samedi 1 février 2020

NEOM - chapitre 30



Julian ouvrit un œil. L’aube se levait sur la Cité, un rai de lumière caressait les cheveux noirs du Gouverneur, qu’il appelait depuis hier Ali.

Il posa un pied au sol et se surprit à observer Ali dormir comme un bienheureux. La journée puis la nuit avaient été si belles, si fortes, si douces en même temps. Quelque chose – il le savait – d’extrêmement important était advenu, c’était la, c’était SA première fois. C’était tellement inattendu que – oui, pour la première fois il était tombé amoureux. Ne voulait point partir, reprendre sa liberté, s’en aller pour revenir ensuite. Il n’y avait là, avec Ali, aucun besoin, aucune envie, aucune impatience particulière. Juste l’envie d’être avec lui, de parler, de se taire, de le questionner.

D’être dans ses bras.

Ali à son tour ouvrit un œil et lui sourit. Julian semblait rieur, il vint aussitôt se blottir dans ses bras.

« Tu …
-       Comme jamais avant, répondit Julian.
-       Pareil pour moi.
-       Vraiment ?
-       Vraiment. Tu as faim ? Soif ?
-       Oui ».

A ces mots un éphèbe à demi nu entra.

« Apporte-nous deux petits déjeuners complets. Et s’il te plait, mets quelque chose sur toi. Ce n’est plus utile à présent ».

Il avait donné l’ordre avec tact.

« Tu n’as rien de l’autocrate qu’on m’a décrit.
-       Je suis nul en commandement, tu n’as pas idée. Le benêt de la lignée des Souad c’était moi. Pourquoi crois-tu qu’ils m’aient choisi pour succéder à mon ainé ? Le plus sot, le plus timide ?
-       Ne dis pas ça.
-       Pour tout te dire je ne pense pas être sot. Simplement pas né au bon endroit, à la bonne place, et dans la bonne famille.
-       Tu voulais être un homme avec un autre.
-       Voilà. Or à Ryad, ça, même pas en rêve !
-       Tu les aimais ?
-       Je ne les ai jamais aimés, Julian. Je voyais bien qui ils étaient, ce qu’ils faisaient. Leurs crimes, on les connaissait. Et puis, tu te doutes bien, moi dès huit ou neuf ans je savais que, enfin tu vois. Eux, coucher entre hommes ça leur va, ca leur va très bien pourvu que ca ne se sache pas. Moi, ce que je voulais, ce n’était pas coucher, ça je m’en fichais. Eux, ils se servent dans leurs armées ou dans leurs gardes, ils les prennent, les consomment, puis changent. Les épouses elles font tapisserie, elles dépensent des fortunes et elles sont sur la photo. Les maitresses, c’était des mineures qu’ils importaient depuis des villages au Maroc et ailleurs ou ils les faisaient enlever. Je te parle de ça, c’est tous les princes de la monarchie ou presque, pas seulement ma famille directe, d’ailleurs parmi les plus proches ils ne pratiquaient pas tous ça.
-       Putain le malaise !
-       Tu l’as dit ».

L’éphèbe réapparut avec un immense plateau puis s’effaça. Ali se leva, prit Julian par la main et le conduisit, nus, autour de la table dressée.

« J’aime te voir comme ça ! murmura Ali
-       Dans mon plus simple élément ?
-       Tel que Dieu t’a fait.
-       Tu … Tu crois en Dieu ?
-       Bien sur que je crois en Dieu ! Je suis même le seul des dix Gouverneurs de ce monde à y croire. Il en fallait un, ce fut moi. Ils n’en savent rien, bien sur, je joue le jeu, le leur. De toute façon Dieu l’a ainsi voulu, alors je m’y soumets.
-       Ca me paraît sage.
-       J’ai beaucoup étudié l’eschatologie, tu sais.
-       C’est quoi ?
-       La science de la fin des temps. Tu sais … La fin des temps, ce n’est pas la fin du monde. C’est juste la fin d’un monde.
-       Le notre ?
-       Celui-là. Avoue qu’on ne le regrettera pas.
-       Ca non ! ».

Ali leva les yeux vers l’horizon et sourit.

« Je ne serai pas du suivant. Je dois partir avec eux.
-       Avec qui ?
-       Oh, le gros des troupes !
-       Tu veux dire que …
-       Que je n’en ai, contrairement à toi, que pour quelques années. Selon mon analyse, dans trois ans et quelques tout est fini, et tout repart sur des bases saines.
-       Tu veux dire que … ?
-       Que cette Cité sera rasée, comme le fut le veau d’or. Pas par les armes. Par la force de la Parole.
-       La parole de qui ?
-       Selon ton affiliation tu peux dire Jésus ou Mohamed. Je parierais pour une union des deux. Des deux Prophètes, et avec eux, de Ceux qui Les ont précédés.
-       C’est assez beau je trouve.
-       Nous sommes, ne l’oublions pas, sur Leur terre, donc chez Eux. Qu’Ils reviennent à la maison, n’est que justice. Tu sais, ceux qui sont là-haut, je veux dire ceux qui pensent tirer les ficelles, il leur manque l’essentiel.
-       C est quoi l’essentiel ?
-       Ce qu’ils cherchent désespérément. Ce qu’ils ont tenté de recréer avec ces robots. Les hautes fréquences. Le contact suprême avec les énergies et les esprits qui nous entourent. Ils n’y ont jamais eu accès, c’est leur limite. Leur Satan, l’ange déchu, tu sais, quand il a chu, il a perdu les facultés qu’il avait en tant qu’ange, il a perdu l’aptitude des chats, par exemple, à communiquer avec subtilité avec l’au-delà. Regarde, leurs créations, elles sont techniques, elles ne sont jamais que ça. Il n y a aucune inspiration, aucune porte jamais ne s’ouvre en eux, ce n’est que du cérébral, ce n’est que ça. Or ces vibrations les attirent, les fascinent, ils veulent les recréer, ils les imitent. Ils ont créé des machines dans lesquelles ils ont mis de l’ADN humain, ils cherchent une symbiose, un trans-humain, un être qui leur ouvrirait cette porte. Mais comment un créateur, pourrait-il en laboratoire, recréer quelque chose dont il ignore tout ? Ce n’est tout simplement pas possible, ils ne sont même pas capables de le concevoir, cette chose qui est tout sauf mathématique, qui ne se compte pas, qui est irrationnelle en diable, et uniquement irrationnelle. C’est pour cela que leur quête est vouée à l’échec et leur plan au désastre. Ils entraineront avec eux beaucoup de victimes. Mais une fois ça fait, il n’y aura plus de mal, Julian. Il aura été totalement éradiqué ! Et ça, mon bel amant, quel bel horizon, n’est-il pas vrai ?
-       Je … Oui. Ah si tu pouvais dire vrai ! ».

Ali se redressa et lui fit face. Levant les yeux en sa direction, Julian fut surpris de le trouver si incroyablement beau. Une peau mate, une pilosité sur le torse et sur les jambes, des cuisses puissantes, des mains splendides, douces et masculines. Mais surtout, cet éclat dans le regard. Un éclat de bonté à l’état pur.

« Viens dans mes bras, Julian.
-       Oui.
-       Veux-tu …
-       Quoi ?
-       Que toi et moi ?
-       Toi et moi quoi, Ali.
-       Que … Et si on se donnait comme une chance ? On a trois ans tu sais et …
-       Tu voudrais ?
-       Avec toi, oui.
-       Je …
-       Tu garderas ton appartement, ton indépendance, ne t’en fais pas. Bien sur ils sauront, à Mantra. Cela ne te fera aucun tort, bien au contraire. Sache juste qu’ici, il n’y a ni caméras, ni micros. J’ai tout fait enlever. Le Board n’a pas eu d’autre solution que d’accepter. Même Ari a validé. Alors …
-       Alors nous sommes ici en sécurité.
-       Dans une authentique intimité, préservée surtout. Ton travail, entends-tu le poursuivre ?
-       Telle est ma mission. Je ne veux pas m’y dérober.
-       Ils te font faire des choses moches ?
-       J’y mets de belles intentions.
-       Alors c’est bien. Tu veux faire quoi aujourd’hui ?
-       J’aimerais qu’on fasse l’amour, ici, longtemps.
-       On va le faire, alors.
-       Que tu me fasses découvrir au dehors, quelque endroit cher à ton cœur.
-       Fort bien. Je vais t’emmener au passage qu’avait emprunté autrefois le peuple d’Israël. Tu sais, celui ou  furent noyés les égyptiens.
-       Magnifique !
-       Je pourrai de là, te lire quelques textes.
-       Parfait.
-       Inch Allah ! ».


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