mardi 9 avril 2019

Chefs d’œuvre du 7ème art - L’antre de la folie



John Trent, un détective privé embauché par une compagnie d'assurance, est chargé de retrouver Sutter Cane, un écrivain dont les livres d'épouvante sont devenus de véritables phénomènes de société. Cane a disparu soudainement, juste avant la parution de son nouveau roman, « L'Antre de la folie». Sa maison d'édition est désemparée et ses lecteurs en plein désarroi. Trent, accompagné d'une employée de la maison d'édition, Linda Styles, suit la piste laissée par Cane. Celle-ci les conduit à Hobb's End, une petite ville oubliée de la Nouvelle-Angleterre qui ne figure sur aucune carte et semble en proie à des phénomènes pour le moins étranges...

L’antre de la folie appartient dans l’imaginaire des amateurs de cinéma fantastique à l’un des sommets de l’œuvre de John Carpenter, aux cotés de The thing et Invasion Los Angeles. Films qui à les revoir aujourd’hui conservent bien des qualités propres à leur genre tout en faisant sourire parfois par une esthétique quelque peu datée, qui peut retrancher un peu rétrospectivement à leur efficacité d’alors.

C’est le grand amateur du romancier Lovecraft que fut Carpenter qui ici convoque un écrivain de best sellers de la littérature d’horreur, sorte de Stephen King dont les œuvres, nous confient les protagonistes de sa maison d’édition, sont si intenses et si bien faites qu’elles ont le pouvoir de faire basculer la frontière entre réel et fiction et donc de contaminer autant ses lecteurs que ce monde. Lire Sutter Kane conduit à devenir fou et à être contaminé par le malin, ni plus ni moins.

Le film va procéder par touches et par signes tout d’abord discrets, ensuite de plus en plus évidents, jusqu’à l’excès, de cette maladie qui peu à peu gagne la normalité. Laquelle normalité ici va s’incarner dans un personnage d’enquêteur de compagnie d’assurances – Sam Neil, excellent – qui va être lancé à la poursuite de l écrivain disparu jusque dans une ville fictive qui n’apparaît sur aucune carte et se situe dans le roman même du maitre de l’horreur. Une ville où tout est inquiétant, bizarre, changeant, à l’approche de laquelle, de nuit, roule sur un vélo un vieillard aux cheveux blancs, et où on arrive en empruntant un passage qui a tout d’un vortex conduisant aux enfers. Au milieu du film, nous pénétrons l’imaginaire en action de l’auteur, et cet imaginaire va tout aspirer.

L’enquêteur a lu un à un les livres du maitre de l’épouvante, il s’est même surpris à les trouver bien faits, mais se refuse, comme nous, contrairement aux fans de l’auteur, à leur accorder la moindre crédibilité. Propulsé au cœur même de l’intrigue d’un livre en cours d’écriture – d’un film en train de se déployer ? -, il va entrer en lutte avec la multiplication des signes sortis de l’imagination démoniaque de l’auteur – le tableau sur le mur de l’hôtel qui au fur et à mesure change en devenant de plus en plus inquiétant, la route qui conduit à toujours revenir au point de départ, les enfants en meute qui poursuivent des chiens …- jusqu’à devoir admettre qu’il a basculé dans une fiction d’horreur et donc dans l’antre de la folie. Il se pensait homme libre ayant prise sur les choses, il se découvre pantin ne pouvant qu’obéir à ce qu’un deus ex machina lui a réservé, et sur lequel il n’a aucune prise.

Ainsi Carpenter, avec son personnage, nous entraine, nous, spectateurs, dans une fiction en boucle, qui a commencé dans la cellule d’un asile ou le personnage principal devenu fou raconte sa propre plongée. L’œuvre du mal que représente L’antre de la folie – le livre -, puisL’antre de la folie – le film avec Sam Neil comme acteur principal PUIS spectateur du film en accéléré qu’il découvre et auquel nous venons d’assister – cette œuvre, telle la serre du malin a tout gangrené. La lecture de l’œuvre puis la projection de son adaptation cinématographique dans les salles du monde enti er ont conduit la population mondiale à s’auto anéantir, transformant celles et ceux qui ont cru à l’intrigue en fous furieux décimant tous les autres. Et le film s’achève sur le rire de possédé d’un Sam Neil devenu créature d’un auteur démiurge, lequel pourrait être ce prince des ténèbres, titre d’un film précédent de ce diable de John Carpenter.


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