mercredi 22 janvier 2020

Chefs d’œuvre du 7ème art - Voici le temps des assassins



Chatelin (Jean Gabin) tient un restaurant en plein cœur des Halles de Paris. Il attire le gratin de la capitale par sa cuisine réputée. Il a pris sous son aile Gérard (Gérard Blain), un jeune homme qui a rompu avec son oncle aisé et préfère payer ses études de médecine en travaillant la nuit aux Halles. Un petit matin, Catherine (Danièle Delorme) entre dans le restaurant et se présente à Chatelin comme étant la fille de son ancienne épouse, Gabrielle, dont elle lui apprend le récent décès. Chatelin, touché, accueille sous son toit cette jeune fille qui semble bien perdue. Il lui aménage une chambre dans son appartement de vieux garçon et lui propose un emploi de réceptionniste. Mais Catherine se révèle bientôt un être pervers et calculateur, qui parvient à force de mensonges à séparer Chatelin et Gérard. On découvre bientôt qu'elle rejoint en cachette sa mère prétendument morte. Cette dernière, ruinée et droguée, manœuvre pour que son ancien mari épouse Catherine afin de faire main basse sur sa petite fortune...

Sorti en 1956, dix ans après le magnifique Panique avec Michel Simon, Voici le temps des assassins consacre le retour de Julien Duvivier à la veine la plus noire de son cinéma, une veine pouvant autant évoquer le Clouzot des Diaboliques que certains romans de Zola ou Balzac. Dès le générique, Duvivier donne le ton : le Paris magnifiquement reconstitué en studios du quartier des Halles va être progressivement gangrené par le sordide.

Sur un implacable scénario, il dresse le portrait d’une humanité sans scrupules, cupide, avide de gains et éprise de vengeance et de vampirisation d’autrui. Une humanité dominée par des femmes manipulatrices aux intentions épouvantables, qui telles des sangsues vont se jeter sur des caractères faibles. Lesquels ne seront pas en reste in fine.

Démon au visage angélique, la jeune Catherine (Danièle Delorme, magnifique dans un contre emploi) se révèlera à la fois le bras armé et la victime d’une revanche, celle de sa propre mère qui se fait passer pour morte et qui en coulisses tire les ficelles, animée par la haine. Catherine incarne toute l’abjection humaine dont elle maitrise à merveille la panoplie : appel à la pitié, mensonges, séduction, double-jeu, trahison … Comme le personnage de Chatelin, nous tombons nous aussi sous son charme trouble, avant que celui-ci ne révèle petit à petit sa véritable nature vénéneuse. Vice incarné, Catherine est aussi l’instrument tragique du destin familial et d’une société qui l’a maintenue dans la plus humiliante des pauvretés et s’est acharnée à la garder plus bas que terre.

La mère du personnage joué par Jean Gabin ne vaut guère mieux que les deux autres. Mesquine, acariâtre et dominatrice, elle tient en joug son fils et semble être à l’origine de sa faiblesse de caractère. On la devine avoir été particulièrement active dans la séparation d’avec son ancienne femme et déterminée à faire le vide autour de lui. Et la manière avec laquelle elle traite Catherine, allant jusqu’à la fouetter comme on le ferait avec un chien, la catalogue sans équivoque dans le camp de ces êtres vils au cœur sec.

Avançant tout droit vers un dénouement tragique, ce sombre chef d’œuvre misanthrope de Julien Duvivier ne laisse aucune fenêtre ouverte sur quelque espérance que ce soit. En ce cloaque où règnent en maitre l’égoïsme et la cupidité, seuls les assassins et les âmes noires parviennent à se faire une place ici-bas.


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