samedi 8 février 2020

NEOM - chapitre 36



Semaine de gloire et d’amour, qu’Ali, avec l’accord enthousiaste de Julian et des huit mousquetaires, décida de parachever en ses princiers appartements par une fête intime, entre amis donc, à laquelle il invita, outre l’officielle et deux de ses amants, Mother, Grand-Father et Grand-Mother, la totalité du Board de Mantra, lesquels avaient la veille nommé Julian au titre de Survey Control Manager, ce qui en soi ne voulait strictement rien dire, ainsi que quelques sommités du royaume, dont un de ses cousins directs, accompagnés de sa moitié.

De somptueux buffets furent dressés, ainsi que conviés quelques célèbres chanteuses et musiciens du Proche et du Moyen Orient, originaires des anciennes Egypte, Syrie, Yémen, Libye, Tunisie, Koweït et Turquie.

Chacun fut convié à vingt heures précises, sur carton, ce qui en ce royaume du tout électronique constituait en soi une incongruité pleine de charme de l’ère ancienne.

Julian, accompagné de Youssef, passait en revue les somptueuses victuailles quand, avançant depuis l’ascenseur et posant ses pas dans les lieux de son époux, l’officielle arriva la première, avec à chaque bras un colosse au corps recouvert d’un onguent brillant, mettant en relief une impressionnante musculature.

« Le voici donc, ce beau Julian, qui a conquis le cœur de mon tendre époux. Diable, quelle joie que de me présenter à vous en ce qui aurait pu en d’autres temps être mes appartements, ou de coutume je suis bannie ».

Elle arborait un vison posé en équilibre sur une robe scintillante de perles gris clair, assortie à un maquillage aussi racé que discret. Ses lèvres, deux lignes à peine, étaient soulignées par un fin trait couleur saumon, et sa peau, fort tirée, laissait percer sous le masque faussement souriant, la dureté d’une guerrière, prête à dévorer vivant quiconque osant lui faire de l’ombre, se retrouverait soudain la jambe coincée dans un piège.

« Soyez la bienvenue dans ce chez-nous. Qui ce soir est un peu, un peu seulement, une sorte de chez-vous …
-       Mon époux …
-       Ne saurait tarder. Nous voici donc en tête à tête, ou presque, ajouta Julian en lançant deux œillades assassines aux deux amants au regard sans vie.
-       Allez donc vous servir mes chéris, maman a à parler à ce charmant damoiseau », susurra-t-elle en découvrant un sourire de rapace.

Julian lui tendit le bras et la conduisit mollement vers le buffet.

« Une coupe ?
-       Evidemment !
-       Je vous accompagne.
-       Pour cela seulement !
-       Cela va de soi.
-       Vous fûtes … brillant ! Très brillant ! Trop sans doute.
-       Affaire d’appréciation personnelle. Je serais moins enthousiaste. Contrairement à vous je n’ai pas osé sortir la carte maitresse.
-       Qui est … ?
-       Celle des faux sentiments mielleux qu’on étale comme de la merde à grande heure d’écoute.
-       Adolescente, j’étais au Liban vedette d’un feuilleton gnangnan du petit écran. Invitée vedette de l’avant diner des gueux. Qui firent de moi une reine du grand écran.
-       Vous avez habilement su profiter du filon. Et tirez sur la dernière corde de l’assurance vie.
-       Trop aimable !
-       Tant qu’il y a de quoi payer, pourquoi se gêner ! Votre numéro m’a bien plu.
-       Le votre m’est apparu détestable.
-       Voyons, voyons, rentrez les crocs, c’est samedi, soir de fête !
-       Je dis toujours ce que je pense !
-       Parce que vous pensez ? Je vous imagine tout sauf cérébrale. Impulsive, ambitieuse, intéressée. Mais certainement pas douée de capacités à faire d’autres raisonnements qu’une construction tactique à trois coups. Je ne vous rappelle pas le coup du niqab et comment vous êtes rentrée à la niche ?
-       Ce pauvre Ali a une tendance assez marquée pour réécrire l’histoire à sa seule gloire. Sa fonction lui rend les choses plus simples. Je dois, quant à moi, davantage composer.
-       Avec ce genre de macaques ?, sourit Julian en adressant un bref regard aux deux amants qui s’empiffraient.
-       Avouez que l’un comme l’autre, vous collent la trique.
-       J’ai peu de gout pour le vulgaire, excusez, vous et moi comme je l’ai déclaré lors de mon interview …
-       Vous sortez de la moyenne bourgeoisie parisienne. Amélie Poulain, ça ne va pas chercher bien loin !
-       Ce qui compte n’est pas l’origine mais la progression. Auriez-vous, car ces piques vont rapidement nous lasser vous comme moi, un message particulier à me faire passer ?
-       Ça sera rapide mon petit bonhomme. Restez sur vos gardes, c’est tout.
-       La menace est claire.
-       On ne peut plus claire. On ne m’humilie pas sans un jour en payer le prix fort. Regardez bien celle qui vous fait face. Il y a de la haine dans mes yeux.
-       Il y a surtout une somme de bêtise qui, j’avoue, se marie admirablement avec une absolue absence de savoir-vivre ! Annoncer aussi abruptement la couleur, sans même chercher à égayer la chose de quelques touches sadiques, ca sent l’égo en miettes, et le lifting prêt à vous péter à la gueule au premier courant d’air.
-       Petit con !
-       Pour vous desservir ! Rassurez-vous, l’officielle ! Pour moi vous n’êtes rien d’autre qu’un vagin qui crache ses eaux, lesquelles se perdront dans les égouts. Vos paroles sont aussi creuses que vos menaces sans effet. Et puis, menace pour menace, allons-y gaiement. Vous me faites à moi ou aux miens quoi que ce soit, je ferai alors diffuser votre charmante sextape en petits épisodes, directement sous le manteau. Les scènes ou vous vous faites piétiner j’avoue sont assez drôles, et particulièrement dégradantes.
-       Faites ça et je …
-       Et quoi ? Vous ne sortiriez pas de chez vous de peur de croiser un seul regard.
-       Je suis suffisamment bien entourée pour …
-       Il vous manque l’essentiel. Vous n’êtes pas protégée. Ni par le bas ni par le haut. Sur ces bonnes paroles, vous m’excuserez, les miens viennent d’arriver, et votre époux s’approche de nous.
-       Vous voici en beauté, susurra Ali envers celle qu’il avait épousée en noces. Je suppose que la mante religieuse a déversé sur toi tout son fiel, mon ange, ajouta-t-il en se retournant vers son homme.
-       Ca sent la fin de vie, ria Julian en s’écartant d’eux deux.
-       T’as pas pu t’empêcher, ma pauvre fille !, poursuivit le Gouverneur aussitôt son amant parti.
-       Tu pourrais au moins me saluer !
-       Vas donc te faire foutre avec ta bienséance. Je vais faire court, ma grande. Tu lui refais une fois ça, une fois et une seule, et ta tête saute dans l’heure !
-       Joue pas au con ! Moi aussi j’ai une liste de tueurs prêts à tout !
-       Tout autour de toi t’espionne, pauvre folle ! Tiens, tes deux gigolos par exemple. Tu veux voir les bandes filmées ?
-       Tu …
-       Tu crois quoi ?  T’as oublié à qui t’as affaire. Tu veux que je te remémore ce qui est advenu à l’ex du Gouverneur d’Astana ? Continue ainsi et tu finiras sacrifiée au Temple après une nuit mémorable. T’es rien ma pauvre, juste une salope que j’entretiens pour la façade. Content de t’avoir revue, les ans te rendent de plus en plus minable, j’ai donc eu raison sur toute la ligne. Je te souhaite de te divertir en contemplant mon bonheur.
-       Crève, pauvre pédale ! ».

Le gouverneur fit un signe discret aux deux colosses, lesquels accoururent aussitôt.

« Vous me ramenez mamie dans son mouroir au troisième, vous lui faites sa fête, et au lit ! Je vous attends ici dans une heure.
-       Mais, se défendit l’épouse en tachant de résister à ses deux amants, lesquels l’avaient saisie brutalement par chacun des bras.
-       Te donne pas en spectacle, la presse vient d’arriver ».

Il la contempla se faire entrainer au dehors en masquant sa rage, souriant nerveusement aux arrivés comme si de rien était.

« Juste une migraine, lâcha-t-elle au patron d’un magazine électronique star. J’espère pouvoir vous rejoindre vite ».

Ali s’avança alors en direction de Julian qui conversait avec les siens.

« Chère Madame, dit-il à l’attention de Mother, votre présence me ravit. Soyez, vous et vos parents, les bienvenus, ici.
-       Monsieur le Gouverneur … Votre Altesse, balbutia-t-elle étourdie et intimidée.
-       Vous avez donné naissance à cet être qui me comble.
-       Votre … Votre union comble la Mother que je suis, lâcha-t-elle émue en baissant les yeux. Combien … Combien je suis fière de mon fils. Vous savez, votre Altesse, je ne lui ai pas donné de moi une image satisfaisante depuis quelques années. Superficielle, égoïste, suffisante aussi …
-       Mother !
-       Mais, reprit-elle en posant une main gantée sur la bouche de son fils puis en l’ôtant. Je demeure celle qui, une fois relevée de la mort tragique de son père, fit tout pour qu’un jour il puisse … ».

Julian écarquilla les yeux. Depuis quand ne l’avait-il pas vue ainsi … Authentique …

« Je … La peur … Le dégout aussi de ce qu’est devenu ce monde, me conduit, mes parents si chers le savent, à porter un masque. Mais celui-ci Julian ne s’est pas enfoncé trop profondément dans ma chair. Je puis encore … ».

Elle surprit, dans le regard embué de son unique enfant, monter une irrépressible émotion.

« Donc simplement vous dire à l’un et à l’autre ma fierté et mon bonheur de mère.
-       Maman ! lâcha Julian.
-       Oh. Tu l’as dit …
-       Oui ».

Ali s’avança et ouvrant ses bras enlaça la mère de Julian, puis lui prit les deux mains dans les siennes.

« Chaque soirée d’exception mérite une ambassadrice d’honneur. Madame, faites-moi la grâce d’être celle-ci !
-       C’est … Avec joie, murmura-t-elle en l’embrassant soudainement.
-       Alors venez ! Venez à mes cotés ! Et vous aussi, Madame, ajouta t-il, en s’adressant à la grand-mère. Je vais de ce pas vous introniser ».

Julian les vit tous trois s’écarter d’eux et prendre le chemin du centre des regards.

« C’est drôle, murmura t-il à celui qui se faisait passer pour son grand-père. C’est comme si en ces lieux, il n’y avait place que pour le bien et pour le beau.
-       T’as vu gamin, le mouchard, ça a bel et bien marché !
-       Putain, mais OUAIS ! », s’exclama t-il soudain emporté par un rire contagieux.



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