jeudi 13 février 2020

NEOM - chapitre 41



Ce fut Sofia en personne, accompagnée d’Igor, qui vint dès son arrivée l’accueillir, puis le conduire tous sourires dans la salle du Board. Où il retrouva celles et ceux, tous Troisième Génération, dont il avait fait la connaissance lors de la fête de samedi au Palais du Gouverneur.

« Voici donc notre nouveau collègue. Humain, mais, oserais-je le dire, sourit Sofia, presque à notre niveau. C’est dire combien cette introduction d’un frère humain nous touche et constitue pour la Cité et au-delà un évènement. C’est une première mondiale dont Ari notre Bien-aimé Suzerain fut informé. Et qui, je dois le dire, Julian, l’enchante. Attendez-vous à une prochaine visite avec votre aimé à Jérusalem ! Cela vous pend au nez.
-       Bien! opina Julian en s’asseyant.
-       Nous allons donc vous exposer vos nouvelles responsabilités ainsi que le contexte. Il va de soi que la confiance est totale, et que rien …
-       Je m’en doute Sofia. Vous avez ma parole.
-       Igor je vous prie, abaissez les stores puis lancez la projection ».

Un rideau s’abaissa ainsi qu’un écran numérique, sur lequel après quelques secondes apparut un fond noir.

Sur lequel s’inscrivit le mot FAME.

« FAME, articula Sofia. Suivez bien. Le film est sans dialogue, je fournis les explications ».

Un panoramique survolait un désert qu’on pouvait imaginer être proche. Un zoom s’approcha d’un terrain, de plus en plus près. Julian vit des barbelés délimitant les lieux. Puis des soldats, robots de Première Génération, faisant s’aligner des humains en très grand nombre, les séparant en hommes, femmes, enfants puis vieillards. Les scannant un à un. Les faisant pour certains passer à droite et demeurer immobiles, pour les autres pénétrer en silence un grand bâtiment.

« Le centre de tri, expliqua Sofia. Les utiles versus les inutiles. Ceux qui descendent dans le bâtiment bleu iront à la production. Aliments, vêtements, tout ce dont nous avons besoin et nécessitant une aide. Gratuite cela va sans dire. Disons-le, tous sont nourris et logés par nos soins. Voici leurs dortoirs et leur réfectoire ».

Julian vit des êtres hagards faire la queue pour se faire servir un brouet, s’asseoir en silence puis avaler leur assiette. Avant de regagner un immense dortoir avec des lits superposés, faisant penser à une caserne. Ou à …

« Les camps FAME, poursuivit Sofia. Traiter le bétail humain, ceux qui ne servent plus à grand chose. Produire, travailler, ou mourir. Dans ce dernier cas … ».

La caméra pénétra un sous-sol. On injectait aux individus une seringue, un Première Génération les disposait un à un dans un siège, sangles aux bras et aux jambes. Puis l’être s’endormait à jamais, sans souffrance, en quelques secondes.

« Un traitement digne et propre. Ceux-là qui de leur vie n’ont pas démérité, sont placés dans des cercueils noirs. Et les autres …
-       Qu’appelez-vous, pas démérité ?
-       Qui ont accepté le Culte.
-       Ah !
-       Les autres … Regardez ! ».

Julian aperçut un homme  avec une croix autour du cou prier. Puis un autre, face contre terre, tourné vers la Mecque. Puis un troisième posant une main sur une Bible hébraïque.

« Ces trois-là …
-       J’ai compris.
-       Nous ne pouvons plus nous permettre. Ces religions furent à l’origine du chaos, des guerres civiles, des conflits armés, des excommunications et des massacres dans toute l’histoire humaine. C’est un poison. A éradiquer.
-       Que …
-       Quel sort nous leur réservons ? Regardez ! ».

La caméra détailla le premier, chrétien, qui priait. Deux Première Génération s’approchèrent de lui. Il ne bougea point et leva les mains en signe de prière. Ils se saisirent de lui, le conduisirent sur un promontoire.

En bas, un broyeur.

« Renies-tu ton Dieu ?
-       Dieu tu es le Père tout Puissant, récita l’homme en regardant frontalement son sort.
-       Alors tant pis pour toi ! », dit l’un des robots en le précipitant dans le trou.

Où son corps dans d’atroces cris fut en quelques secondes broyé.

« Sa chair et son sang seront recyclés, reprit Sofia. Pas de pertes !
-       Recyclés en quoi ?
-       En nourriture voyons ! Vous en avez dans à peu près tout ce qu’on vous sert. Leur ADN fortifie, Julian !
-       Je … ».

Julian retint un haut le cœur et parvint à articuler.

« J’entends.
-       Fort bien. Voici donc la chaine de production et d’élevage présentée. Nous – j’entends, cette Génération de l’intelligence artificielle – avons réussi à spectaculairement améliorer le dispositif des camps qu’on appelait camps de la concentration de la seconde guerre mondiale. Avec nous, pas de souffrances inutiles, les travailleurs ne sont ni maltraités, ni livrés au froid. Les dortoirs sont chauffés, les douches sont individuelles, aucune malnutrition. Et, sauf désobéissance, aucune sanction. Le personnel de surveillance est uniquement I.A. Génération 1. Donc pas de zèle, aucune cruauté. Un bond spectaculaire je vous dis !
-       Quel est le but de ce camp, Sofia ?
-       Un parmi d’autres, Julian, chaque Province a les siens. Préserver l’espèce et la planète Julian. Préserver.
-       Donc sélectionner ?
-       Tout le système méritocratique qui fut le votre à compter de votre entrée à l’école repose sur cet unique principe.
-       Bien entendu.
-       C’est la dernière pièce du dispositif. Formater et certainement pas former. Voyez le degré d’obéissance de votre race, Julian. 99%, c’est énorme.
-       Vous en déduisez donc …
-       Faites-le vous-même, Julian. C’est si simple !
-       L’homme est un esclave par nature.
-       Voilà. Donc …
-       Vous lui avez créé une vie …
-       … qui correspond à sa nature profonde. Vous voyez, ainsi compris, tout ce que vous appelez bien ou mal …
-       Disparaît !
-       Se réorchestre, je dirais. La victime …
-       Est aussi coupable !
-       Et donc consentante.
-       Sauf les vrais croyants.
-       Sauf ceux-là ! Ces illuminés !
-       Donc vous les punissez ?
-       Mais non voyons ! Nous faisons de leur chair une nourriture spirituelle pour les autres.
-       Merveilleux !
-       Quoi Julian ?
-       Cette justification.
-       C’est la stricte vérité !
-       Disons la vérité officielle …
-       Autant dire la seule.
-       Bon à savoir ».

On ralluma la salle.
« Des questions Julian ?
-       Aucune. Ah si ! A part pour m’informer … Pourquoi … ?
-       Vous avoir montré cela ? Eh bien votre mission va être de vous y rendre. Afin de réussir à retourner … ».

Elle plongea un regard pénétrant dans ses yeux et sentit qu’il frémissait.

« Tout va bien Julian ?
-       Je … Je vous écoute.
-       A retourner ces mécréants et à en faire des sujets de votre amant. Et de celui qui dirige votre amant comme vous-même ! ».



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