samedi 6 avril 2019

Chefs d’œuvre du 7ème art - Le nom de la rose



Alors qu’elle est choisie pour être le lieu d’un débat houleux entre divers ordres religieux concernant la pauvreté du Christ, et donc de l’Église, une abbaye isolée du nord de l’Italie est agitée par de mystérieux meurtres. Un moine franciscain, Guillaume de Baskerville et son disciple, Adso de Melk, mènent l’enquête.

C’est avec La guerre du feu en 1981 que le jeune cinéaste français Jean-Jacques Annaud, jusqu’ici auteur de deux très beaux films plutôt intimistes, La victoire en chantant puis Coup de tête, obtint ses galons de réalisateur connu et apprécié à l’international pour ses grandes superproductions populaires. L’ours, L’amant, Stalingrad et quelques autres rencontrèrent dans le monde un très grand écho, avec un soutien critique inégal selon les films.

Sorti fin 1986, ce Nom de la rose, adaptation brillantissime du chef d’œuvre du grand romancier italien, Umberto Ecco, constitue sa plus incontestable réussite, et a conservé plus de trente ans après sa sortie toutes ses qualités. Elle est de ces œuvres absolument passionnantes que l’on se fait un plaisir de revoir et de faire découvrir aux plus jeunes générations, à leur tour séduites par cette intrigue fascinante, sorte d’Agatha Christie moyenâgeux situé dans un décor – la fameuse abbaye – grandiose, dans laquelle l’élucidation des meurtres qui y sont commis vont nous conduire sur les sentiers de l’obscurantisme et de son opposé.

La guerre de cent ans n’est pas loin à cette époque où Philippe Le Bel vient de se débarrasser des Templiers, et où rode celle qu’on nommait alors la Sainte Inquisition. Les moines reclus sur les hauteurs perdues de cette abbaye mystérieuse sont tels des êtres anormaux, sortes de freaks aux gueules et aux silhouettes aussi impossibles que cauchemardesques. Tous, tandis qu’à la demande de l’Abbé génialement interprété par un Michael Lonsdale en très grande forme enquête ce moine aventurier, semblent abandonnés de Dieu et livrés aux démons, dans les couloirs et les recoins de ces bâtisses sinistres en proie aux ombres, à la boue et aux vents, et au sein desquelles on ne peut guère, tant rare est la lumière du jour, se mouvoir qu’éclairé par de grandes torches tenues à bout de bras.

Abandonnés de Dieu, livrés à la misère et à un travail quotidien, cette armée de moines coupés du monde sont les proies d’une main criminelle, dont notre Hercule Poirot médiéval, Guillaume de Baskerville, auquel Sean Connery apporte tout son charisme, va tacher de démêler les fils d’une enquête où son intuition et son sens aigu de l’observation vont jouer un rôle clef.

Fort éloigné de cet obscurantisme des profondeurs de ces âmes tourmentées, le détective en soutane est l’antithèse incarnée de ce Grand Inquisiteur qui à un moment va tacher d’interrompre sa quête de vérité sans y parvenir. Car c’est bien sur le fil du savoir et de la connaissance que l’enquête nous conduit, dans les entrailles mêmes du cœur de l’abbaye, dans le ventre de cette labyrinthique et fascinante bibliothèque, dont la conception et l’architecture même reflètent le gout pour l’ésotérisme de ceux qui veillent jalousement sur la privation d’un savoir universel. Cette exceptionnelle bibliothèque renferme un trésor, en l’occurrence un Livre, lequel, pour les tenants de l’Eglise, doit absolument être tenu à l’écart du commun des mortels, de part le scandale sur un plan théologique qu’il contient. Tous ceux qui ont été pour tel ou tel motif en contact avec l’ouvrage interdit seront donc frappés par une main qui n’a rien de divine.

Cette quête / enquête autour du fil d’Ariane que constitue l’acquisition d’un savoir libérateur du joug de l’Eglise est donc bien le sujet central de cet érudit d’Umberto Ecco, d’un roman aussi foisonnant de connaissances que riche en rebondissements, et donc de sa brillante adaptation cinématographique. Il fallut à l’exigeant Jean-Jacques Annaud cinq longues années de supervision de réécritures successives du scénario – le livre d’Ecco est un pavé, et en faire un film de 2 heures 30 exige une concentration et une simplification rigoureuse – pour parvenir à pareille réussite.

Ajoutons que l’excellence, ici, est partout, tant au niveau du choix des décors naturels – des hauteurs montagneuses cernées par d’inquiétants nuages et écrasées par la pluie – que des reconstitutions en studio – travail génial de Dante Ferretti -, de l’inoubliable bande originale de James Horner ou du choix des acteurs – souvent inconnus ou débutants, tel Christian Bale, adolescent – et de leur direction. 


1 commentaire:

  1. La beauté fascinante de la Gnose dans ses œuvres. Mais la Gnose est l'essence même de la tromperie et ses adeptes de tout degré en seront les premières victimes après s'être complus en eux-mêmes. C'est, dirait V. Volkoff, à qui nous devons une reconnaissance spéciale pour avoir divulgué les principes de la désinformation, comme le supplice du pal : ça commence bien, mais ...
    On pourrait également citer Hergé qui nous rappelle par la bouche de la Castafiore l'appât placé dans le piège : "Je ris de me voir si belle en ce miroir!". Ou le regretté Coluche "Wouah, les c...", aussi fin qu'il pouvait être grossier. Etc.

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    "Tout est bon pour la défense, excepté la lâcheté." Robert Brasillach (in Journal d'un homme occupé).


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