dimanche 9 février 2020

NEOM - chapitre 37



La chanteuse égyptienne et son orchestre étaient arrivés depuis peu et se mettaient en place sur l’estrade dressée à cet effet. Tous étaient présents, le Board de Mantra notamment. Julian leur fut à tous présenté et découvrit avec surprise que tous, comme Igor, étaient des Troisième Génération.

Intégrer le Board d’une multinationale version Smart City pour un humain n’avait jamais été décidé depuis sa propre nomination. Il en sourit, puis murmura dans l’oreille d’un Ali hilare qu’il sentait ses circuits s’enrouiller de plus en plus à force d’accumuler les douches. Puis après les avoir un à un salués, il suivit son compagnon, que les siens, ceux de son sang, avaient rejoint.

« Mon cousin Selim. Le seul qui, depuis l’enfance, n’était pas contre moi à me houspiller. On partage certaines choses, pas vrai bonhomme ?
-       Heureusement pas ta femme !, s’esclaffa Selim en tendant une poignée de mains franche à Julian en le dévisageant de manière quelque peu appuyée. La mienne - viens donc, Latifa, rejoins-nous ! -, est un trésor de compréhension.
-       Respecter sa liberté permet de conquérir la mienne. Nous jouons donc la carte de la solidarité, acquiesça Latifa en se rapprochant d’Ali et de Julian et en les saluant l’un puis l’autre.
-       On ne peut parler ni d’amour fusionnel ni de son antithèse, compléta Selim. Nous avons fondé un partenariat. Faire partie de cette dynastie n’est pas simple. Comme pour Ali, ce mariage fut un mariage arrangé. Une combinazione entre riches rentiers. Par chance, je suis tombé sur une perle. Une femme extrêmement éclairée. Un écrivain, qui plus est. Qui a à son actif un doctorat de philosophie.
-       Latifa nous file à tous des complexes, poursuivit Ali en leur tendant à chacun une coupe de champagne. On ne s’aventure jamais avec elle sur des sentiers trop épineux, elle nous dame le pion avec une déconcertante...
-       Surtout ne me prenez pas pour une intellectuelle froide, intervint Latifa en s’adressant à Julian. Vous verrez tout-à-l’heure, quand la musique …
-       Ma femme est d’une sensualité renversante, sourit Selim. Là aussi sur une piste de danse, elle nous renvoie à nos humaines limites.
-       Une surdouée en somme, ajouta Ali. Bref, une cousine et une sœur, que j’aime tendrement, et qui parfois vient me visiter en tête-à-tête. Elle a la sagesse chevillée au corps. Ce qui permet de mieux passer certains écueils.
-       Ton poste te pèse toujours autant ?, lui demanda Latifa
-       Bien moins. Je me suis non pas résigné mais habitué à l’existence persistante du mal, et à mon évidente complicité à cette horreur. J’ai mis un genou à terre et ai accepté de lâcher prise.
-       Le pouvoir de l’intention fait des miracles, comme je te l’avais depuis longtemps suggéré.
-       Elle fut en la matière un maitre, Julian. Sans elle j’aurais baissé les bras depuis longtemps.
-       Tandis que maintenant, sans pouvoir en rien changer le cours des choses, tu vis mieux et fais à la marge ton possible.
-       Julian, tu verras, possède ce don de faire bouger les choses tout en finesse. Un magicien horloger.
-       J’ai vu votre allocution, ca transparait, ce don. Faites attention à vous.
-       Je refuse d’être sur mes gardes, Latifa, lui répondit Julian. Je suis simplement …
-       Eveillé ?
-       Oui !
-       Cela suffit amplement !
-       Venez !, les interrompit Selim, venez vous asseoir ! Le spectacle va commencer ».

La lumière lentement se tamisa. Tous regardèrent la sculpturale chanteuse à la chevelure rousse s’approcher les yeux clos du micro.

Les musiciens à leur tour se mirent en place.

Seule la lumière d’une bougie tout près de son visage à elle.

Chacun retenait son souffle.

Quand la mélopée depuis le silence s’éleva, haut, de plus en plus haut. L’instrument sortit une note, une seule, qui tel un oiseau ouvrant ses ailes se déploya, puis laissa place à la suivante.

La mélopée prit alors un relief tel qu’elle emplit tout l’espace jusqu’aux cœurs des présents, ceux tout du moins qui en avaient un.

Puis la voix, gutturale, s’éleva.

Mektoub, prononça la chanteuse en étirant le mot sur une longue minute.

« Mektoub, murmura Latifa en se penchant vers Julian. Mektoub …
-       Qu’est-ce que cela signifie ?
-       Le destin, Julian. Le destin ».



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