lundi 11 mars 2019

Chefs d’œuvre du 7ème art - Zelig



Zelig, ou l’une des meilleures comédies réalisées par le prolifique Woody Allen, est un faux documentaire, un documenteur donc, base sur des images d’archives détournées et donc techniquement trafiquées, avec la contribution de figures intellectuelles américaines, Bruno Bettelheim ou Susan Sontag, intervenant dans leur propre afin de soliloquer sur le cas Zelig.

Zelig ou le caméléon, l’homme qui approchant une communauté se fond en elle puis devient un de ses membres, rabbin devant des rabbins, gros devant des obèses, nazi devant le Führer et ainsi de suite. Une enveloppe vide se projetant en imitant son environnement immédiat avant de se réinventer en autre chose, et comme un virus qui pénètre photos et films d’archives pour mieux les détourner de leur sens et faire rire à partir de.

Ce Zelig interprété par Woody Allen en personne semble être l’incarnation d’un monde ne pouvant faute de personnalité faire autrement que se fondre dans la masse et ainsi devenir un objet d’attraction, le petit détail qui fait rire et que tu retrouves ici à la tribune d’Hitler, là au balcon du pape, comme un gag récurrent, un microbe qui pénètre toute l’actualité puis s’en va aussi vite qu’il était parti.

La perfection avec laquelle le chef operateur et l’équipe technique de Allen parviennent à synthétiser le vrai et le faux laisse pantois, on est bien face à une illusion absolue qui nous fait revisiter dans le rire des tas de moments historiques des années 20 et 30, en noir et blanc, en muet aussi parfois. Le trucage devient invisible et la séquence refaite plus que crédible. Fond et forme alors fusionnent comme le permet ce nouvel art qu’on appelait alors le cinématographe. Filmer le réel pour mieux le détourner, tout ça pour faire rire, et aussi réfléchir, la belle idée que voici.


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