lundi 15 avril 2019

Chefs d’œuvre du 7ème art - Misery



Auteur de la saga à succès Misery, Paul Sheldon vient de terminer son nouveau roman. Alors qu’il quitte l’hôtel de montagne où il s’était isolé pour écrire, sa voiture dérape sur la neige et se retourne. Grièvement blessé, il est sauvé par Annie Wilkes, infirmière et grande admiratrice de Misery, qui l’installe chez elle.

C’est la seconde fois que Rob Reiner, après Stand by me, adapte une œuvre – ici une nouvelle – de Stephen King. Sorti en 1990, son Misery, une évidente réussite et un huis clos aussi surprenant que glaçant, rencontra un énorme succès et permit à son actrice principale, Kathy Bates, absolument phénoménale, de remporter un oscar. Hypertendu, sans une minute de trop, Misery, contrairement à beaucoup d’œuvres à la frontière de l’horreur et du suspens, n’a pas perdu une ride.

Contre l’avis d une éditrice tiroir caisse mais néanmoins amicalement attachée à son auteur à succès, Shelton, conscient de n’être devenu rien d’autre qu’un fabricant de produits culturels insipides pour ménagères américaines, a décidé contre la logique du marché qui l’a fait devenir riche et célèbre, de mettre un terme à la vie de cette Misery et de tacher de reprendre à la fois son art et sa vie en mains. En s’isolant l’hiver dans son chalet – en lui même - pour oser enfin délaisser la facilité et retrouver son ambition première. C’est aux frontières de cette ambition de changer vraiment, une fois rédigée la dernière Misery, celle où le créateur a donné congé à sa sirupeuse créature, que le destin le fauche en plein vol et envoie sa voiture dans le décor. Et cloue l’homme en voie d affranchissement sur un lit, dans le petit chalet de celle qui se dit être sa plus grande fan.

Retour brutal , presque comique, à la case départ ! Cette Annie, infirmière de métier, a tout de la personnalité schizophrène. Elle est une de ces fans hyper intrusives qui représentent aux yeux d’un personnage célèbre une source d’inquiétude bien connue. Car la création littéraire de l’écrivain s’est comme confondue avec la vie de sa lectrice assidue, laquelle, tant vis à vis de l’héroïne que de son créateur, a plongé dans une idolâtrie plus qu’excessive. Annie, vivant seule, s’est recréée un monde aussi irréel que celui de Disney et se projette tellement dans cette fiction qu’elle a depuis longtemps perdu le sens commun, passant de manière de plus en plus névrotique de la plus extrême attention sirupeuse à des colères et des accès de violence propres à un esprit totalement fou. La situation fait d’elle un authentique tortionnaire sadique, prête à tout, au contraire de l’éditrice amie, pour contraindre par la force l’artiste à continuer de lui créer pour elle seule ce monde factice qui est sa raison de vivre.

Le combat entre eux deux, elle qui a fait d’une fiction niaise sa vie et lui qui veut absolument s’en échapper, a quelque chose d’un combat pour la survie de chacun des protagonistes. Annie c’est devenu le double de Misery, Misery lui appartient. C’est pour l’écrivain davantage que cette série de best seller qui le ronge, c’est maintenant une fan de l’œuvre en question, en somme un effet collatéral de ses propres romans, une créature de Misery donc la sienne aussi, qui se montre prête au pire pour le garder sous son joug et lui briser littéralement les pieds avec un marteau. La bluette a accouché d’un monstre, et ce monstre est en situation de tuer cet artiste dont elle ne fait aucun cas, simplement pour encore et toujours s’enfermer tout en l’y enfermant lui aussi dans ces livres sans âme dans lesquels elle a perdu depuis longtemps toute raison. Cette Annie personnifie à la fois le cauchemar de tout artiste en quête de liberté et le démon sournois tapi dans l’œuvre de celui qui à un moment a signé le pacte de Faust sans le savoir et doit payer une note très lourde pour pouvoir retrouver sa liberté comme l’usage de ses membres.


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