lundi 10 février 2020

NEOM - chapitre 38



Ils s’étaient tous attablés sur l’immense terrasse de trois cent mètres carrés du palais. Celle-ci, exposée en plein sud, recevait des rayons de soleil venant nourrir une végétation abondante dont vingt Première Génération prenaient soin chaque semaine.

Le repas frugal qui leur avait été servi comprenait tout un assortiment de salades composées légères et de fruits exotiques sucrés, dont la qualité extrême était extrêmement rare. A ces agapes avaient été ajoutées quelques bouteilles d’eau, le dimanche ayant été décrété en ce palais journée sans alcool.

« Sers-toi la première, Latifa ! », l’invita Ali, lequel couvait ses invités d’un regard doux.

De l’équipe de ses amis, seul Youssef avait pu se libérer, les autres étant de mission pour une traversée du désert sportive.

 «  On ne peut pas dire, fit remarquer un Selim radieux, ta table est la meilleure du coin.
-       J’ai quelques menus avantages à ce rôle de pantin qui est le mien …
-       Pourquoi pantin ? Tu es dur envers toi-même, je trouve !
-       Je ne confonds aucunement ma personne et ma fonction. Cette dernière est exclusivement consacrée à la représentation, c’est-à-dire à l’apparat. Le pouvoir, le vrai, est dans les mains de Sofia.
-       Qui aurait pu imaginer, poursuivit Latifa, lorsque cette chose a pris la nationalité souadiste, que sa finalité serait …
-       Celle de ses financeurs tu veux dire ?, la reprit son époux.
-       Oui. Elle … Bref, cette Cité est aux mains d’une intelligence qui n’a rien d’humain, et qui a été créée de toute pièce par ceux-ci.
-       Ceux-ci sont-ils seulement humains ?, s’interrogea Ali. Quand tu as eu la malchance comme moi de les approcher de très près, tu es en droit d’en douter. Sofia, à coté, me paraît presque sympathique.
-       Où sont-ils à présent ?, questionna Selim. Sur quelle planète ?
-       Nul ne le sait. Ces monstres ne laissent jamais le moindre indice derrière eux. Ils ont construit un écran de fumée recouvert d’un second puis d’un troisième. Ils ont pris la clef et l’ont avalée.
-       Ce monde est régi par des forces proprement démoniaques en dessous d’un certain seuil, reprit Latifa. S’élever, nous n’avons que ca pour nous sauver. Monter en vibration, quitter la troisième puis la quatrième dimension. Puis la cinquième. 5D versus 5 G ! Pénétrer cette réalité spirituelle. Où ni le temps ni l’espace ne comptent.
-       Vous … Vous y êtes parvenue ?, questionna un Julian fasciné.
-       Par brefs instants. Des incursions, brèves mais denses, qui attestent de la véracité du monde d’en haut. Lequel est là où on veut le placer. Pourvu qu’on y ait accès.
-       Ce que vous voulez dire …
-       … est que les esprits et les âmes sont ici, parmi nous, ceux d’hier comme ceux de demain. Ils ou Elles ont beau être invisibles et imperceptibles à la plupart des humains, Ils et Elles sont bel et bien là. Les chats, eux, les sentent, les voient et les flairent. Lorsque les chats choisissent l’un d’entre nous – car ce sont eux qui nous élisent et par là même nous désignent – et qu’ils fusionnent dans l’hyper sensible avec nous, ils nous y conduisent, si nous le voulons. Si nous y sommes sensibles. Observez-les de tout près, onduler de tous les pores. Et imaginez ce qu’ils perçoivent et que vous ne pouvez guère voir, et seulement ressentir.
-       Une présence ?
-       Ou plusieurs. Nous avons éteint en nous, du fait de ceux qui nous domptent, cette faculté qu’avaient les premières civilisations humaines, et que conservent encore certaines, disséminées, dans la forêt de l’Amazonie par exemple. C’est à cet effet qu’il convient de lire convenablement l’épouvantable génocide qui fut fait sur les tribus indiennes d’Amérique du Nord, cette civilisation hautement supérieure. Ces diables d’anglais, leur sommet j’entends, entendaient, plus encore que le rapt des terres, dérober cette clef pour eux seuls. Vous savez, ces quêtes sans fin des alchimistes d’il y a des siècles …
-       Oui …
-       Ces Lumières du siècle des Lumières. Ce siècle de faussaires et de copistes d’où partent tant de maux …
-       Ah ?, ponctua Julian, n’en perdant pas un mot. Je … Je n’y avais jamais songé …
-       Ce fut là que tout fut réécrit, transformé, puis perverti. Le sens profond fut caché aux profanes, les éclairés d’alors firent encore pire que l’Eglise Catholique en matière de confiscation des savoirs. Ils construisirent lors les fondations de ce qui allait être une monumentale césure entre un tout petit nombre d’initiés et une masse manipulée. Quiconque tient le passé et donc l’histoire …
-       … tient la foule !
-       … et le glaive ! Sans qu’une goutte de sang soit nécessaire. Cette lumière, vous le comprenez aisément, est bien celle de ce Lucifer intronisé actuellement comme Maitre de l’Univers. Quelques six siècles, pas davantage.
-       Fascinant !
-       Tout fut déconstruit donc. Ce que l’on croit savoir est la résultante d’une inversion. Ils disent blanc et c’est noir. Et tout à l’avenant.
-       Comment s’y sont-ils pris, Latifa ?
-       Cela prendrait des heures de développement, Julian. Mais faisons-en une synthèse. Un monde ancien et ancestral alors existait en Europe, ce qu’on nomme l’occident, je veux dire le vieux monde. Bon ou mauvais, il avait l’avantage d’offrir un cadre, et surtout d’être relié directement à Dieu. Le Roi était son vassal, son pouvoir s’exerçait sur l’ensemble, même si nous ne pouvons omettre certains crimes commis, l’équilibre était alors respecté. La Sainte Eglise tenait la main sur les esprits et veillait à ce que personne ne quitte le troupeau. Quitte à cacher le sens, à réécrire certains passages, à détourner l’attention. Bref, un pouvoir comme un autre et en même temps pas tout à fait comme les autres. Du bon et du moins bon. Et puis le socle. La famille ! Alors soudée. Hommes, femmes et enfants. Rassemblés autour d’une nation. Voilà le point de départ. Et voilà donc la cible !
-       Ils ont attaqué les fondations mêmes …
-       Une à une - OUI ! Une révolution financée par de riches familles anglaises et allemandes eut raison et du Roi, et de la Reine, et de la Noblesse, et du Clergé. Les têtes valsèrent, on appela ces révolutionnaires les amis du peuple. Un peuple qu’ils ne connaissaient guère et défendirent encore moins. Eux c’étaient des bourgeois. Ils voulaient le pouvoir et le prirent par les armes. La guillotine servit beaucoup, on rajouta en 1793 un génocide sur les vendéens. Le plus grand génocide jamais perpétré par des français contre d’autres.
-       Et puis … ?
-       Survint un petit Empereur conquérant. Financé par ces familles auxquelles je faisais allusion pour 1789. Il leur offrit la Banque de France, moyennant la planche à billets pour ses assauts militaires. Ce Napoléon introduisit le droit partout, c’est-à-dire qu’en confiant aux robes noires davantage de pouvoir il l’ôta …
-        … aux serviteurs de Dieu !
-       Voilà. On en vient aux républiques. Cinq en tout. Cinq échecs. Cinq républiques avec des représentants qui servent les intérêts …
-       … de ceux qui les financent …
-       … au moyen d’une mascarade de liberté. Celle de voter pour les exécutants de ces basses œuvres. Une fausse démocratie en somme. Les républiques une à une se montrèrent inaptes à faire reculer les armes. 1848, 1870, 1914, 1939, et puis la suite que nous avons tous vécue. En attendant, sus au cœur, sus à la famille ! La république autorise le travail des femmes, créée de nouveaux foyers fiscaux, éloigne les enfants de plus en plus jeunes du giron parental, s’occupe de leur remplir le cerveau. Jusqu’à leur apprendre le sexe à l’école en maternelle, les sexualiser à outrance, leur mettre bien trop tôt des idées proprement toxiques pour leur développement futur. Observons le résultat !
-       Des malades mentaux et des obsédés dès la pré adolescence.
-       Et de la chair fraiche aussi. Voilà, Julian, comment en quelques siècles on en arrive à Néom. Dont la position géographique n’est pas neutre, vous le savez, au regard de l’histoire.
-       Il y a encore peu de temps, entendre cela m’aurait fait vous traiter de réactionnaire.
-       Ce que j’énonce ici, fruit de décennies de lectures, de réflexions et d’études, je ne l’énonce que fort rarement. Le progrès en soi n’est bien entendu pas à proscrire en tant que tel. C’est quand il est vendu comme une finalité, en somme quand il est enrobé, comme l’est le scientisme ou le laïcisme, d’obligations pures, qu’il devient aussi toxique que l’est un dogme religieux. Equilibrer tradition et progrès, c’est la marque de l’avancée d’une civilisation. Son extinction, elle, vient d’un excès, toujours. Nous sommes en fin de cycle.
-       Latifa t’a parfaitement résumé l’état des lieux, Julian, intervint Ali. Des Lumières à une dictature mondiale et à des robots qui nous asservissent.
-       Terrible et juste raccourci, ponctua Selim.
-       Oui, opina Julian, soudain pénétré par ce qu’il venait à l’instant de comprendre. Mais alors – comment quitter le dôme ?
-       Par les vibrations, lui répondit Latifa en posant sa main dans la sienne. Là ! Sens-tu ?
-       Non.
-       Ferme tes yeux alors. Et concentre-toi.
-       D’accord.
-       Sens-tu … ?
-       Une chaleur … ?
-       Une chaleur, oui …
-       Qui augmente !
-       Oui.
-       Cette chaleur …
-       … est une présence qui de moi à toi …
-       Ah …
-       Qui de moi à toi passe, repasse, puis repasse encore.
-       Oui … C’est …
-       Presque doux …
-       Oui …
-       Voilà. Tu as senti. Tu sais donc. Tu sais !
-       Je … Je sais quoi Latifa ?
-       Que tu as ce pouvoir, cette connexion. Cela t’est autorisé. Tu es donc …
-       Choisi ?
-       Choisi - OUI.
-       Mais… Par QUI … ?
-       Est-ce si important de désigner ? Tu peux dire Dieu, tu peux dire autre chose. Mais l’idée y est.
-       Qui est …
-       Celle d’un PERE, Julian. Celle d’un PERE ».


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