le Gouverneur. Entendu Messieurs, je ferai part de votre requête dès demain au Board. Lequel vous fera rapidement connaître sa décision.
-       Bien, conclut Julian, en faisant signe à Ali de s’éloigner. A demain Igor. Demain le jour se lève …
-       Sur Néom », conclut la machine en détournant le regard.


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