lundi 6 janvier 2020

NEOM - chapitre 4



Un équipage de Deuxième Génération les accompagna à l’aérodrome, suivi par un drone-tueur, dans une limousine glissante non polluante. Ici, à Berlin même et dans ses environs, aucune route ou autoroute n’était équipée comme à Néom et dans les autres Cités, car ce qui y demeurait, on ne disait pas ceux mais ce, était par essence denrée négligeable, et donc ne méritant guère d’investissements en infrastructure.

N’ayant point quitté son quartier depuis la crise de 2027, Julian, et sa famille tout autant, s’étonnèrent de l’état d’absolu délabrement des routes, où parfois avaient poussé sur les trottoirs d’immenses bidonvilles sur plusieurs kilomètres. On pouvait voir s’extraire du chaos quelques tireurs solitaires armés de kalachnikovs tachant de viser le véhicule, mais il suffisait d’une seconde pour que le drone abatte le mercenaire.

« Des bêtes !, balbutia Mother en détournant le regard.
-       Si je n’avais pas eu ce job, qui sait, nous serions là, murmura Julian en étouffant un bâillement.
-       Ca n’a pas l’air de t’émouvoir, ce retour à la barbarie.
-       A partir d’un certain degré c’est comme qui dirait utile de fermer son cœur, Mother.
-       Tu fais bien, je devrais m’en inspirer.
-       Tu n’y arrives pas ?
-       Pas encore ».

Ils parvinrent à bon port et aperçurent un jet sur la piste déserte, surveillée par une armée de Seconde Génération tous équipés d’une tenue Mantra.

« Ce groupe, tu en sais quoi ?
-       Rien que tu doives savoir. Ils me paient, et bien, c’est tout.
-       Souadistes, j’ai lu.
-       Depuis quand tu t’intéresses à l’économie ?
-       Bien obligée de faire avec l’époque !
-       Contente-toi de lire des magazines et de regarder des séries. Et laisse-moi le manche pour le reste ! ».

En une fraction de seconde les portières se replièrent, et tous aperçurent au loin ce qui semblait être un humain, qui depuis le jet leur faisait signe.

« C’est Igor, murmura Julian aux siens. Mon supérieur. Devant lui pas un mot, c’est d’accord ?
-       D’accord ».

Un froid glacial les saisit au corps tandis qu’ils marchaient à pas rapide en direction du jet.

« Montez vite, les invita le Troisième Génération au regard d’acier en empruntant l’escalier. On part dans quelques minutes, le temps nous est compté.
-       Bien.
-       A présent que vous avez signé, chaque minute de votre vie …
-       … appartient à Mantra.
-       Bien. Au fait, vous vous appelez dorénavant Julian D. Une initiale, c’est amplement suffisant.
-       Et une micro-puce !
-       Sans elle vous pouvez dire adieu à tout. Néom c’est comme un dôme. Quiconque pénètre la Cité sans est immédiatement abattu.
-       Ca arrive souvent ?
-       Il y a des fous partout. Tout est sécurisé.
-       J’ai étudié le dossier dans ses grandes lignes.
-       Les cinq heures de vol vous permettront de vous familiariser avec certains aspects que vous ignorez à ce jour. Tout doit être assimilé pour la prise de fonction demain. Vous serez douze, six femmes et six hommes, tous âgés de trente ans.
-       Pourquoi trente ans ?
-       Le contrat dure trois ans.
-       Et après on nous jette ?
-       Après c’est après. Un beau sursis, ne faites pas le difficile. En ces temps de désolation pour autant de vos contemporains, votre place est enviable.
-       Je sais.
-       Prenez place, Julian D. Voici le dossier. Deux cent pages. Si vous avez des questions je prendrai le temps nécessaire.
-       Vous êtes douze à vous occuper de nous ?
-       J’existe en douze exemplaires.
-       Un clone …
-       Numéro de série A/1. Vous avez de la chance, le 1 porte chance.
-       Bien.
-       Nous partons. Je vais aller voir votre mère et lui intimer l’ordre à elle et à ses parents de ne pas prononcer un mot durant tout le voyage. Le son de la voix humaine brouille la réception des ondes électromagnétiques, cela rendrait notre vol INSECURE. Cela vaut aussi pour vous. Nous communiquerons donc par écrit.
-       Bien !
-       A présent taisez-vous, et bonne lecture. Néom et Mantra n’attendent pas. Je vous laisse ».


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