lundi 3 février 2020

NEOM - chapitre 32



L’immense tente blanche avait été dressée à même le sable, au bord de l’eau, dont on entendait le clapotis entre les bruits de fourchette. Des coussins marocains avaient été disposés sur d’immenses tentures de laine tissée, et des tables basses rondes disposées au centre, sur lesquels avaient été posés des tajines ainsi qu’un énorme couscous et une dizaine de théières à la menthe.

Tous s’étaient rassemblés, Ali, ses amis les huit voleurs, et Julian, quelque peu saoul d’avoir trop vite avalé quelques trois verres de vin.

« T’as l’air tout bizarre, lui murmura Ali en posant sa main sur sa nuque.
-       Chuis un peu saoul !
-       C’est du joli ! Ah ces occidentaux ! Tiennent pas l’alcool !
-       Arrête chuis un gaulois. Un vrai !
-       Qui est tombé dans la potion magique !
-       File-lui du thé vert, Ali, héla un de ses amis, ça dessaoule.
-       Bonne idée ! Allez gamin, ouvre-moi ton joli bec et avale ça !
-       Délicieux ce truc !
-       On s’y connaît nous les arabes, ria celui qu’Ali avait appelé Mustapha.
-       Pas que pour la bouffe ! s’amusa son voisin, un superbe africain à la peau ébène et à la musculature saillante.
-       J’en connais qui, quand il s’agit de saillies, prennent jamais de tickets de sortie, intervint Youssef, le plus jeune d’entre tous.
-       Belle bande, tes potes, fit Julian à l’attention d’Ali. Sont sympas, et tous aussi beaux les uns que les autres.
-       C’est vrai qu’ils sont beaux mes gars. Mais c’est surtout de sacrés bonhommes. Tu sais, eux, je sais, à la vie à la mort. Le jour où mon ainé est tombé à Sophia, tous ont accouru dans l’heure. Ils m’ont dit, Ali c’est ton tour, tu vas voir. Tous ont essayé de me dissuader d’accepter. On a palabré des heures, je leur ai dit, vous savez les gars, de l’intérieur du navire on peut faire des choses. Alors que du dehors …
-       C’est Ali, Julian, reprit Youssef, qui nous a sauvés, nous tous ainsi que toutes nos familles. Nous, on l’a rejoint à Néom, et les nôtres ont été placés à l’abri, dans un protectorat, au fin fond d’une montagne à laquelle nos bourreaux ne s’intéressent guère. Avec ce qu’il faut pour faire plus que survivre.
-       Les gars je vous devais ça. C’est vous qui m’avez aidé à tenir, à ouvrir les yeux, à ne jamais flancher. C’est sur vos épaules que j’ai pleuré puis cicatrisé, c’est avec vous que j’ai trouvé la matière qui me permet de bien jouer mon rôle. Vous êtes comme mes frères.
-       Avec lui on est comme huit bergers autour d’un prince en exil, intervint Mustapha. Tu sais Julian, là où on était, on n’était pas heureux, on risquait notre peau. Ca a commencé certes par un truc entre mecs, une bonne partie de jambes en l’air. Une sacrée bonne entre nous, parce que ton mec, bref je te décris pas le champion du monde du baisodrome. Sauf que Ali, tu vois, c’est un gars, il te flaire, direct il t’adopte. Il nous a tous ici sortis de la merde et d’un destin archi pourri. On lui doit tout, on lui rend tout. C’est le minimum.
-       Purée c’est super beau votre truc, fit Julian en regardant avec admiration son compagnon.
-       Depuis que je le connais, et je pense parler en notre nom à tous, continua Mustapha, c’est la première fois que je le vois comme ça. Amoureux. Avec le bon. C’est tombé sur toi, petit gars, t’as le cul bordé de nouilles, et ça se sent que t’es un bon gars. Tu sais, on est dans une époque de merde. Ali, ce dans quoi ils le font tremper, c’est dégueulasse à mort. Mais il sort toujours propre. On le sait, on va déguster les gars, mais on va le faire dignement. Et surtout ensemble !
-       Merci mon ami, murmura ému Ali en baissant les yeux. C’est … Bon, vous connaissez ma pudeur hein !
-       Bah, embrasse ton bonhomme à pleine bouche, Patron ! Qu’on trinque à votre bonheur ! fit un certain Nordine en se levant soudain et en attrapant une bouteille.
-       A Ali et Julian ! firent aussitôt les sept autres, en se redressant à leur tour.
-       Vont me faire chialer les cons ! murmura Julian en riant
-       Petite chose, va ! », lui rétorqua Ali en le serrant contre lui.

Puis à son tour il se leva et adressant à chacun un regard, leva à son tour son verre.

« La vie est belle, la vie est simple, la vie est merveilleuse ce soir, mes amis. Profitons- en. Merci à toi Seigneur de m’avoir enfin accordé … Bref … Je vais pas développer, hein …
-       Pas la peine, on a capté, ricana Youssef.
-       Julian, bonhomme, avec ton accord je fais libérer tous tes samedis. Qu’on puisse de temps à autre s’offrir de petites escapades avec cette bande de chenapans. Lesquels, je préfère prévenir que guérir, ne mettront ni un pied ni un œil dans notre chambre à coucher.
-       A forniquer ! s’esclaffa Mustapha.
-       Patron, regardez ! fit l un d’eux, un barbu athlétique aux cheveux roux en apportant à Ali son écran.
-       Putain ca n’a pas trainé. La presse ! Biquet, t’es en couv. !
-       Hein ?
-       Ta pomme, ton nom, ton histoire, tout y est. Avec en prime une accroche sur une interview demain de la garce qui me tient lieu d’épouse en Une.
-       Bref le grand jeu !
-       Ca craint non ?, marmonna Youssef.
-       Pas tant que ca ! reprit Ali.
-       Ca va je peux gérer !, acquiesça Julian.
-       On en a pour une semaine de gazettes et de trucs à la con, reprit Ali. Ils montent le truc en épingle, et puis ca redescend. Prenons ca à la légère. Le seul truc qui m’emmerde, c est que je dois filer demain trois jours à Jérusalem. Faut juste une protection pour toi, Julian, sinon tu mets un pied dehors, et t’as une armada de flashes à tes basques.
-       Jusqu’aux chiottes ! ajouta Mustapha. OK, on s’en occupe. On peut crécher chez le petit ?
-       Hey, ca va j’ai trente piges ! s’amusa Julian en haussant le ton.
-       Faut que je te fasse sauter une interdiction quelconque ?
-       Ouais.
-       Youssef, vois ça avec le Board, que ce soit effectif dès demain matin.
-       Ca roule.
-       C’est quoi ton truc à Jérusalem ?
-       Un truc bien craignos et bien chiant avec les neuf autres. Réunion Tupperware des grands de ce monde – enfin, illusion de grands de ce monde immonde. Sauf qu’on va devoir se taper la visite au Temple et toutes les saloperies qui vont avec.
-       Le grand sketch sataniste pour bacheliers ! s’éclaffa un Youssef très en verve.
-       Avec ce que tu imagines en bonus, répliqua Ali. Bref, pas le choix !
-       Tu vas devoir …, lui demanda Julian.
-       J’en ai bien peur !
-       Ils ont quel âge ?
-       Ca peut aller jusqu’au bébé de deux semaines.
-       Putain !
-       Ouais. Bon ben …
-       L’intention !
-       Oui ! Oui, l’intention !
-       Inch Allah !
-       Inch Allah ! ».




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