mardi 12 mars 2019

Chefs d’œuvre du 7ème art - Un crime dans la tête



Raymond Shaw (Liev Schreiber) est sur le point d’être élu vice-président des Etats-Unis, plébiscité pour ses exploits lors de la guerre du Golfe ; des exploits dont Bennett Marco (Denzel Washington), son chef douze ans plus tôt, est incapable de se souvenir, plongé dans une violente dépression, un soi-disant syndrome du Golfe. Pour faire toute la lumière sur les zones noires de son passé et comprendre comment Shaw a pu être élevé au rang de héros, Marco mène l’enquête, bientôt aidé par le candidat lui-même, qui semble manipulé à son insu par une force extérieure. Sa seule piste : Marco est persuadé qu’ils ont subi un lavage de cerveau lors de la guerre...

The manchourian candidate – préférons ce titre à Un crime dans la tête – est non pas un remake mais une réadaptation du roman éponyme suite à une première réalisée par John Frankenheimer en 1962 avec Franck Sinatra. A la guerre de Corée a succédé la première guerre du Golfe ou le futur candidat au poste de vice-président des Etats Unis a opéré sous le management du personnage de Denzel Washington. Lequel, sortant d’une dépression, va enquêter seul puis avec le candidat sur les zones d’ombre de la propagande médiatico politique servie pour rendre populaire Shaw.

Loin des films politiques quelque peu aseptisés que nous sert de temps à autre Hollywood – le gentillet et insignifiant Vice, biopic de Dick Cheney sortie tout récemment -, ce Manchourian Candidate plonge les mains dans les théories du complot, l’Etat profond américain, le pouvoir des multinationales sur les états et bien entendu le contrôle mental. Un manchourian candidate c’est un individu du système programmé par ce dernier, c’est-à-dire passé par le programme Monarch ou MK Ultra afin de devenir un servile serviteur d’une oligarchie tirant les ficelles depuis les coulisses.

Ici le choix de Shaw se fait avec l’assentiment de sa mère, elle même élue politique, sorte de lady Macbeth, entre Hillary Clinton et Margaret Albright, métaphore d’une Amérique confiant la chair de sa chair à des scientifiques payés par des intérêts financiers colossaux pour la transformer en une pate à modeler. La monstruosité maternelle offre au récit un arrière fond quasi shakespearien qui fait de ce film bien davantage qu’un nième thriller politique mâtiné de nouvelles technologies.

La programmation mentale d’un candidat – c’est-à-dire la création à partir d’une reprogrammation du cerveau d’un quidam et la création ex nihilo d’un passé qui lui est rattaché pour en faire une marionnette aux ordres – est au cœur de l’intrigue. Les héros s’en vont aller à la recherche même de ces évènements oubliés parce que n’ayant jamais été vécus, comme on part en soi rechercher ses propres racines. Il y eut en Irak un blackout, un trou noir, il y a dans le cerveau de Shaw une intrusion qui a créé de toutes pièces de faux souvenirs, lesquels ne parviennent pas à chasser des réminiscences inconscientes lui revenant dans l’univers des rêves. Demme le souligne, le cerveau humain est ainsi fait qu’il possède en soi des antidotes ou plutôt des contrepoisons, on ne peut le manipuler entièrement, demeure la mémoire enfouie, et donc le programme de cette firme, pour diabolique qu’il soit, est imparfait.

Haletant et parfois vertigineux, le récit interroge les racines de la fausse démocratie américaine, désosse les enjeux de pouvoir, y compris au sein d’une cellule familiale infestée par le mal et admirablement personnifié par le personnage de la mère du candidat – Meryl Streep, dans ce rôle vénéneux au possible, flanque le vertige à chacune de ses apparitions.

La créature de ces Frankenstein de l’illusion démocratique parvient de l’intérieur à se rebeller contre le plan fomenté contre elle et contre l’Amérique. Paranoïaque au possible, The manchourian candidate, œuvre d’un pessimisme ravageur, ne donne aucune solution, ne suggère aucune porte de sortie. Nous sommes enfermés sous un dôme dont toutes les règles sont truquées. Autant le savoir !


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