lundi 1 avril 2019

Chefs d’œuvre du 7ème art - American beauty



Une maison de rêve, un pavillon bourgeois discrètement cossu dissimule dans une banlieue résidentielle : c’est ici que résident Lester Burnhamm, sa femme Carolyn et leur fille Jane. L’agitation du monde et sa violence semblent bien loin ici. Mais derrière cette respectable façade se tisse une étrange et grinçante tragi-comédie familiale ou désirs inavoués, frustrations et violences refoulées conduiront inexorablement un homme vers la mort.

Cet American Beauty, rose fort belle qui telle une nymphette n’a pas d’odeur, fut le premier film, couronné d’oscars, du réalisateur de théâtre britannique Sam Mendes. S’attaquant de manière subtile à l’American Way Of Life, il oscille entre comédie et tragédie, et respecte comme au théâtre une unicité de lieu et de temps autour de quelques personnages fort bien caractérisés, qu’il va dépeindre dans leurs différents masques sociétaux et pour certains envoyer dans le mur du réel.

L’apparent confort du décor de la famille typique américaine va rapidement laisser entrevoir à la fois l’incommunicabilité absolue de ses membres et son échec en tant que cellule familiale. Mariés depuis vingt ans, parfaits représentants du reaganisme des années quatre vingt, Monsieur et Madame ont comme évolué à contre sens, lui en se soumettant à un système qui ne le rend en rien épanoui – aller travailler, rentrer épuisé, se faire humilier et à la maison et au travail – et elle en s’y adonnant avec une hystérie suspecte. Entre eux deux règne l’univers du paraître et de la domination, ou le père, authentique looser risible aux yeux et de sa femme et de la société, n’est plus maitre ni chez lui ni de sa vie.

Dans une sorte de réveil adolescent en guise de seconde chance – encore un mythe américain, celui de la revanche après un échec -, le personnage génialement interprété par Kevin Spacey va se réveiller et faire imploser tout le conformisme auquel il s’était par lâcheté abandonné, pour lui substituer un second autour de la réalisation de ses pulsions sexuelles. Irrésistiblement attiré par une jeune amie de sa fille, sorte de Lolita blonde incarnant la fameuse rose du titre, nymphette avec laquelle le puritanisme ambiant de cette Amérique si hypocrite pose un interdit, il va, tachant de libérer son être précipiter son propre drame.

En parallèle à ces personnages vivant du paraître et et de la réalisation de leurs désirs – ou pour qui donner l’illusion qu’ils les réalisent compte à leurs propres yeux et leur suffit -, un second duo, d’adolescents en l’occurrence, la fille du couple et le jeune voisin, offrent un contre-modèle. Eux, ce système les rend malades, ils n’y croient pas davantage l’une que l’un. Ces deux marginaux semblent être les seuls, quand ils sont ensemble et laissés tranquilles par leurs intrusifs entourages familiaux, à communiquer vraiment. Ils incarnent comme la face cachée de cette jeunesse que la société américaine met exagérément en avant, une jeunesse qui ne rêve que d’une chose, qu’on la laisse tranquille, qu’on ne lui impose pas un modèle qui part à la dérive. L’adolescent, et c’est en cela qu’il attire la fille du couple composé par Kevin Spacey et Annette Benning, est le seul dans le film à maitriser son destin et donc à personnifier l’espoir, au sein d’un monde perclus de préjugés et de restrictions morales. Il est le seul, armé de sa caméra, à percevoir la beauté des choses, la vraie, et non cette apparence qui fait de cette banlieue bourgeoise une prison à ciel ouvert pour des êtres en quête de liberté.






2 commentaires:

  1. Je me souviens de ce film comme si je l'avais vu hier ....
    Un des meilleurs thrillers du cinéma.
    Dommage que Spacey soit pédo !!!

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  2. Les musiques du film étaient très belles, dont une m'a vraiment émue... les images et les personnages vous cueillaient.

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