vendredi 5 avril 2019

Chefs d’œuvre du 7ème art - L’impasse

New York, 1975. Carlito Brigante, un trafiquant de drogue notoire, est libéré de prison, grâce aux vices de procédures révélés par son avocat. Bien décidé à rester dans le droit chemin après ces 5 années passées à l’ombre, le criminel repenti entend économiser suffisamment d’argent pour rendre possible l’objectif qu’il s’est fixé. Mais la réinsertion s’avère plutôt difficile pour celui que certains continuent à aduler en tant que gangster…

Ce bijou du grand Brian de Palma s’ouvre, comme le Boulevard du crépuscule de Billy Wilder, sur l’assassinat et la mort de son héros, et le récit tragique du film opèrera un flash back sur les tous derniers jours de sa vie. Ce héros, Carlito Brigante, est comme le double inversé du Tony Montana du Scarface de De Palma, tous deux superbement interprétés par Al Pacino. L’Impasse, tournée dix ans après Scarface, offre à une autre époque – les années 90 – une vision renouvelée de la mafia et de la pègre, et au delà de l’Amérique. Du temps a passé, les malfrats à l’ancienne ont laissé place à une nouvelle génération de caïds marchant à la cocaïne, immergés dans une Amérique affairiste où la frontière du bien et du mal s’est effacée, et où certains voyous ont intégré un semblant de légalité.

Revenant après des années passées derrière les barreaux dans le monde libre aussi déphasé que possible, le personnage joué par Al Pacino, épris d’une sincère envie de rédemption, redécouvre le milieu avec la ferme intention de rester honnête. Milieu qui va par l’intermédiaire du personnage totalement disjoncté de son avocat tout faire pour le faire chuter.
Un plan résume le destin tragique de son magnifique personnage. Carlito enferme un cafard sous un verre, peu avant de prendre comme malgré lui une décision qui fera basculer son destin du mauvais côté. Le talent de De Palma consiste, alors même que depuis la scène inaugurale les dés sont jetés, à nous faire espérer malgré tout que son personnage parviendra à transcender sa propre malédiction, tout en nous faisant partager ses rêves et sa soif d’amour.
Le destin tragique de ce gangster d’antan plongé dans un cloaque dont il ne comprend plus les règles s’achève, comme dans un opéra, par une dernière demi-heure quasi muette, d’un brio formel incomparable. La mélancolie, l’envie sincère d’une seconde chance, le désir de réécrire sa vie et de panser les blessures – la rédemption ne sera que spirituelle, nous souffle De Palma, tant ici-bas ce monde où seuls les méchants s’en sortent est devenu aussi amoral que fou.


1 commentaire:

  1. Pour la plupart de vos commentaires sur notre cinéma, j'adore! J'en connais quelques uns, regardés au cinéma de minuit. Bravo à vous de nous faire revisiter ces chefs d'oeuvre. Caresses à Light et à tous ses chatons.Un petit bonjour de l'Oise. Géraldine.

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