mercredi 15 janvier 2020

NEOM - chapitre 13




Quand il ouvrit un œil, il était quinze heures. Un plateau contenant café chaud, orange pressée et croissants était posé juste à coté de son lit, sur la petite table en verre.

« Jusqu’à l’heure de mon réveil vous maitrisez …
-       Et tant d’autres choses …
-       L’intimité, la mienne ?
-       Existe bel et bien. Mais pas là ou vous la mettez ».

Julian se saisit de la tasse et avalant une gorgée prit sa tête entre ses mains.

« Il y a une aspirine forte, à coté de la coupe à croissants.
-       Vous saviez bien sur ?
-       Pour les deux pilules cela va de soi. Pour tout le reste aussi.
-       Que puis-je faire qui ne soit pas su ?
-       Rien.
-       Que puis-je penser librement ?
-       Vous parlez de votre esprit ou de votre cerveau ?
-       C’est la même chose non ?
-       Absolument pas !
-       C’est quoi la différence ?
-       A vous de le découvrir !
-       Sacrée énigme pour un réveil ! ».

Il finit le café, se dirigea vers la salle de bains et fit longtemps couler une douche chaude, qui le réveilla bien. Puis enfila un survêtement aux tons crème ainsi qu’un t-shirt de sport – au ton crème également.

« Tout est de la même couleur. Crème … Même pas une couleur en plus.
-       Comment qualifieriez-vous ce crème ?
-       Je ne sais pas. De non couleur. D’absence de couleur.
-       Votre définition de couleur est restrictive.
-       Mouais ! ».

Il revint s’asseoir et attaqua les croissants.

« J’aimerais bien inviter Agathe ici.
-       Pas possible sauf dérogation exceptionnelle.
-       Que faire pour l’obtenir ?
-       Une mission délicate.
-       Délicate en quoi ?
-       En ce qu’elle risque de vous glacer le sang.
-       Sur ce que je ferai ?
-       Sur ce que vous découvrirez !
-       Bah je suis prêt à tout ici !
-       Jusqu’à connaître vos limites pour mieux les dépasser ?
-       Je préfère rester dans la moyenne
-       Vous ne l’êtes pas. Ou pas vraiment. Agathe et vous êtes notés les meilleurs. Mais je vous l’accorde, vous êtes dans l’enclos.
-       Dans l’enclos ?
-       De bons moines soldats.
-       Ca suffit non ?
-       Pour faire une vie – sans doute. Je veux dire, pour la plupart. Mais pour vous …
-       Eh bien je n’ai jamais essayé d’être différent des autres.
-       Et vous êtes parvenu sans le vouloir à être en tête de gondole avec quelques autres. C’est un signe !
-       Un signe de quoi, pardi ?
-       De potentiel.
-       Un potentiel de quoi ?
-       Une aptitude à la rébellion et à la dissidence. Ca fait partie de votre dossier. Ils le savent et se préparent à en jouer.
-       Contre moi ?
-       Contre ou avec.
-       On est avec ou contre eux non ?
-       On peut être à la fois contre et avec. Ne les sous-estimez pas ! Les oppositions ça se contrôle et ça sert.
-       Ah bon !
-       Vous savez si peu de choses, Julian. Mais c’est bien. C’est comme une surface propre sur laquelle planter des graines saines.
-       Vous me voyez comme ça ?
-       Je vous lis ainsi.
-       Marrant ».

Il avala la dernière bouchée et se leva, puis vint à proximité de la grande porte fenêtre. L’ouvrit et observa le ballet aérien des véhicules passant avec grâce entre les branches des arbres gigantesques.

« Il y a là une certaine beauté.
-       En apparence …
-       L’apparence cela compte.
-       L’apparence aveugle.
-       Vous voyez tout en noir !
-       Vous voyez tout de manière simple. Vous êtes comme programmé pour. Mais il n’y a qu’à voir ce que vous lisez pour savoir que cela ne vous contente point
-       Ah vous savez ce que je lis !
-       Que du bon ! Ca penche, Julian, ça penche intérieurement. Tous ces auteurs sont des dissidents savez-vous ?
-       Oui, c’est probable
-       Leurs voix vous parlent !
-       Leurs œuvres !
-       Leurs fruits !
-       J’aime bien oui.
-       Cet attrait pour le futuriste ne pouvait qu’être l’antichambre pour habiter Néom. Que vous quitterez un jour pour un ailleurs fort dissemblable.
-       Vous connaissez aussi mon futur ?
-       Je sais tout de vous !
-       Vous, donc eux.
-       Ce n’est pas pareil, je ne suis pas eux.
-       Vous faites partie de leur plan, c’est eux qui vous ont installé ici.
-       Si cela vous plait de le croire, eh bien disons cela.
-       Ah vous voyez !
-       Je vois … ».

Soudain la voix se tut.

« Vous … Vous êtes toujours là ? »

Un silence lui répondit.

« Vous êtes toujours là ? Ah, me faites pas marcher. Bah, écoutez, si vous restez muet je peux parler tout seul. Voire ne plus parler du tout, et sortir prendre l’air ».

Il referma la porte fenêtre et songea un instant.

« Sortir, oui. Sortir flâner, avec Agathe. C’est dimanche après tout ! ».


Aucun commentaire:

Publier un commentaire