mercredi 12 février 2020

NEOM - chapitre 40



Le retour au palais, compte-tenu de ce qui venait d’être vécu, fut quelque peu lugubre. Plus que les autres, ce fut Latifa qui était la plus bouleversée, n’osant prononcer le moindre mot ou soutenir un regard.

Ali les précéda dans ses appartements, leur fit à tous servir une collation. Puis faisant un signe à Julian l’entraina à sa suite sur la terrasse.

« Désires-tu comme tu travailles demain rentrer chez toi ?
-       Je préfère rester avec toi, Ali. J’en ai grand besoin, de ta présence.
-       Alors je suis ton obligé !
-       Merci mon homme.
-       Tu … ça a été comment pour toi, cette révélation ?
-       Ecoute … Plus rien ne m’étonne. C’est bien que je sache, je te remercie d’avoir compris cela sans que jamais nous échangions sur ce sujet de dire ou ne pas dire.
-       Pour moi, te transmettre autant que je peux avant de m’éclipser …
-       Pourquoi dis-tu cela Ali ? Je n’ai aucune envie de me séparer de toi !
-       Je ne te parle pas de ce type de séparations. Bien sur que jamais ni l’un ni l’autre ne voudra quitter l’autre. Mais il se peut que la vie …
-       Tu sembles si convaincu de …
-       Je suis absolument certain de ma damnation, et ce quels que soient les marques de rédemption que je tache de déposer le long de mes pas. Et j’espère du plus profond de mon cœur qu’au contraire …
-       Ali, j’ai la marque de la Bête, comme toi.
-       Est-ce suffisant pour … ?
-       Les textes disent que oui !
-       Et la lettre alors ?
-       Si c’était la lettre, alors tous deux serions sauvés. Ecoute, je ne te demande qu’une chose, une seule. Ne redis pas cela en ma présence. Je sens un tel pincement que … ».

Julian s’avança vers l’avant de la terrasse et se pencha légèrement. Il aperçut en bas des silhouettes errer.

« Où vont ces gens, Ali ?
-       Nulle part. Ils ne viennent de nulle part et ne vont nulle part …
-       Et nous, ne sommes-nous pas un peu comme eux ?
-       Nous sommes traversés par cette quête de sens et d’amour. Je ne saurais aussi nous confondre à eux.
-       Mais au final ce serait la même pente … Je ne puis me résigner à croire cela.
-       Détache ton corps, détache ton enveloppe de ton âme. Ton enveloppe peut tomber et ton âme s’élever. Ce n’est pas incompatible. C’est même facilitateur si jamais ton corps pèse un poids qui te visse au sol.
-       Là, si jamais je franchissais le parapet et que je tombais ?
-       Ton corps s’écraserait, le mien imiterait ton geste, et nos âmes …
-       Merci, balbutia t-il en sanglots avant de venir se réfugier dans ses bras.
-       Tu es à fleur de peau.
-       C’est rare tu sais …
-       Exprime-le sans détour et sans crainte. Il fallait que ça sorte !
-       Oui …
-       Cette …
-       … fragilité …
-       … tu …
-       Je commence seulement à apprendre à marcher, à apprendre à aimer
-       Tu m’apparais surdoué. !
-       Mais pas aussi sur de moi que tu ne le penses.
-       Je t’entends mon bel amant. Allez viens, rentrons au chaud ».



Ils retrouvèrent Latifa et Selim. Qui buvaient un thé à la menthe.

« Vas-tu mieux, Latifa ?
-       Mon cousin. Sache que je suis enceinte. Tout du moins je le pensais. J’ai besoin que tu me dises.
-       L’enfant, commença alors Ali en baissant les yeux. L’enfant ne pourra pas naitre.
-       Tu veux dire qu’ils vont le tuer avant sa naissance ?
-       Ce que je te dis, ma cousine, est que le composant l’a déjà tué.
-       Je porte donc en moi la mort ?
-       Oui.
-       Bien. C’est important, que je sache ».
Elle se retourna alors vers Selim.

« Mon aimé je ne serai jamais mère, et tu ne seras jamais père.
-       Acceptons-le, Latifa. Donner naissance dans pareil monde, étions-nous à ce point inconscient !
-       Comment ne pas céder aux sirènes de la vie ?
-       Nous ne sommes plus des innocents, chérie. Nous aurions eu d’immenses responsabilités à mettre au monde un être surement condamné à ne pas dépasser les trois ans de vie. Car le compteur de l’horloge tourne !
-       Toi aussi Selim, intervint Ali, tu penses que …
-       Moins de quatre ans. Trois ans et trois mois. Ari est en poste depuis …
-       Trois mois.
-       Trois temps et un demi-temps, murmura Latifa.
-       Qu’est ce que cela veut dire ?, questionna Julian.
-       Le règne d’al-Dajjal. Le règne de l’Antéchrist.
-       Eh bien ?
-       Trois ans et demi. C’est écrit.
-       Donc nous … ?
-       Oui ».

C’était comme s’il avait reçu un nouveau coup de massue. Son visage s’assombrit aussitôt, et ses yeux se perlèrent.

« L’instant Julian, l’instant. Ne te projette pas.
-       Je … Putain, si peu !
-       Songe au contraire combien c’est énorme. Les dernières années de ce monde, les plus belles années de nos vies respectives. Pourvu que tu y croies, pourvu que tu le veuilles, pourvu que tu laisses tes peurs au vestiaire.
-       Je …
-       Regarde-moi. Fais-moi face. Relève la tête ! Connecte-toi à moi ».

Julian s’exécuta soudain. Latifa s’était levée ainsi que Selim, tous deux s’étaient placés dans son dos, une main chacun sur chacune de ses épaules.

Il faisait face à Ali.
A son homme.
Celui-ci était radieux et lui souriait.
Alors il sentit du dedans son cœur ré-éclore.
Jusqu’à éteindre toute tristesse.

Et à son tour il sourit.



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